Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 16:26
Hors série - Charlie Hebdo

Mercredi 14 janvier 2015, j’irai acheter Charlie Hebdo. Pour être honnête, cela fait plus d’une dizaine d’années que je ne l’ai pas fait. Pour être encore plus honnête, je ne l’ai jamais vraiment fait puisque mes parents tenaient un tabac-presse. Une fois la grille du magasin fermée, je pouvais le lire à loisir, ainsi que de nombreux autres journaux, puis le remettre en rayon. J’ai lu assidument Charlie Hebdo de 14 à 20 ans, à peu près. Je ne me souviens pas exactement pourquoi je me suis mis à le lire. Je pense avoir cherché un moyen d’aborder l’actualité et plus globalement le monde qui nous entoure avec un recul joyeux, une distance irrévérencieuse et un « second degré » (expression typique des ados des années 90) salvateur. A cette époque Les Guignols de l’Info étaient les rois, la période Delépine-Halin-Gaccio étant considérée par beaucoup comme l’âge d’or de cette émission. Mon prof d’Histoire-Géo de collège, Monsieur Chevillon (je le nomme car il a beaucoup compté dans le développement de mon esprit critique), nous encourageait même à les regarder pour, disait-il, « connaître les vraies informations ». C’était un peu exagéré bien entendu mais il est vrai que, pour un ado, cela permettait d’appréhender l’actu avec humour grâce au dynamitage d’une vie politique sclérosée et aux détournements d’institutions dont la solennité confine parfois à l’absurde. J’ai dû donc glissé des Guignols à Charlie tout naturellement. Il y avait chez Charlie Hebdo, en plus de ce que j’évoquais précédemment, un humour lourd et grossier, absolument jouissif, que je pratique volontiers à l’occasion au grand dam de certains de mes amis, et qui n’existait pas chez les Guignols (à part Raymond Barre en pin-up et bien sûr le fameux sac à main de Bernadette Chirac). Toute la vie publique (politiques, médias, sportifs, people et…religieux) se retrouvait emportée dans un tourbillon de stupre, d’outrances scato, de débordements zoophiles et de délires surréalistes dévastateurs. Le tour de force est que cela s’inscrivait dans un esprit farouchement citoyen, voire même républicain, quoi qu’on en dise. On a revu ces derniers jours cette interview de Cabu (une figure de mon enfance aussi avec Dorothée, ne l’oublions pas !) dans laquelle il rappelait que Charlie Hebdo n’était pas anarchiste et que les lois républicaines lui convenait tout à fait…sous réserve qu’elles soient bien appliquées. Avec Charlie, tout y passait. Je me souviens des essais nucléaires de Chirac, des dommages collatéraux de la mondialisation galopante, des blagues sur le foot (que pourtant j’adore), de la venue de Jean-Paul II lors des JMJ de 97, de l’église Saint-Bernard, du crash de Lady Di, j’en passe…

Et puis il y avait le Front National. Malgré une sensibilité légèrement à gauche, je n’ai jamais été à proprement parler politisé et encore moins encarté dans un quelconque parti. Je me soucie peu de l’écologie, les querelles du PS m’insupportent, j’ai toujours été méfiant vis-à-vis de l’extrême gauche et je n’ai aucune affinité avec qui que ce soit à droite. Je réagis à la vie politique selon ce qui me choque ou pas sans me soucier des étiquettes ni des gourous de la pensée. Tout du moins j’essaie. Je ne comprends pas tous les tenants et aboutissants. J’ai parfois des opinions, parfois non. Mais sur la question du Front National, il n’y a jamais eu d’ambiguïté. Il faut se rappeler que dans les années 90, le désodorisant à chiottes Brise Bleu Marine n’avait pas encore été pulvérisé sur les diarrhées verbales de Jean-Marie Le Pen. Les choses étaient très claires et aux outrages rances racistes et réguliers du leader du Front répondaient très sainement les outrages graphiques de Charlie Hebdo. Ce fut, à ce titre, un compagnon inestimable. Tout comme dans la lutte pour la laïcité. Là encore, je n’ai pas de religion. Je les respecte toutes au sens où je respecte bien évidemment la liberté de chacun de croire en ce qu’il veut. Mais j’aime les moquer, comme Charlie, comme plein d’autres avant lui, comme Bruno Dumont dans cette hilarante scène de messe d’enterrement du « P’tit Quinquin », et puis, tiens, comme Dieudonné, dont « la fine équipe du 11 septembre » m’a tellement fait marrer il y a 10 ans.

Aujourd’hui les temps ont changé. Dieudo ne me fait plus rire, le FN devient « respectable », et donc on aurait plus le droit de se moquer sous peine de se faire exécuter. Le problème semble insoluble et ne concerne pas uniquement le fanatisme mais aussi la globalisation culturelle et le fait qu’un dessin peut traverser le monde entier en un clin d’œil. C’est la réflexion que se faisait Luz dans les Inrocks l’autre jour : doit-on se censurer parce qu’un dessin ne sera pas compris ou mal interprété à l’autre bout du monde, pour des raisons de divergences socio-culturelles ? La réponse est non bien sûr. Mais il faudra du courage, beaucoup de courage. Moi je n’en ai pas beaucoup. Voilà pourquoi j’irai simplement acheter à nouveau Charlie Hebdo. Pour retrouver, je l’espère, un certain état d’esprit qui m’a accompagné une partie de ma vie et que j’ai finalement très peu retrouvé dans les nombreux dessins hommages, sauf dans celui de Yoann, mis en exergue au début de cette bafouille. Moi aussi, mercredi, j’essuie Charlie et je « penserai » ses plaies.

Repost 0
Sébastien Mauge
commenter cet article
26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 17:13
Mon Top 2014 des séries US

26- How To Get Away With Murder : Un début de saison aussi irritant qu’efficace. C’est vain, pas très bien joué, improbable mais ça marche !

25- Gotham : Parce que j’ai envie d’y croire et que j’aime la naissance des méchants. Pour l’instant, ça patine un peu.

24- Penny Dreadful : Un pot-pourri monstrueux, dans le bon sens du terme, parfois risible mais avec une Eva Green remarquable.

23- The Flash : Je ne sais pas pourquoi mais cette série me transforme en ado, ce qui n’est pas désagréable (à part les boutons bien sûr). Du charme, du fun, des jeux de mots tendance « Batman vintage ». Je la préfère nettement à Arrow.

22- You’re The Worst : Anti romcom craquante et tordante mais peut-être pas aussi inspirée qu’on veut bien le dire.

21- Married : Parce que je suis marié…

20- The Strain : Del Toro retrouve (un peu) l’atmosphère des films gores des années 80. Je trouve juste gênant que la menace soit planétaire. D’ailleurs la série est à son meilleur lorsqu’elle joue la carte de l’horreur intimiste.

19- Black-ish : Sans doute la série la plus drôle de la rentrée. Dommage qu’elle délaisse parfois son humour communautaire pas si bête au profit d’un humour familial plus convenu.

