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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 16:56

 

A contre-temps

 

Le batteur Jack Irons vient de sortir son deuxième album solo, « No heads are better than one », et ce n’est pas du tout pour cette raison que je veux vous parler de lui. Non pas que l’album soit mauvais, mais ça reste un album solo de batteur de rock, qui plus est teinté d’une couleur indo/post-hippie/jazz légèrement surannée. Si j’évoque ce personnage plutôt méconnu du grand public c’est parce qu’il fait partie de la longue liste des musiciens maudits du rock’n’roll. Oh certes rien de comparable avec les multiples destins brisés qui émaillent la légende: pas d’overdose, ni de suffocations vomitives, ni de brasse coulée en Doc Marten’s et encore moins de suicide. Non Jack Irons est bel et bien vivant, sain de corps et…ah voilà le souci, pas très sain d’esprit. Mais reprenons depuis le début.

 

L’une des particularités du bonhomme est d’être l’un des membres fondateurs des Red Hot Chili Peppers alors qu’il n’a joué avec eux que sur leur troisième album, « The Uplift Mofo Party Plan », et sur un bout du maxi « Abbey Road » (celui où ils traversent les clous avec une chaussette sur la « bip »). Pourquoi ? Parce qu’il s’était déjà engagé auprès de son premier groupe, What Is This ?, dans lequel on retrouvait d’ailleurs Flea et Hillel Slovak, le guitariste des Red Hot à partir du deuxième album, « Freaky Styley ». Vous suivez ? Non, c’est pas grave. Une fois assis derrière les fûts des sautillants californiens, c’est le drame. Hillel Slovak meurt d’une overdose d’héroïne après une tournée européenne. Dès lors, pas question pour Irons de rester dans le groupe qui a vu mourir son ami d’enfance. Il quitte les Red Hot, rejoint d’anciens amis dans Eleven, fricote avec Joe Strummer … et voit Anthony Kiedis et consorts enchaîner « Mother’s Milk » et « Blood Sugar Sex Magic » avec le succès planétaire que l’on sait. Pas de chance. Mais ce n’est pas le plus triste. Le problème c’est qu’il ne se remettra jamais de la mort de son pote et va développer des troubles bipolaires ainsi qu’une dépression carabinée qui, selon ses dires, l’empêcheraient toujours de vivre normalement aujourd’hui.

 

 

Bien qu’il ait raté le coche avec les RHCP, l’heure de gloire de Jack Irons arrivera tout de même au milieu des 90’s, lorsqu’il devient batteur de Pearl Jam dont il était proche de certains membres depuis le milieu des années 80. A l’époque où PJ cherchait un chanteur, ils avaient d’ailleurs fait appel à lui pour le poste. Il déclina l’offre mais leur conseilla d’embaucher un jeune pompiste qui écumait les rades pourris avec des chansons déchirantes, un certain Eddie Vedder. Irons débarque dans le gang de Seattle lors de l’enregistrement de « Vitalogy », disque funèbre obsédé par la mort, dont le livret s’apparente à un vade mecum sur les défaillances organiques de l’être humain. Pas étonnant, nous sommes en 1994 et qui- vous-savez vient de repeindre son plafond avec sa cervelle. Jack arrive à la fin de l’enregistrement de ce disque essentiel et ne figure que sur le dernier morceau qui, comme par hasard, s’avère être le plus étrange du groupe - « Bugs » mis à part - à l’instar de son titre, « Hey Foxymophandlemama, That’s Me », rebaptisé « Stupidmop » sur l’édition cassette par manque de place(!). Ce morceau est une jam hypnotique de près de 8 minutes sur laquel sont collés des inserts audio de dialogues obscures et flippants dominés par une voix d’enfant. La batterie surgit au bout de 3 minutes et se lance dans un jazz tribal qui cristallise le style d’Irons : une frappe à la fois souple et sèche, légère et puissante, tel un Keith Moon, sans l’exubérance ni la drogue pour chevaux.

 

 

Il enchaîne ensuite en 95 par un album crucial, « Mirrorball » (album qui donne son titre à ce blog), enregistré avec Neil Young et Pearl Jam (sans Vedder ou presque) en seulement 4 jours. Ce disque est un monument intemporel sculpté dans une boue sonique empreinte de radiations nucléaires, consolidé par du fil barbelé électrique et érigé sur les cendres fumantes du grunge. La pierre tombale du mouvement de Seattle, comme l’était « Impitoyable » de Clint Eastwood pour le western. L’épaisseur et la profondeur sonore (3 guitares quand même) enveloppent l’auditeur et l’entraînent dans des contrées désolées, des paysages décharnés au milieu desquels gisent des cadavres d’indiens que piétinent les sabots furieux d’un pur sang dompté par l’ivresse rageuse du cow-boy Marlboro tandis qu’un troupeau de bisons déchire les cieux ocres du crépuscule. Ou un truc dans le genre… Et qui tient la baraque ? Jack Irons bien sûr. Avec la métronomie (oui ce mot n’existe pas mais Nino Ferrer l’a inventé) d’un machiniste, il cravache comme un fou pour éviter l’embrasement de la locomotive, réussissant à faire scintiller chaque coup de cymbale à la surface de cet…mais regardez-moi, je m’égare encore à l’évocation de ce chef-d’œuvre! Il est temps d’en finir.

 

L’état de grâce se prolongera sur l’album suivant de Pearl Jam, « No Code », disque libre comme son nom l’indique et dont les passages les plus originaux sont le fruit de la créativité, et sans doute du léger déséquilibre mental, de Jacko. Un dernier tour de piste ensuite avec « Yield » qui permet à PJ de renouer avec le succès, et donc à Irons de replonger dans la déprime. Il jette l’éponge lors de la tournée, victime de troubles du comportement trop prononcés et incompatibles avec le marathon imposé. Il est remplacé par le batteur de feu Soundgarden, qui l’avait déjà remplacé quand il quitta Eleven. Il se repose pendant plusieurs années avant de sortir en 2004 son premier album solo, « Attention Dimension », un trip aquatique intéressant mais beaucoup trop long (oui il scotche sur l’eau, ne me demandez pas pourquoi), dans lequel il convoque l’esprit de Syd Barrett lors d’une reprise de « Shine On You Crazy Diamond » du Floyd. Cet hommage est tout sauf anodin, les deux hommes ayant en commun une particularité assez rare, celle d’avoir quitté le milieu du rock’n’roll sans mourir. L’on se pose alors pour lui cette question vertigineuse : si le rock’n’roll est en marge de la société, que deviennent les marginaux et les laissés-pour-compte du rock’n’roll ?

 

 

Voici un morceau du dernier album de Jack Irons. Il est dispo sur Deezer également.

 

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