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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 14:01

Elementary : affiche

 

 

Elementalist

 

Décriées avant même la diffusion du pilote par les amoureux transis du Sherlock de Steven Moffat, les aventures new-yorkaises du célèbre détective et de « sa » partenaire Joan Watson sentent effectivement l’opportunisme à plein nez mais sont, au final, loin d’être désagréables à suivre.

 

Le Pitch: Renvoyé de Londres en raison de son addiction à l'alcool, Sherlock s'installe à Manhattan où son richissime paternel l'oblige à cohabiter avec son pire cauchemar : une personne sobre chargée de veiller sur lui. Ancienne chirurgienne promise à un bel avenir, Joan Watson a perdu un patient et sa licence trois ans plus tôt. Ce nouvel emploi est pour elle une nouvelle façon d'aider les autres, et surtout une pénitence qu'elle s'impose. Quand Sherlock devient consultant pour la police new-yorkaise, Watson n'a d'autre choix que suivre son irascible "client" lors de ses investigations. Très vite, ils réalisent l'un et l'autre les avantages que peut leur apporter un tel partenariat.

 

Mon avis: Voilà une série que l’on aurait adoré détester. En se glissant avec un opportunisme pachydermique dans le sillage du succès de Sherlock, excellent lifting high tech du héros de Conan Doyle avec Steven Moffat au scalpel, Elementary n’allait être, c’est sûr, qu’une mascarade à jeter aux orties. Quand, en plus, on apprit que pour se démarquer de sa cousine anglaise, le rôle du Dr Watson allait être interprété par Lucy Liu, le doute n’était plus permis: le ratage serait total. Tout cela, c’était avant de voir les premières images. Et après les avoir vues, j’ai continué et j’en suis maintenant au douzième épisode. Pourquoi ? Voici une tentative de réponse.

Si les défauts sont effectivement nombreux, au moins sont-ils rapidement identifiables, ce qui permet de les assimiler et de finalement profiter d’un divertissement convenable. Oui, Johnny Lee Miller cabotine et en rajoute dans le côté « nerd fêlé » du détective. Oui, Lucy Liu est une femme et elle nous prive de l’ambiguïté homo Holmes/Watson tout en confortant les anti-mariage gay dans leur illusion surannée qu’un homme et une femme doivent vivre sous le même toit. Oui, les seconds rôles policiers ne sont que des faire-valoir ou, si l’on est plus indulgent, des garde-fous sans saveur qui, comme leurs collègues des autres séries ayant pour personnage principal un « consultant », ne pigent rien ou pas grand-chose aux déductions de ce dernier et ont tendance à remettre inlassablement ses méthodes en question même s’il boucle toutes les affaires à chaque fois. Il serait temps de vérifier comment ils ont bien pu obtenir leurs diplômes d’inspecteur…

Elementary : photo Jonny Lee Miller, Lucy Liu

 

Abordons maintenant la question qui fâche. Elementary est-elle un mauvais remake de Sherlock? La réponse est non. D’une part parce que parler de remake quand on évoque Sherlock Holmes, ça n’a pas de sens, puisqu’il s’agit du personnage de fiction le plus réutilisé, que ce soit à l’écrit ou à l’écran, par des centaines d’auteurs différents. Et d’autre part parce qu’il s’agit avant tout, à mon avis, d’un remake de Mentalist. Alors bien sûr vous me direz de toute façon que tous ces personnages, de Sam Waters (Profiler) à Patrick Jane, en passant par ce bon vieux Dr House (et son pote le Dr Wats…euh pardon Wilson) sont des descendants du pensionnaire du 221B Baker Street. Le job du Sherlock Holmes original est d’ailleurs « détective consultant », terme qui désigne les personnages précédemment cités (quoi, House n’est pas consultant ? mais il consulte voyons !). Tout cela semble évident mais quitte à mettre à dos deux Sherlock modernes, autant le faire avec ceux qui s’opposent vraiment dans un format similaire. Et, en l’occurrence, la série de Robert Doherty fait plus écho à celle de Bruno Heller qu’à celle de Moffat.

Le Sherlock campé par Lee Miller est en effet clairement sexué et possède un magnétisme autant intellectuel que charnel. Il n’est pas rare de le voir torse nu, exposant ainsi à la fois ses muscles et ses tatouages, surtout lorsqu’il vient de passer la nuit à étudier dans les moindres recoins les différences entre deux jumelles prostituées… C’est le côté virilité à l’américaine. Il s’oppose bien ainsi à une version européenne du détective, comme l’ont souligné ses détracteurs, mais pas à celle que l’on pensait. Il s’agit du personnage de Patrick Jane, certes américain, mais créée en puisant dans la vision inconsciente, à la fois caricaturale et réjouissante, que les américains peuvent avoir d’un anglais ou d’un français : boire du thé, rouler en Citroën, porter des costumes trois pièces Pierre Cardin, avoir peur de se battre et être un peu efféminé sur les bords (il se fait d’ailleurs appeler plus souvent Jane que Patrick)… C’est le côté sensualité européenne…à l’américaine!

Elementary : photo Jonny Lee Miller

 

Deux versions différentes mais sur un canevas identique. C’est là qu’apparaît vraiment la probable légère malhonnêteté d’Elementary. Dans Mentalist, les enquêtes ne sont que des prétextes pour que Jane fasse son numéro, aussi savoureux soit-il ; tous les enquêteurs ont un charisme d’huître à part Teresa Lisbon qui joue la mère protectrice tout en étant secrètement amoureuse du personnage ; le tout avec en fil rouge (c’est le cas de le dire) l’histoire personnelle de Jane et du tueur en série Red John. Rappelons au passage que la première aventure de Sherlock Holmes s’appelle « Une étude en rouge » ou « A study in Scarlet » en vo et que les termes « red » ou «  scarlet » apparaissent dans tous les titres des épisodes de Mentalist. Maintenant il suffit de remplacer Jane par le Holmes d’Elementary, Lisbon par Joan Watson, les flics limités et incrédules par les flics limités et incrédules, Red John par Moriarty (ils ont tous les deux tué au moins une personne de l’entourage du héros et restent invisibles), et vous verrez où je veux en venir. Enfin, coïncidence ou clin d’œil délibéré, l’épisode qui suit immédiatement celui de la première mention de Moriarty s’appelle… The Red Team !

 

CQFD, si je suis Elementary c’est parce que c’est une version djeuns et junky du Mentalist dont j’avoue n’avoir raté aucun épisode. La série de Robert Doherty bénéficie en plus de scénaristes pas encore émoussés qui pondent des enquêtes beaucoup plus soignées et tordues que celles de son modèle, à bout de souffle. Espérons que Holmes mettra moins de temps à attraper Moriarty, sinon c’est le spectateur qui verra rouge!

 

 

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