18- Brooklyn Nine Nine saison 2 : Andy Samberg est toujours ma tête-à-claques préférée de la télé.

17- The Spoils of Babylon : Pour le plaisir de voir des acteurs s’amuser à nous faire rire. Mention spéciale pour l’incroyable Haley Joel Osment.

16- Kingdom : C’est du brutal. Belle série sur le(s) combat(s) d’une famille. Mais le traitement est un peu trop attendu par rapport au sujet.

15- The Leftovers : On ne sait si c’est de l’art ou de la cochonnerie. Peut-être un peu des deux. Dévorée par son ambition, la série ressemble parfois à une coquille vide présomptueuse mais est aussi capable de produire des moments, voire des épisodes entiers, absolument magnifiques et rarement vus à la télé. Une grande série « malade » ?

14- The Divide : L’un des feuilletons policiers et judiciaires les plus prenants de l’année, avec un dernier épisode exceptionnellement tendu et un VRAI cliffhanger… qui fait amèrement regretter l’annulation de la série !

13- Silicon Valley : Dézinguage jouissif du rêve américain à l’heure des nouvelles technologies. Un cynisme lucide qui, heureusement, n’empêche pas les sentiments. Avec une remarquable performance du regretté Christopher Evan Welch (Rubicon, entre autres).

12- Fargo : Fabuleuse de bout en bout, et à tous les niveaux, Fargo n’a finalement qu’un seul « défaut », celui de n’être « qu’une » adaptation, aussi fidèle et réussie soit-elle, d’une œuvre préexistante. Les guillemets sont importants car j’ai pris beaucoup de plaisir à regarder la série. Si Fargo venait de nulle part, elle serait dans mon top 3… mais Fargo vient de Fargo.

11- The Affair : Il est sans doute trop tôt pour juger pleinement The Affair. Son dispositif « rashômonien » (Alain Resnais et les mécanismes de la pensée ne sont pas loin non plus), s’il est séduisant, n’a pas encore révélé sa pertinence. L’histoire est forte, le casting archi sexy, mais attention à la désillusion en saison 2…

10- Hannibal saison 2 : Puissance visuelle intacte, musique psychotique, interprétation habitée, rythme hypnotique, Hannibal ne se renouvelle pas, certes, mais creuse le sillon jusqu’à ce qu’un geyser de sang inonde notre salon. Et on en redemande.

9- Mad Men saison 7, 1ère partie : Comme avec Breaking Bad, AMC renouvelle son idée a priori saugrenue de final en deux temps. Une première partie où se mettent en place subtilement les conditions de la chute de Don Draper (et de pas mal d’autres). On rêve d’une fin dévastatrice dans laquelle l’expression « has been » prendra tout son sens.

8- Halt and Catch Fire : Le pendant historique et dramatique de Silicon Valley. Pas sexy pour un sou sur le papier, cette évocation du début des ordinateurs portables (!) est d’une sensualité étonnante, grâce à un trio « animal » (le serpent charmeur, l’ours mal léché et l’oie blanche sauvage). Et une BO d’enfer.

7- Manhattan : Encore une série historique (et c’est loin d’être la dernière…), cette fois sur la course à l’armement atomique en pleine Seconde Guerre Mondiale. Les névroses de l’Amérique à leur paroxysme (patriotisme aveugle, paranoïa, isolationnisme…). Il y a quelque chose de fascinant dans cette énergie déployée pour potentiellement autodétruire l’humanité.

6- The Americans saison 2 : Toujours aussi ludique, la série d’espionnage pousse encore plus loin ses réflexions mélancoliques sur l’engagement, le couple, la famille et la solitude. Acteurs au top, narration fluide, plaisir de l’action et questionnements vertigineux… que demander de plus ?

5- Louie saison 4 : La longue pause entre cette saison et l’avant-dernière allait-elle être bénéfique ? Louis C.K. allait-il s’investir pleinement ou diluer son talent suite à sa notoriété grandissante ? La réponse est éclatante et dépasse nos attentes. Louis a réinventé Louie. Liberté de ton, de narration, d’imagination, la série n’est plus un chef d’œuvre comique, c’est un chef d’œuvre tout court.

4- Masters Of Sex saison 2 : Puisqu’on parle de chef d’œuvre, voici une série qui peut prétendre au titre. En auscultant ses personnages en profondeur (si je puis dire !) et en conviant ce bon vieux Dr Freud, MOS devient passionnante. Et son atour mélodramatique subtilement relevé est du plus bel effet. Un vrai bijou.

3- True Detective : Véritable phénomène télévisuel, la première saison de TD est quasi-parfaite. Peu de choses à ajouter sur ce qui a déjà été dit et redit, si ce n’est que c’est une série qui ne supporte pas le binge watching. On dit que le silence qui suit Mozart, c’est encore du Mozart, et bien l’attente entre deux épisodes de True Detective, c’est encore du True Detective. Pendant ce laps de temps, la série stimule l’imagination, enfante des théories malgré elle et fait de l’épisode suivant un événement. C’est une des plus grandes réussites de cette œuvre, peu importe la qualité future de la saison 2.

2- The Knick : Visuellement, The Knick est la série la plus aboutie et la plus homogène de l’année. Et pour cause : Steven Soderbergh réalise TOUS les épisodes. C’est un événement en soi, qui fera date, en tous cas je le souhaite ardemment. Un régal de mise en scène, un sujet à la fois fascinant et effrayant (les débuts de la chirurgie moderne), un Clive Owen insensé et une musique anachronique magnifiquement greffée (Cliff Martinez, compositeur attitré de Soderbergh). Un véritable coup de maître.

1- Transparent : Ce n’est pas très original, mais il ne sert à rien de renier l’évidence : Transparent est LE chef d’œuvre de l’année. Chaque épisode déborde d’humanité, nous submerge d’émotions et nous rappelle les heures innombrables et glorieuses de Six Feet Under. D’un sujet personnel, Jill Soloway a tiré un propos universel au-delà des barrières, des tabous et des préjugés, avec une grâce dont l’honnêteté et la pureté sont aussi désarmantes que sa beauté. Transparent, c’est transcendant.

Repost 0
Sébastien Mauge
commenter cet article
24 octobre 2014 5 24 /10 /octobre /2014 16:11
Manhattan saison 1

La bombe humaine

"Les habitants de Manhattan se créent des névroses inutiles pour éviter d'avoir à répondre à des questions plus terrifiantes concernant l'univers". Cette réplique n’est absolument pas tirée de la série qui nous intéresse ici mais du film « Manhattan » de Woody Allen, qui n’a a priori… absolument rien à voir avec la série qui nous intéresse ici. Pourtant cette phrase d’Isaac (Allen), décrivant avec une lucidité mordante le masochisme auto-protecteur du microcosme new-yorkais face aux interrogations existentielles de type présocratique, sied bien au masochisme isolationniste aveuglant d’Isaacs (Ashley Zuckerman) et sa bande, qui les oblige à s’entretuer, au propre comme au figuré, pour créer une arme capable de faire boire la cigüe à la planète entière.

