Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 17:32

(JPEG)

 

I'm not there

 

Formidable documenteur d’une star déchue massacrée par le showbiz et les médias. Une habile manipulation qui n’est pas sans évoquer les performances du regretté Andy Kaufman.

 

Le pitch: En 2008, l’acteur Joaquin Phoenix annonce qu’il prend sa retraite du métier et tente sa chance comme chanteur hip-hop. Durant un an, son beau-frère Casey Affleck, armé de sa caméra, documentera au jour le jour sa dépression, son dégoût de la célébrité et ses nombreux revers. Parallèlement, l’ex-acteur à l’apparence négligée entame la tournée de promotion du film "Two Lovers" de James Gray, durant laquelle il crache son fiel contre le show-business et tient des propos incohérents devant les caméras de télévision. Entre les sauteries avec ses amis et ses prestations de rappeur, Joaquin Phoenix, devenu la risée de tout Hollywood, crie son désespoir.

 

Mon avis: Souvenez-vous, il y a un peu plus de deux ans, pendant la promo du magnifique Two Lovers de James Gray, l’acteur Joaquin Phoenix annonçait son intention d’arrêter le cinéma. Perplexes, mais surtout attristés, nous assistions par la suite, de manière épisodique et à coups de vidéos sur le net, à ce qui ressemblait fort à la chute d’un artiste psychologiquement très atteint. Ainsi Phoenix voulait changer de carrière et se mettre au Hip Hop. Ses premiers pas dans la musique avaient de quoi inquiéter : l’air hagard, mal à l’aise avec quinze kilos en trop, le visage dévoré par sa barbe et ses cheveux (on aurait dit Jerry Garcia de Grateful Dead !), l’ « ancien » acteur balbutiait un rap sur sa triste condition de star devant un parterre de gens amusés ou médusés. Puis il y eut bien sûr la fameuse interview chez Letterman qui a fait le tour du monde et dans laquelle Phoenix est ridiculisé par le présentateur. Des rumeurs de canular commençaient à se propager mais pour ceux qui ne suivaient pas l’actualité du showbiz de près, la descente aux enfers de Phoenix semblait terriblement réelle, exactement comme celle de Mickey Rourke en son temps (l’acteur à la gueule d’ange s’était reconverti en boxeur, se prenant raclée sur raclée !).

 

Du coup, grand soulagement l’année dernière, lorsque tout s’est enfin éclairci. Oui, Phoenix jouait la comédie pour les besoins du premier film de Casey Affleck, un documenteur sur une vedette au firmament qui décide, comme un gamin capricieux, de tout plaquer. Comme le suggère la typographie du titre sur l’affiche (les lettres de I’m still here sont à moitié effacées), on assiste dans cette œuvre atypique à la disparition médiatique progressive d’un être qui veut affirmer coûte que coûte son existence autrement que par le medium qui l’a rendu célèbre. C’est une sorte de crash test, un suicide commercial qui voit Phoenix foncer comme un bélier à la fois furieux et apeuré dans le mur d’incompréhension et de cynisme des médias et du monde du spectacle. Même si cette critique du système peut paraître convenue, le procédé mis en place pour y parvenir est fascinant. Affleck nous montre à quel point chaque bribe d’info, lâchée consciemment par les auteurs, sur la dégringolade de l’acteur est reprise, analysée, déformée et moquée par tous les networks du pays jusqu’à l’écœurement. Il y a là quelque chose de terrifiant, comme une mise à mort naturelle et entendue, à laquelle le téléspectateur participe de gré ou de force. Nous sommes d’accord, il s’agit avant tout d’une plaisanterie, ce qui occasionne de nombreux fous rires. Mais à plusieurs reprises durant la projection, on est amené à cette réflexion : et si c’était vrai ? Et si Phoenix n’avait pas joué la comédie ? Qu’est-ce qui pourrait bien justifier ce lynchage en règle d’un homme apparemment malade psychologiquement, aussi odieux soit-il ? La réponse est rien, bien entendu. C’est ici que le rire s’estompe.


Il y a deux scènes-clé qui s’enchaînent vers la fin du film, l’une est entièrement fictionnelle, l’autre à moitié. Jusqu’ici, Phoenix cabotinait comme un dingue pour rendre son autre « lui » détestable à souhait. Une interprétation hautement comique mais surtout très astucieuse car elle oblige presque le spectateur à penser que son châtiment est après tout bien mérité. La première scène importante est l’effondrement du rêve musical du personnage lorsqu’il fait écouter ses démos (à mourir de rire) à l’inénarrable P.Diddy. Grâce au talent de l’acteur, nos sentiments commencent à basculer. Il devient touchant. Deuxième scène, sur le plateau de Letterman. Ce dernier, qui n’est pas né de la dernière pluie, devait se douter de la supercherie. Après tout, Andy Kaufman lui avait fait le même coup presque trente ans plus tôt (Kaufman est d’ailleurs à notre avis LA référence première du film, il suffit de revoir Man on the moon pour s’en convaincre). Toujours est-il que Letterman pilonne Phoenix de vannes pour tenter de le faire craquer, sous les rires féroces d’un public acquis à sa cause. C’est un véritable massacre et, pour la seule et unique fois du film, Phoenix sort un peu du rôle, sans doute mal à l’aise avec la violence des moqueries. Mais ce malaise réel, au final, achève de nous rendre le personnage fictif sympathique et renverse totalement notre jugement à son égard. Il ne reste plus au jeune cinéaste qu’à orchestrer une sortie déchirante, loin d’Hollywood, inspiré sans aucun doute par le Last days de son ami et mentor Gus Van Sant. Joaquin peut désormais renaître des cendres de son jumeau déchu.

 

Sortie le 13 juillet 2011

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : A suivre...
  • A suivre...
  • : Critique séries TV
  • Contact

Recherche

Liens