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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 16:26
Hors série - Charlie Hebdo

Mercredi 14 janvier 2015, j’irai acheter Charlie Hebdo. Pour être honnête, cela fait plus d’une dizaine d’années que je ne l’ai pas fait. Pour être encore plus honnête, je ne l’ai jamais vraiment fait puisque mes parents tenaient un tabac-presse. Une fois la grille du magasin fermée, je pouvais le lire à loisir, ainsi que de nombreux autres journaux, puis le remettre en rayon. J’ai lu assidument Charlie Hebdo de 14 à 20 ans, à peu près. Je ne me souviens pas exactement pourquoi je me suis mis à le lire. Je pense avoir cherché un moyen d’aborder l’actualité et plus globalement le monde qui nous entoure avec un recul joyeux, une distance irrévérencieuse et un « second degré » (expression typique des ados des années 90) salvateur. A cette époque Les Guignols de l’Info étaient les rois, la période Delépine-Halin-Gaccio étant considérée par beaucoup comme l’âge d’or de cette émission. Mon prof d’Histoire-Géo de collège, Monsieur Chevillon (je le nomme car il a beaucoup compté dans le développement de mon esprit critique), nous encourageait même à les regarder pour, disait-il, « connaître les vraies informations ». C’était un peu exagéré bien entendu mais il est vrai que, pour un ado, cela permettait d’appréhender l’actu avec humour grâce au dynamitage d’une vie politique sclérosée et aux détournements d’institutions dont la solennité confine parfois à l’absurde. J’ai dû donc glissé des Guignols à Charlie tout naturellement. Il y avait chez Charlie Hebdo, en plus de ce que j’évoquais précédemment, un humour lourd et grossier, absolument jouissif, que je pratique volontiers à l’occasion au grand dam de certains de mes amis, et qui n’existait pas chez les Guignols (à part Raymond Barre en pin-up et bien sûr le fameux sac à main de Bernadette Chirac). Toute la vie publique (politiques, médias, sportifs, people et…religieux) se retrouvait emportée dans un tourbillon de stupre, d’outrances scato, de débordements zoophiles et de délires surréalistes dévastateurs. Le tour de force est que cela s’inscrivait dans un esprit farouchement citoyen, voire même républicain, quoi qu’on en dise. On a revu ces derniers jours cette interview de Cabu (une figure de mon enfance aussi avec Dorothée, ne l’oublions pas !) dans laquelle il rappelait que Charlie Hebdo n’était pas anarchiste et que les lois républicaines lui convenait tout à fait…sous réserve qu’elles soient bien appliquées. Avec Charlie, tout y passait. Je me souviens des essais nucléaires de Chirac, des dommages collatéraux de la mondialisation galopante, des blagues sur le foot (que pourtant j’adore), de la venue de Jean-Paul II lors des JMJ de 97, de l’église Saint-Bernard, du crash de Lady Di, j’en passe…

Et puis il y avait le Front National. Malgré une sensibilité légèrement à gauche, je n’ai jamais été à proprement parler politisé et encore moins encarté dans un quelconque parti. Je me soucie peu de l’écologie, les querelles du PS m’insupportent, j’ai toujours été méfiant vis-à-vis de l’extrême gauche et je n’ai aucune affinité avec qui que ce soit à droite. Je réagis à la vie politique selon ce qui me choque ou pas sans me soucier des étiquettes ni des gourous de la pensée. Tout du moins j’essaie. Je ne comprends pas tous les tenants et aboutissants. J’ai parfois des opinions, parfois non. Mais sur la question du Front National, il n’y a jamais eu d’ambiguïté. Il faut se rappeler que dans les années 90, le désodorisant à chiottes Brise Bleu Marine n’avait pas encore été pulvérisé sur les diarrhées verbales de Jean-Marie Le Pen. Les choses étaient très claires et aux outrages rances racistes et réguliers du leader du Front répondaient très sainement les outrages graphiques de Charlie Hebdo. Ce fut, à ce titre, un compagnon inestimable. Tout comme dans la lutte pour la laïcité. Là encore, je n’ai pas de religion. Je les respecte toutes au sens où je respecte bien évidemment la liberté de chacun de croire en ce qu’il veut. Mais j’aime les moquer, comme Charlie, comme plein d’autres avant lui, comme Bruno Dumont dans cette hilarante scène de messe d’enterrement du « P’tit Quinquin », et puis, tiens, comme Dieudonné, dont « la fine équipe du 11 septembre » m’a tellement fait marrer il y a 10 ans.

Aujourd’hui les temps ont changé. Dieudo ne me fait plus rire, le FN devient « respectable », et donc on aurait plus le droit de se moquer sous peine de se faire exécuter. Le problème semble insoluble et ne concerne pas uniquement le fanatisme mais aussi la globalisation culturelle et le fait qu’un dessin peut traverser le monde entier en un clin d’œil. C’est la réflexion que se faisait Luz dans les Inrocks l’autre jour : doit-on se censurer parce qu’un dessin ne sera pas compris ou mal interprété à l’autre bout du monde, pour des raisons de divergences socio-culturelles ? La réponse est non bien sûr. Mais il faudra du courage, beaucoup de courage. Moi je n’en ai pas beaucoup. Voilà pourquoi j’irai simplement acheter à nouveau Charlie Hebdo. Pour retrouver, je l’espère, un certain état d’esprit qui m’a accompagné une partie de ma vie et que j’ai finalement très peu retrouvé dans les nombreux dessins hommages, sauf dans celui de Yoann, mis en exergue au début de cette bafouille. Moi aussi, mercredi, j’essuie Charlie et je « penserai » ses plaies.

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Sébastien Mauge
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Angelilie 03/05/2017 21:45

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une belle découverte et un enchantement.N'hésitez pas à venir visiter mon blog. au plaisir

plomberie paris 2 01/02/2015 04:30

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement

plombier sur paris 31/01/2015 09:34

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement

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