L’histoire est simple et rejoint l’Histoire. Nous sommes en 1943, la guerre fait rage, c’est la course à l’armement nucléaire entre les Américains et les Allemands, avec d’un côté le Projet Manhattan supervisé par Oppenheimer et de l’autre le projet de Walter White...pardon… d’ Heisenberg pour les Nazis. 90% de la série se déroule à Los Alamos, une ville secrète du Nouveau-Mexique dans laquelle des scientifiques mènent des expériences pour créer une bombe atomique capable d’effrayer les ennemis afin de mettre un terme à la Seconde Guerre Mondiale et, de fait, s’assurer qu’elle reste bien la seconde et non la deuxième. Ces scientifiques se divisent en deux catégories : les winners qui bossent sur la bombe Thin Man et les losers qui parient sur l’implosion. Pas besoin d’être un crack en Histoire pour deviner que la tendance va s’inverser au fur et à mesure de la saison. Mais ils ne sont pas seuls. Ils vivent avec leurs familles dans cette ville fantôme surnommée La Colline. Et comme le sait très bien Wes Craven, La Colline a des Yeux… et des oreilles appartenant aux militaires qui encadrent ce petit monde avec autorité. Courrier confisqué, interdiction de sortir de la zone, micros dans les moindres recoins… la peur de la trahison est grande et entraîne une paranoïa exacerbée par l’enfermement territorial.

Manhattan saison 1

Ce concept, digne des grandes heures d’Endemol, qui consiste à faire régner la culture du secret au sein d’une communauté bancale composée de personnes obligés de vivre ensemble, constitue tout le sel de la série. Le gouvernement ne dit pas tout aux militaires qui ne disent pas tout aux scientifiques qui ne doivent absolument rien dire à leurs familles. Si la chaîne se brise, le maillon faible passe un sale quart d’heure, voire pire. La vie civile devient intenable. Comment ne pas devenir fou dans ces conditions ? Comment vivre comme si de rien était ? Comment éduquer ses enfants, entretenir des rapports de bon voisinage, travailler, se distraire, aimer, baiser… ? Tout le monde se met à cacher des choses, se réfugiant derrière des façades aussi factices et fragiles que la ville elle-même. Tout le monde s’empoisonne au mensonge tandis que la ville semble subir une intoxication radioactive due aux expériences. C’est cela qui fascine le plus dans la série : cette propension à se déchirer et à s’autodétruire sur l’échelle locale, dans l’optique de construire une bombe pour potentiellement s’autodétruire sur l’échelle mondiale.

Ce désastre annoncé est mis en scène comme un thriller avec des moments de tension aussi étouffants que la situation des personnages (les interrogatoires notamment). La série se concentre quasi exclusivement sur la vie à Los Alamos, laissant le conflit mondial hors-champ, ce qui tend à « déréaliser » le contexte et accentue ainsi l’effrayante pensée que l’avenir du monde repose sur quelques âmes perdues au milieu du désert. Un peu à la manière d’ailleurs de la (très) regrettée « Rubicon », l’aspect famille en plus. La série bénéficie également d’une bande originale tout aussi anxiogène, signée Jonsi (leader de Sigur Ros) et Alex, qui n’est pas sans évoquer les expérimentations sonores de Trent Reznor et Atticus Ross pour les récents films de David Fincher (et, croisons les doigts, peut-être le remake d’Utopia).

Manhattan saison 1

« Manhattan » mêle habilement personnages de fiction et personnages historiques, même si ces derniers n’échappent pas toujours à la caricature (Oppenheimer est un Pee Wee malingre et neurasthénique un peu too much), et bénéficie d’un casting remarquable dominé par les femmes, alors qu’elles n’ont pas les premiers rôles, ce qu’il convient de souligner. Si Katja Herbers brille dans le rôle d’une scientifique s’imposant dans un monde d’hommes, ce sont les desperate housewives Rachel Brosnahan et surtout la sublime Olivia Williams qui nous touchent le plus. Pour ne pas faner comme les fleurs empoisonnées par la radioactivité, elles tentent de s’échapper par tous les moyens possibles (sexe, drogue, musique, littérature, politique) dans un élan et une pulsion de vie qui offre une maigre lueur d’espoir dans cet environnement envahi par la mort et la poussière.

Renouvelée pour une deuxième saison par la chaîne WGN America, « Manhattan » est une des meilleures séries de l’année. Elle met en lumière ce que le désir de paix peut engendrer : la mise en place d’une folie aveugle méticuleusement organisée…qui ressemble étrangement à celle du camp opposé. Une folie autocentrée faite de névroses inutiles qui évite d’avoir à répondre à des questions plus terrifiantes concernant l’univers. Merci Woody !

Repost 0
Sébastien Mauge
commenter cet article
21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 12:56
The Knick est-elle la première série d'auteur?

Clarifions les choses immédiatement : il n’est pas question ici de relancer le débat sur l’antagonisme supposé entre cinéma et séries télé, pour moi il n’existe pas et je préfère parler de symbiose quand je pense au rapprochement opéré depuis plusieurs années entre le 7ème art et le petit écran. Comme beaucoup j’ai été (et je reste, dans une moindre mesure désormais) cinéphile avant d’être sériephile. A ce titre, la notion d’auteur et sa « politique » chère à Truffaut et la Nouvelle Vague ont beaucoup compté dans le développement de mon appréhension et de ma compréhension des œuvres cinématographiques : un film est avant tout la vision d’une femme ou d’un homme qui la porte à l’écran avec l’aide du formidable travail de toute une équipe. Mais l’élan esthétique et l’impulsion visuelle viennent bien d’une seule personne : la ou le cinéaste.

Mon addiction aux séries a brouillé un peu les cartes, à défaut de les rebattre. L’apparition du showrunner, démiurge tout puissant, protecteur et garant du bon développement de « sa » série m’a certes conforté et réconforté dans mon besoin de lier une œuvre et une vision à une personne même si celle-ci ne réalisait en général que le premier et le dernier épisode de chaque saison. Certes, la question du « qui fait quoi ? » dans les séries m’a toujours taraudé mais je n’ai eu aucun mal à concevoir par exemple que « Six Feet Under » était LA série d’Alan Ball et « The Wire » LA série de David Simon. Je trouvais satisfaisant d’imaginer que le showrunner définissait une ligne directrice à la fois esthétique et morale et supervisait sa mise en œuvre tout en faisant confiance au savoir-faire de metteurs en scène et scénaristes (entre autres) choisis au préalable par ses soins. La politique des auteurs pouvait donc s’appliquer aux showrunners dans mon esprit et c’était très bien comme ça, je pouvais oublier le « qui fait quoi ?».

