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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 16:38

 

The kids were alright (Part 2)

 

En 2002, Supergrass prend de la hauteur. Life on other planets est un feu d’artifice pop psychédélique qui tutoie les cieux avec une énergie rock contenue par la grâce et la légèreté de mélodies d’orfèvres, comme lorsque vous tempérez votre café noir avec la candeur délicate d’un nuage de lait. Un disque hédoniste, libéré de toutes considérations commerciales, qui part dans tous les sens en gardant un feeling dévastateur. On s’en doutait depuis le début mais là les choses sont claires : Supergrass possède le swing ou le mojo, appelez ça comme vous voulez, mais ils ont ce truc indescriptible, ce glissement progressif du plaisir qui secoue le corps jusqu’à vous faire benoitement planer comme lors de vos premiers orgasmes solitaires devant Basic instinct. La musique est un instinct basique. Supergrass l’honore avec une rage préhistorique - le stoogien Never done nothing like that before - mais aussi un raffinement futuriste, avec le morceau final Run, dont la beauté stratosphérique aurait très bien pu figurer sur le Space Oddity de Bowie. Malheureusement le climax artistique atteint par le groupe sera inversement proportionnel aux chiffres de vente. Ils ne vont pas pour autant revenir sur le plancher des vaches, aussi maigres soient-elles.

 

Trois ans plus tard, après avoir visité d’autres planètes, la compagnie du Gaz prend la route pour…Rouen ! Si leur précédent album était un chef-d’œuvre irradiant, ce Road to Rouen est un tour de force beaucoup plus sombre. « Commercial suicide », l’expression est lâchée dès le premier morceau. Mais la seule mort qui plane sur le disque est celle de la mère des frères Coombes. Une véritable tragédie qui drape d’un linceul de mélancolie les compositions torturées de ce cinquième opus. La tristesse est tellement palpable dans les arrangements qu’il pleut même des cordes sur St. Petersburg et sur la magnifique Roxy (la maman en question). Quelques sursauts funky par-ci par-là tout de même mais le cœur n’y est pas. Ou plutôt si, mais il est complètement dévasté. Au fur et à mesure que l’on décortique l’ensemble, on se rend compte à quel point Supergrass est doté d’une richesse musicale qui parvient à s’épanouir à la fois dans la joie et dans la douleur. Peut-être même plus dans la douleur. Nul besoin de préciser que Road to Rouen est un échec commercial…

 

Nous finissons donc par ce qui restera, peut-être, comme étant le dernier album du groupe, à savoir Diamond Hoo Ha. Comme son titre l’indique, c’est un disque brillant, dans tous les sens du terme, puisqu’il revisite avec bonheur le glam rock de la fin des années 70. Oui je sais, je schématise, il s’agit surtout d’un hommage à David Bowie et à ses albums Diamond Dogs (tiens tiens) et « Heroes » (la face A bien sûr), c’est-à-dire un glam rock décadent qui sent le souffre. Il faut donc le prendre comme un exercice de style hautement réussi, qui n’hésite pas à ressusciter le son de l’époque. Le travail sur la guitare et surtout le saxophone est particulièrement bluffant de ressemblance avec les originaux. Pour autant, la patte du groupe est bel et bien présente, dans l’énergie et dans la construction alambiquée de certains morceaux, vestiges des expérimentations des deux albums précédents.

 

En 17 ans d’existence, le groupe d’Oxford aura donc tracé une route pleine de détours et d’embardées, ne s’accommodant pas d’une ligne droite menant au succès. Vu la qualité de leurs albums et le potentiel créatif, on ne peut que se lamenter sur leur sort. Toutefois, il me semble que rien n’est perdu. Les années 2000 auront été marquées par de nombreux retours de groupe de rock qui, lorsqu’ils se sont séparés, ne pensaient pas un seul instant à une éventuelle reformation. Si celle-ci demeure d’ordre pécuniaire la plupart du temps, elle pourra peut-être se muer à terme en une sorte de plan de carrière incluant un second départ basé à la fois sur la nostalgie et l’envie de (re)découvrir ces artistes. Il faut en attendant propager la bonne parole en espérant qu’un maximum d’oreilles se roule dans cette herbe délicatement relevée. Parce que c’est de la bonne tout simplement.

 

Voici le clip de St. Petersburg, extait de l'album Road to Rouen, magnifique de sobriété

  

 

  

 

 

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