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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 10:09

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Lascar face

 

Un premier film plus que prometteur, au style maîtrisé et à l’interprétation ravageuse. Un cinéaste et un acteur, Guillaume Gouix, à suivre.

 

Le pitch: Jimmy Rivière est un jeune Gitan, solaire, nerveux, parfois trop. Sous la pression de sa communauté, il se convertit au pentecôtisme et renonce à ses deux passions : la boxe thaï et Sonia. Mais comment refuser le nouveau combat que lui propose son entraîneur ? Et comment résister au désir si puissant qui le colle à Sonia ?

 

Mon avis: Oui, Jimmy Rivière est un film qui se déroule au sein de la communauté des Gens du Voyage et a été réalisé par l’un d’entre eux. Non, le film n’est pas une réponse aux tristes événements anti-Roms de l’été dernier puisque Teddy Lussi-Modeste l’a mis en chantier bien avant. Pourquoi cette précision en guise de préambule ? Tout simplement parce qu’à l’instar des Gitans, cette formidable première œuvre ne doit pas être stigmatisée pour ce qu’elle n’est pas. Le propos du jeune cinéaste n’a aucune velléité documentariste sur la vie des Gens du Voyage mais tend au contraire à l’universel. S’il parle de son milieu d’origine c’est parce qu’il le connaît mieux que quiconque. Mais c’est une base familière qui lui permet de développer des thèmes qui lui sont chers et qui peuvent concerner n’importe qui, comme les difficultés inhérentes à l’appartenance d’un clan ou d’un milieu social quel qu’il soit. A la limite, Jimmy Rivière aurait tout aussi bien pu s’appeler Gontrand Dulac et se rebeller contre sa famille bourgeoise typique du XVIème... On exagère mais c’est ce qui fait la force de ce film : son refus d’une surexposition du cadre social afin de permettre à la dramaturgie de se développer librement sans le poids de son environnement diégétique.
Toutes proportions gardées, on sent sinon un souffle puissant, du moins une brise scorsesienne parcourir ce coup d’essai percutant. La communauté, la religion, la boxe, la rédemption, la chute, les pulsions de vie et de mort qui s’affrontent etc. Des thématiques bien connues mais mises en relief par une mise en scène maîtrisée et parfois inspirée grâce à un sens du cadre et à un travail sur les lumières remarquables. Le style de Lussi-Modeste associé à une bande-originale en apesanteur, proche des expérimentations de Brian Eno, propulsent le métrage dans une dimension romanesque captivante.
Et puis il y a Guillaume Gouix. On en finit pas de le découvrir depuis quelques années mais là son talent explose et crève l’écran une bonne fois pour toutes. Son corps affûté et son regard dévastateur dégagent une tension permanente digne des plus grands. La caméra de Lussi-Modeste n’en finit pas de le sublimer. De plus, le couple qu’il forme avec l’incandescente Hafsia Herzi est une splendide trouvaille de casting et dénote une certaine tendance à la pyromanie chez le cinéaste. Le reste de la distribution est au niveau, avec une mention spéciale pour l’hallucinant Riaboukine et surtout pour Béatrice Dalle qui, au-delà de son rôle anecdotique, fait figure de sublime marraine à la fois pour les jeunes acteurs et pour le jeune cinéaste.
Toutes ces réjouissances font que l’on pardonne aisément au film de faire du sur-place dans son dernier quart d’heure. L’essentiel est ailleurs et le contrat plus que rempli.

 

A l'affiche le 9 mars 2011

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