Puis les cinéastes ont débarqué dans le monde des séries et la question a refait surface. Etait-ce une simple approche, une expérience, une façon de s’engager sans trop se mouiller avant de se jeter à l’eau pour de bon ? Toujours est-il que de nombreux metteurs en scène de cinéma se sont lancés dans les séries en gardant une certaine distance créative, se contentant de réaliser un pilote et d’être producteur exécutif pour le reste de la série. Le showrunner est toujours là mais la confusion s’installe et les raccourcis aussi. Prenons « Boardwalk Empire » par exemple (et là vous vous dites « je savais qu’il allait prendre cet exemple »). Lorsque Martin Scorsese se lance dans l’aventure, « Boardwalk Empire » devient dans la promo et les médias LA série du réalisateur de « Taxi Driver ». Sauf que c’est faux mais c’est plus simple et plus accrocheur que d’expliquer que le créateur est Terrence Winter, même si ce dernier vient, excusez du peu, des « Soprano ».

Que fait réellement Martin Scorsese pour « Boardwalk Empire » ? On ne le sait pas mais on est malheureusement sûr en revanche de ce qu’il ne fait pas : réaliser toute la série, y insuffler sa vision, sa mise en scène, sa direction d’acteurs, etc. Attention, j’aime beaucoup « Boardwalk Empire » mais c’est plus fort que moi, je ne peux m’empêcher de regretter, surtout à l’aune de l’ébouriffant pilote scorsesien, qu’il n’ait pas dirigé toute la série. Idem pour « House of Cards ». Pour moi, la série n’est PAS celle de David Fincher, n’en déplaise à ce dernier qui s’agaçait dans un récent numéro de Télérama qu’on lui rappelle régulièrement qu’il n’a finalement réalisé que 2 épisodes, alors qu’il a effectué un travail colossal de production avec le showrunner Beau Willimon. Mais le fait est que ces deux épisodes en question bénéficiaient de sa maestria inimitable, contrairement au reste de la série. L’annonce de son désir de réaliser entièrement le remake d’ « Utopia » est d’ailleurs le signe que la frustration du téléspectateur rejoint in fine celle du réalisateur. Et l’engagement de Steven Soderbergh dans l’aventure « The Knick » n’y est peut-être pas étranger.

The Knick est-elle la première série d'auteur?

Lorsque j’ai entendu parler pour la première fois de « The Knick », série de Cinemax sur l’état de la médecine et de la chirurgie au début du siècle dernier, elle était bien sûr présentée comme étant la série de Soderbergh. Je n’y croyais pas comme je n’ai jamais cru à « la » série de Michael Mann ou « la » série de James Gray. Je m’attendais donc à un ou deux épisodes réalisés par l’auteur palmé de « Sexe, mensonges et vidéo » et priait pour que la suite soit à un bon niveau, comme l’était après tout la première saison de « Boss » après le pilote délicieusement vaporeux de Gus Van Sant (et pourtant Mario « Sonny Spoon » Van Peebles faisait partie des réalisateurs, comme quoi…). Dès le début du troisième épisode, je me suis dit que le cahier des charges laissé par Soderbergh était magnifiquement respecté. Puis j’ai eu des frissons en voyant le « Directed by Steven Soderbergh ». Ce que j’attendais depuis des années se produisait enfin : la signature finale d’un cinéaste après chaque épisode d’une série, ce « directed by… » issu des salles obscures qui contamine enfin ma télé et scelle la sensation d’avoir regardé une œuvre personnelle dont l’esthétique n’appartient qu’à celui qui la signe.

Les plans-séquences étourdissants, l’approche à la fois plastique et viscérale des balbutiements de la chirurgie-charcuterie, la caméra tremblante qui procure cette fascinante sensation de réalisme fantasmagorique, les flashforwards entrelacés avec le présent, les magnifiques éclairages à la bougie pour signifier les maigres lueurs d’espoir de sortir de l’obscurantisme médical ET social, les contre-plongées circulaires dans le « cirque » de la salle d’op sur les visages d’hommes qui se prennent pour Dieu, la musique plastique elle-aussi du compositeur attitré Cliff Martinez, la direction d’acteurs transcendés (Clive Owen, Eve Hewson, André Holland et Juliet Rylance sont fantastiques), etc . « The Knick », c’est le meilleur de Soderbergh, celui de « L’Anglais » et de « Traffic », de bout en bout. Peu importe que les créateurs et scénaristes soient d’anciens de « Malcolm » (!) et de «Raymond », le film Disney dans lequel Tim Allen est transformé en chien (!!), leur écriture est formidable, mais la vision principale qui anime la série et le souffle artistique qui emporte notre adhésion viennent de Steven Soderbergh.

Pour toutes ces raisons, « The Knick » fera date. Bien sûr, il y a Marc Munden qui a réalisé les trois-quarts d’« Utopia » (UK), le formidable travail de Cary Fukunaga pour « True Detective » et les somptueux « Mystères de Lisbonne » de Raul Ruiz (j’en oublie d’autres, pardonnez-moi). Mais une telle implication, et une telle réussite, de la part d’un cinéaste « auteuriste » hollywoodien, pourrait offrir enfin les clés de la télé à tous les cinéastes en manque de liberté qui souhaiteraient apporter du relief et s’immerger, vraiment cette fois, dans nos petits écrans domestiques. Par sa mise en scène et son regard singuliers, « The Knick » est peut-être donc la première série d’auteur notable, comme on parle de film d’auteur. En tous cas, il faut espérer que Soderbergh soit le premier d’une longue série d’auteurs à venir grossir les rangs de la création télévisuelle pour que la symbiose entre ciné et séries s’achève enfin dans la toute puissance de la mise en scène. Et l’on pourra écrire un jour, à l’image de la promo de “The Knick” : TV Shows aren’t what they used to be…

Repost 0
Sébastien Mauge
commenter cet article
6 octobre 2014 1 06 /10 /octobre /2014 12:23
Transparent saison 1

Satellite(s) of Love

Même si c’est difficile, ne pas parler de chef-d’œuvre est sans doute la meilleure chose à faire pour rendre service à Transparent, la série d’Amazon signée Jill Soloway, ancienne scénariste et coproductrice du…chef-d’œuvre Six Feet Under. Après la vision de ces dix épisodes, le premier réflexe est en effet de vouloir protéger cette série, en apparence fragile, de l’inflation de superlatifs qui va s’abattre sur elle, condamnant presque les téléspectateurs à l’aimer et à s’en faire une haute opinion avant même de l’avoir vue, ce qui entraîne parfois le contraire de l’effet escompté. Pourquoi en parler alors ? Parce que la série donne envie de la partager, parce que sa résonnance personnelle (le personnage de Jeffrey Tambor est inspiré du père de Soloway) n’exclut nullement le téléspectateur mais parvient à créer un écho à la fois intime et universel en chacun de nous, que l’on soit concerné ou pas par le propos.

Le propos justement. Il n’est finalement pas si éloigné de Six Feet Under : un père « disparaît » puis revient sous une autre forme, jouant le rôle de révélateur auprès de ses trois enfants et de sa femme (ex, en l’occurrence) un peu à côté de la plaque. Il est également proche de l’autre série créée par Soloway, dans un genre plus comique (quoique), United States of Tara, dans laquelle les « transformations » de Toni Collette mettaient à mal le noyau familial. Dans Transparent, un père divorcé, Mort, réunit donc un soir ses trois enfants, sans motif apparent. Il y a Sarah, mère de famille débordée qui recroise Tammy sa petite amie de fac, Josh, découvreur de talents musicaux qui voit l’amour partout et Ali, la petite intello qui multiplie les expériences pour combler un vide existentiel qui la rend incapable de se poser, aussi bien sur le plan personnel que professionnel. La « révélation » de Mort attendra encore un peu, jusqu’à la fin du pilote. C’est pour cette raison que Transparent ne décolle vraiment qu’à partir du deuxième épisode. Pour ne plus jamais redescendre.

Transparent saison 1

Mort est Maura. Il l’a toujours été au fond de lui mais elle veut désormais surgir et exister aux yeux de tous. Elle commence naturellement par sa famille. Et voici la raison pour laquelle Transparent est formidable : cette révélation va ouvrir la boîte de Pandore, libérer peu à peu les secrets et les traumatismes de chacun, offrir un champ des possibles jusque là insoupçonné et le pouvoir, peut-être illusoire, de remodeler son existence, voire son essence, en s’appuyant sur cette nouvelle figure parentale, ce parent/trans qui brise peu à peu l’opacité confortable du mensonge pour laisser poindre la clarté transparente parfois douloureuse de la vérité. Une autre voie est désormais envisageable, qu’il s’agisse d’une bifurcation, d’un demi-tour ou d’un chemin parallèle. Sans le vouloir, Maura enclenche un reboot, pour elle et pour son entourage. Une liberté basée sur le fait que le modèle identitaire sur lequel ils se sont construits était un mensonge et que ce nouveau modèle peut leur permettre de faire tabula rasa pour repartir à zéro. Ce ne sera bien sûr pas si simple. Mais cette liberté fait plaisir à voir et la série multiplie les scènes à la fois comiques et attendrissantes mettant en avant l’innocence enfantine retrouvée des personnages. La première sortie de Maura en est un bel exemple : dans les couloirs d’un hôtel, elle demande son chemin à un inconnu avant de pouffer de rire et de courir comme une gamine sous l’effet de l’adrénaline. Et la façon dont Sarah remue nerveusement les jambes lorsqu’elle flirte au téléphone avec Tammy est également magnifique.

L’heureux paradoxe de Transparent est que son thème crucial n’est finalement pas le changement de genre de son personnage central. Bien sûr, c’est un élément déclencheur important et la performance ahurissante de Jeffrey Tambor est à elle seule une ode à la dignité humaine. Mais le sujet principal c’est bel et bien la solitude, que l’on soit un travesti ayant peur d’être rejeté, une femme au foyer étrangère à son couple, un amoureux éperdu et perdu, une éternelle ado inconstante ou une grand-mère vivant auprès d’un homme catatonique (la mort de cette figure paternelle muette et renfermée permet d’ailleurs symboliquement de faire le deuil de Mort et d’accueillir la naissance de Maura, belle idée !). Ces solitudes et ce besoin d’amour sont magnifiés par les acteurs et par une mise en scène fragile et éthérée qui s’envole sous l’impulsion de choix musicaux judicieux. A ce titre, Le « Razor Love » de Neil Young lors d’une scène transversale entre les personnages à la fin de l’épisode 2 est un sommet.

Ces satellites isolés remplis d’amour vont-ils pouvoir se poser, une fois dépassé le champ magnétique de Maura ? Ce sera le passionnant enjeu de la suite de la série. « Transparent est MON Six Feet Under », clame Jill Soloway. Il est encore trop tôt pour l’affirmer mais si c’est vraiment son objectif, elle ne pouvait pas mieux débuter pour le réaliser.

Repost 0
Sébastien Mauge
commenter cet article
26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 20:20
Red is dead

3 raisons d'être déçu par l'identité de Red John

Attention SPOILERS !!! Cet article s’adresse uniquement aux téléspectateurs qui suivent la diffusion américaine de Mentalist et qui savent donc désormais qui est Red John, le nemesis de Patrick Jane.

Voilà, le suspense est terminé, nous savons enfin qui est Red John, le serial killer de la série The Mentalist, qui a tant tourmenté Patrick Jane pendant un peu plus de cinq saisons. Je n’écris pas encore son nom au cas où votre champ de vision n’atteigne accidentellement ces premières lignes lors de la lecture de notre alerte aux spoilers. Je préfère évoquer tout d’abord le sentiment de déception.

C’est un sentiment inévitable lors de la résolution d’un mystère surtout quand ce dernier s’est étendu sur tant d’années. Il est naturel d’éprouver cette sorte de plaisir déçu au moment où la vérité éclate. Dans une enquête policière, l’ombre du doute et de l’incertitude est souvent plus excitante que la clarté de la révélation. Comme le laissait entendre Le Mystère de la Chambre Jaune de Gaston Leroux (superbement adapté au cinéma par Bruno Podalydès en 2003), la résolution d’une énigme est bien moins importante que le cheminement pour y parvenir.

On pouvait donc s’attendre à être déçu sans en tenir rigueur au créateur de la série, Bruno Heller. Le fil rouge, c’est le cas de le dire, représenté par Red John a longtemps maintenu à flot un show reposant quasi entièrement sur les frasques malicieuses de Patrick Jane, dont les enquêtes hebdomadaires avaient malheureusement tendance à sombrer petit à petit dans l’indifférence. On ne sait donc pas si la série survivra à la mort du serial killer mais il était temps d’en finir. C’est chose faite même si le plaisir déçu attendu s’est vite transformé en une arnaque pure et simple. Pour plusieurs raisons.

1-Red John n’existe que depuis un an

On ne l’invente pas, c’est Bruno Heller lui-même qui l’a confié au magazine américain TV Guide: il a choisi son Red John « il y a environ un an, après avoir étudié minutieusement toutes les options ». Ainsi, dans l’esprit du showrunner, l’insaisissable assassin de la famille de Jane n’était qu’un fantôme jusqu’à ce qu’il se décide tardivement à le faire incarner par Xander Berkeley, soit le Sheriff Tom McAllister. C’est entendu, on ne demande pas aux créateurs et scénaristes de planifier les événements et rebondissements de leurs séries dès le pilote. Un show, pour peu qu’on lui laisse le temps d’exister, peut évoluer et se transformer au gré des années. Mais il semble tout de même regrettable, voire légèrement malhonnête, que le Deus Ex Machina de Mentalist n’ait pas tracé au préalable la ligne de vie d’un personnage aussi important que Red John, et finisse par se retrouver à la place d’un téléspectateur lambda pour choisir l’identité de ce dernier.

2-Tom McAllister ne peut être Red John

C’est une simple question de bon sens. Puisque Bruno Heller a choisi son Red John parmi des personnages employés ces cinq dernières saisons, il est bien évident que ces personnages, au cours de leurs précédentes apparitions dans la série, ne pouvaient prétendre à être Red John et n’agissaient donc pas en conséquence. La « nomination » de Tom McAllister est un pur paradoxe diégétique, renforcé par le fait que l’acteur a bien évidemment joué son rôle de Sheriff par le passé sans penser un seul instant être le fameux tueur. Et c’est flagrant. Il suffit de revoir le seul épisode dans lequel il apparaît (saison 1 épisode 2) avant d’être sur la liste des sept suspects de Patrick Jane (fin de la saison 5) pour s’en rendre compte. Xander Berkeley y campe un Sheriff provincial largué, investi dans son job, bienveillant et plein de compassion envers les victimes, remettant gentiment en cause les méthodes de Jane et s’agaçant de se faire ridiculiser par ce dernier lors d’une partie de pierre/ciseaux/feuille… Berkeley reconnaît, à nouveau dans TV Guide, que McAllister n’était pour lui qu’un sheriff pince-sans-rire sentant le maïs et rêvant du Far West. On le retrouve au début de cette sixième saison avec un look beaucoup moins péquenaud, un regard plus terrifiant (voir photos ci-dessous) et un ascendant psychologique sur Jane. C’est comme s’il s’agissait de deux personnages différents. En tous cas ce sont clairement deux interprétations différentes. C’est trop gros et cela ne fonctionne pas du tout a posteriori.

Tom McAllister en 2008

Tom McAllister en 2008

Tom McAllister en 2013

Tom McAllister en 2013

3-Red John devait être Brett Partridge

Comme Bruno Heller s’est mis dans notre position pour choisir son Red John, mettons-nous à sa place pour choisir le nôtre. C’est de bonne guerre. Reprenons donc la liste des sept tueurs potentiels établie par le mentaliste en fin de saison dernière. Eliminons d’emblée les plus évidents, ceux que l’on nous a amené à suspecter depuis longtemps: Gale Bertram le patron du CBI, le gourou Bret Stiles et l’agent de la Sécurité Intérieure Bob Kirkland. Supprimons ensuite Ray Haffner, un proche de Stiles beaucoup trop antipathique pour être mauvais, et l’agent du FBI Reede Smith, apparu seulement l’année dernière et qui ne correspond pas aux indices physiques donnés par l’ex petite amie aveugle de John. Il nous reste donc McAllister et le légiste du CBI, Brett Partridge. Pourquoi choisir ce dernier plutôt que le Sheriff? Parce qu’il y a bizarrement, et bien que ce ne fut pas prémédité comme on l’a vu plus haut, plus d’indices dans ses apparitions passées qui collent avec Red John. Avant d’être sur la liste, Partridge apparaît dans trois épisodes (deux de plus que McAllister), et pas n’importe lesquels : l’épisode pilote (ce qui permettrait de boucler la boucle), le dernier épisode de la saison 2 dans lequel Red John apparait physiquement (mais masqué) pour la première fois, et l’épisode 15 de la saison 5. Dans celui-ci, le CBI enquête sur une mort déguisée, la pseudo victime ayant maquillé son propre meurtre. Or, Bruno Heller ayant souvent déclaré que son Jane était un descendant de Sherlock Holmes, le thème de la mort déguisée, présent chez Conan Doyle, ne lui est pas étranger. De fait, McAllister/Red John maquille sa mort après l’explosion dans la cabane réunissant les derniers suspects. Heller pouvait donc en faire de même avec Partridge lorsque celui-ci est découvert mourant par Teresa Lisbon avant que celle-ci ne se fasse attaquer par Red John. Ajoutons à cela sa personnalité malsaine, son mépris pour Jane et son étrange frustration à son égard. Non seulement cette frustration est une faiblesse qui l’empêchait d’être soupçonné mais elle pouvait également être plus facilement feinte que l’attitude du gentil paysan bourrue du Sheriff. Pour nous, aucun doute possible, Partridge aurait fait un Red John beaucoup plus acceptable que Tom McAllister. A moins que…

A moins que Heller l’ait mis de côté, au cas où il faille ressortir l’épouvantail Red John si sa disparition n’entraîne pas le second souffle escompté…

Repost 0
Sébastien Mauge
commenter cet article
18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 15:06
Hello Ladies (Pilote)

Grand Corps au Cœur Malade

La Note: 4/5

Stephen, un anglais maladroit, est à la recherche de la femme de sa vie à Los Angeles. Charmant à sa façon - c'est en tout cas ce dont il est persuadé - et désespéré, il veut infiltrer le milieu glamour des "belles gueules". Malheureusement pour lui, celles-ci ne veulent pas le laisser entrer...

Après avoir travaillé en binôme pendant plus de dix ans aux côtés de Ricky Gervais avec le succès que l’on sait (The Office et Extras notamment), l’acteur/réalisateur/scénariste/producteur/créateur anglais Stephen Merchant traverse l’Atlantique en solo et atterrit chez HBO pour une nouvelle aventure télévisuelle située à Los Angeles. Une émancipation californienne risquée et pour le moins curieuse mais totalement justifiée dès cet épisode pilote. Car la personnalité, l’aura et le talent redoutable de Gervais ont toujours accaparé des louanges qui méritaient amplement d’être partagées. En s’extrayant de cette relation féconde, mais que l’on imagine un peu étouffante, Merchant peut ainsi, sans le crier sur tous les toits - ni même d’ailleurs sans le vouloir consciemment - remettre en quelque sorte les pendules à l’heure. Non, il n’était pas qu’un sparring-partner et le talent qu’il greffait sur celui de Gervais peut se suffire à lui-même et avoir son existence propre.

Hello Ladies (Pilote)

Cette séparation permet de discerner ce qu’on lui doit. Et là, le cadre a beau être différent et les enjeux un peu moins ambitieux, on reconnait en un clin d’œil, dès le début de la série, une grande partie de ce qui nous avait plu dans ses œuvres précédentes. Le personnage interprété par Merchant est à l’image des David Brent et compagnie : un loser pathétique embarrassant et imbu de lui-même, mais finalement attachant car prisonnier d’une solitude épouvantable. Cet équilibre entre empathie et antipathie est facile à énoncer mais doit être infernal à écrire et à jouer. C’est le génie de Merchant : rire de la bêtise d’un homme qui cherche sa place dans la lumière aveuglante des désirs inaccessibles, et pleurer sur cette cécité qui l’empêche de voir que sa place, elle est juste là, à sa portée.

Hello Ladies (Pilote)

L’humour réside bien sûr dans ce décalage. Trop occupé à vouloir atteindre les étoiles, le personnage de Stuart traîne son entourage dans le caniveau. Avec une maladresse méchante mais inconsciente et presque enfantine. En fait il est coincé entre deux mondes, celui de ses amis et celui du milieu qu’il rêverait de côtoyer. Un pas vers l’un condamne l’autre et vice-versa. L’apparence de Merchant, grand échalas de deux mètres, illustre cette idée d’inconfort mental, social et physique. Sa présence est gênante et la série joue beaucoup là-dessus, surtout dans les scènes de dragues foireuses. La solitude de ce Grand Corps au Cœur Malade a un aspect burlesque. Elle disparaîtra quand Stuart ouvrira les yeux sur une autre solitude, celle qui vit chez lui : sa colocataire. On reconnaît là-aussi, dans le traitement de cette romance naissante, ce qui faisait le charme des histoires d’amour contrariées de The Office et Extras.

Hello Ladies (Pilote)

Pour l’instant, Merchant réussit donc son pari américain avec ses recettes anglaises. Son humour précis gorgé de détails et sa liberté de ton font mouche, tandis que l’humanité complexe de ses personnages largués, dans les deux sens du terme, nous touche. Appliqué à un être de fiction, le terme d’ « humanité » est souvent galvaudé. Pas ici. Chez Merchant on est humain avant tout parce qu’on est lâche, méchant et affreusement con. Con à en rire et à en pleurer. N’est-ce pas la meilleure définition de l’humanité ?

Repost 0
Sébastien Mauge
commenter cet article
14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 18:01

Tour d’horizon, en plusieurs parties, des pilotes qui se sont crashés dans notre poste. Certains auraient pu être pas mal, d’autres sont complètement ratés. En voici deux pour commencer.

HOSTAGES

Rentrée US - Les séries indésirables - 1ère partie

La Note: 1/5

Otages, ô désespoir

Ellen Sanders, une chirurgienne brillante qui exerce dans un hôpital de Washington D.C., est chargée d'opérer le Président des Etats-Unis. Mais ce qui aurait dû être un honneur se transforme en un enfer : elle se retrouve au coeur d'une conspiration politique. Son mari et ses trois enfants sont pris en otage et les ravisseurs menacent de les exécuter si elle ne suit pas leurs instructions. Commence alors une course contre la montre pour les sauver...

Malgré un casting trois étoiles composé de Toni Collette (Muriel, United States of Tara), Dylan McDermott (The Practice, Dark Blue) et Tate Donovan (Damages), la nouvelle production du bourrin Jerry Bruckheimer n’est qu’une pâle copie opportuniste de Homeland et 24h Chrono. Le créateur a d’ailleurs bossé sur la première et ça se sent : complot, trahison dans les hautes sphères du pouvoir, surveillance, paranoïa, tentative d’assassinat politique, j’en passe. De 24, elle prend le déroulé de l’action dans un temps réduit. Toutes ces additions de références n’en font qu’une équation sans inconnue, beaucoup trop schématique pour séduire et être honnête (chaque membre de la famille a un secret que la tension de la prise d’otages va révéler, par exemple). Au final, c’est le spectateur qui est prisonnier, otage d’une intrigue verrouillée et prévisible. On est parfois tenté de découvrir la suite mais il y a des signes qui ne trompent pas : choisir Ringo Starr, soit le pire des Beatles, comme mot de passe pour l’alarme domestique à distance de la famille en est un!

THE CRAZY ONES

Rentrée US - Les séries indésirables - 1ère partie

La Note: 0/5

Buffy McDo

Simon Roberts, le patron excentrique d'une agence de pub de renom, travaille avec sa fille, Sydney, son total opposé. Entourés d'une équipe de talentueux publicitaires, ils s'efforcent de rester dans le coup malgré la concurrence et la folie qui s'emparent d'eux bien souvent...

Ally McBeal, la série culte et phare de David E. Kelley, était une grande réussite. On ne peut pas en dire autant de sa nouvelle comédie hystéro-poussive. Passons sur le titre clin d’œil à Mad Men, si Kelley nous avait vraiment proposé une version comique de la série d’AMC, cela n’aurait pas posé de problème. Mais ce n’est pas le cas. On peut même parler de contre-sens. Le pilote de The Crazy Ones nous propose en effet en entrée une louche de bons sentiments et un humour avarié dans un sandwich McDo (la chaîne de fast-food est un client de la boîte de pub). Vomitif à souhait! Ce qui est gênant, ce n’est pas tant que la marque soit citée, c’est comment elle s’insert dans l’intrigue. Dans Mad Men, il y a des marques citées mais on assiste à la fabrication de toutes pièces d’une pseudo philosophie associée à ces marques par des gens qui ne sont pas dupes et n’y croient pas un seul instant. Ici, ils y croient, la pseudo philosophie trouve un écho dans les sentiments des personnages et est débitée sur fond de musique guimauve gorgée de sirop de piano. C’est consternant, on ne rit jamais, Robin Williams passe pour un has been avec ses mimiques et ses imitations dépassées, les vannes sont mauvaises et mal dissimulées par un débit mitraillette saoulant, et Sarah Michelle Gellar est vieille (bon je reconnais que ce dernier argument n’est pas très pertinent!). Le pire c’est que les audiences sont bonnes et laissent présager un futur à ce truc pourtant périmé.

Repost 0
Sébastien Mauge
commenter cet article
11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 17:56
The Michael J. Fox Show (Pilote)

Parkinson, le glas?

La Note: 3/5

Ancien animateur télé, Mike Henry est un père de famille atteint de la maladie de Parkinson. Lorsqu'un nouveau traitement l'aide à mieux gérer son état de santé, il décide de reprendre l'antenne, devant alors jongler entre tous les challenges liés à sa carrière, sa vie de famille et son combat contre la maladie.

Pour ceux qui sont nés à l’orée des années 80, Michael J. Fox représente beaucoup de choses. Grâce à la trilogie cinématographique Retour vers le futur, l’interprète de Marty McFly est devenu l’une des figures inoubliables de l’âge d’or des comédies fantastiques familiales qui nourrissaient l’imaginaire, alors en plein développement, de cette génération. A ses côtés, on peut citer son partenaire Christopher Lloyd (le « Doc »), Bill Murray (S.O.S. Fantômes 1et 2), l’impayable Rick Moranis (Chéri j’ai rétréci les gosses et S.O.S. Fantômes aussi), Bob Hoskins (Roger Rabbit), Martin Short (L’Aventure intérieure, revu il y a deux ans dans Damages) et tous les gamins des Goonies. Peu importe la suite de leurs carrières respectives, ces acteurs bénéficient à vie d’une côte de sympathie élevée auprès des trentenaires. Du fait de son histoire personnelle douloureuse, celle de Michael J. Fox est peut-être la plus haute.

The Michael J. Fox Show (Pilote)

Atteint de la maladie de Parkinson depuis plus de vingt ans, Fox a vu sa carrière s’effriter malgré quelques rôles marquants, notamment dans Outrages de Brian De Palma. Mais on n’oublie pas qu’il fait partie de nos premiers souvenirs d’addiction sérielle, quand on programmait le magnétoscope pour enregistrer, passé minuit, les épisodes en VO de Spin City (et Seinfeld) diffusés par Canal+ à la fin des années 90. Sans être renversante, la série était plutôt drôle, la VO nous donnait l’impression de « voir » de la télé américaine et le physique d’ado de l’acteur nous renvoyait une image immaculée de notre enfance ainsi qu’un fantasme à la Peter Pan dans lequel on pouvait se lover. Las, l’ironie du sort, celle-là même qui cloua Superman (Christopher Reeve) sur un fauteuil roulant, choisit de coller une maladie dégénérescente à notre éternel Marty.

The Michael J. Fox Show (Pilote)

Aujourd’hui il revient enfin, dans une comédie qui porte son nom, chose qui a toujours existé aux Etats-Unis mais qui n’a peut-être jamais été autant justifiée. Car il s’agit d’une sorte d’autobiographie (s’il fallait inventer un terme on pourrait dire bioshow), certes passée à la moulinette de codes comiques pas franchement nouveaux, mais qui s’appuie bel et bien sur une mise en abîme de la situation professionnelle de l’acteur ainsi que sur un sens de l’autodérision à toute épreuve. C’est une ancienne vedette (du journalisme) atteinte de Parkinson qui s’appelle Mike et qui veut revenir sur le devant de la scène. Mettre en scène, justement, sa propre maladie est très rare et nécessite un travail d’écriture capable d’anticiper, voire de déjouer, non seulement le pathos et le pathétique mais aussi certaines attentes voyeuristes du téléspectateur. Le co-créateur Will Gluck, réalisateur malin de Easy A et Sexe entre amis, y parvient grâce à l’intelligence et la complicité de Fox. - « Tu devrais revenir, tout le monde t’aime », dit Wendell Pierce (The Wire, Treme), - « Oui mais je ne veux pas d’un job par pitié ». Tout est dit. Fox ne veut pas être un phénomène de foire et préfère surprendre son monde en se moquant de lui-même, de sa maladie, de sa taille, de certains collègues aussi, de sa capacité à séduire à nouveau (les fans, les femmes), de toutes les questions qu’ils se posent depuis tant d’années. Ce n’est pas encore hilarant (le deuxième épisode est déjà bien meilleur) mais c’est drôle et touchant. En fait, malgré ses 88 spasmes à l’heure, notre éternel Marty montre surtout qu’il est de retour pour nous prouver qu’il a encore un futur.

Repost 0
Sébastien Mauge
commenter cet article
3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 18:23
Masters of Sex (Pilote très hot)

La société de consumation

La Note: 4.5/5

La vie et les amours de William Masters et Virginia Johnson, deux chercheurs spécialisés dans l'étude des comportements sexuels...

Comme je l’avais pressenti (cf. émission « Saison1 Episode1 » début septembre avec Pierre Langlais sur Le Mouv’), le pilote de Masters of Sex est pour le moment celui qui tire le mieux son épingle du jeu dans la jungle épaisse de cette rentrée US. Dès la bande-annonce, on pouvait flairer le potentiel qualitatif de cette évocation biographique des recherches sur la sexualité, et ses effets sur le corps humain, menées à partir du milieu des années 50 par le scientifique William Masters et sa partenaire, dans les deux sens du terme, Virginia Johnson. Ce premier épisode confirme et amplifie ce sentiment en balayant d’emblée l’image caricaturale que l’on pouvait coller à ce projet, à savoir un Mad Men orienté cul. Il est vrai qu’aux Etats-Unis, les chaînes du câble, comme Showtime (qui diffuse MOS) ou HBO, jouissent d’une certaine liberté de ton, notamment en matière de représentation de la sexualité, et peuvent parfois se fourvoyer dans une forme de complaisance. D’ailleurs, en ce moment, une vidéo virale cristallise de manière hilarante cet état de fait (« C’est pas un porno, c’est HBO ! »).

Masters of Sex (Pilote très hot)

Certes l’environnement et les thématiques propres aux 50’s font écho à la série de Matthew Weiner : tabous, ségrégation raciale, jazz, machisme ordinaire puis évolution des mœurs, émancipation féminine, naissance du rock, etc. Mais l’étude des désirs matériels de la société de consommation est ici remplacée par celle des désirs sexuels de la société de consumation. Une société secrète jusqu’alors inexplorée. Ce questionnement biologique et cette enquête sur l’alchimie des corps s’accompagnent progressivement de réflexions morales et éthiques, voire philosophiques, absolument passionnantes, plaçant cette odyssée du sexe (le godemiché expérimental s’appelle Ulysse…) au-dessus de tout soupçon de racolage. Elle n’a pas froid aux yeux (ni ailleurs) mais il est vrai qu’une série sur le sexe sans petite mort serait aussi frustrante qu’une série sur la mafia sans petits meurtres.

Masters of Sex (Pilote très hot)

En plus d’être un portrait de la sexualité, Masters of Sex est aussi, et peut-être avant tout, celui d’un homme et d’une femme, les deux chercheurs en question. On se rend vite compte qu’ils mènent une expérience, consciente ou non, sur eux-mêmes. Lui est méthodique, psychorigide, et ne fait parler que la science; elle est libérée et à l’écoute de son corps. Les deux se rejoignant dans une détresse intime personnelle, l’évolution de cette relation entre le feu et la glace sera au moins aussi importante que leurs découvertes professionnelles. Leur rencontre improbable est à l’image de l’attraction entre deux aimants et occasionne quelques pointes d’humour charmantes, surtout quand Masters tente d’un air coincé de soutirer à Johnson des informations sur les mystères de l’orgasme féminin. Pour lui, c’est comme de la science-fiction ! De plus, Johnson est rapidement présentée comme un alter ego plus qu’une simple assistante de Masters, rendant ainsi caduque le fantasme de suprématie masculine de l’époque (et d’aujourd’hui diront certains). Même si le titre joue uniquement sur le nom de l’homme, le pluriel les met tous les deux sur un pied d’égalité (ils sont les « maîtres du sexe »).

Masters of Sex (Pilote très hot)

Il faut souligner la très belle mise en scène de John Madden (Shakespeare in Love), en accord avec la thématique. Chatoyante et élégante dès les premiers plans, elle enveloppe et caresse les personnages par des mouvements de caméra d’une grande douceur mais n’hésite pas à faire trembler cette dernière lors d’une scène terrible entre Johnson et son amant, rappelant ainsi que la frontière entre sexe et amour est floue et peut entraîner jalousie, tentative de domination et violence, des sentiments avec lesquels les deux chercheurs vont peut-être devoir composer dans le futur. Enfin notons une très belle pénétration…entre deux plans d’une même scène, rassurez-vous: le moment où le désir naît dans le regard de Johnson et l’amant susdit vient s’intercaler dans un acte sexuel bien triste entre Masters et sa femme qui ne se regardent pas. Ce montage séminal annonce déjà le futur très excitant de nos deux héros. Le pilote se terminant sur un très beau morceau d’Olafur Arnalds intitulé « For Now I Am Winter » (« Pour l’instant je suis l’Hiver »), on peut donc s’attendre à une montée de température progressive dans les prochains épisodes…

Repost 0
Sébastien Mauge
commenter cet article

Présentation

  • : A suivre...
  • A suivre...
  • : Critique séries TV
  • Contact

Recherche

Liens