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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 11:39

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Retour de flamme

 

Sublime variation sur l’amour impossible, ces Regrets sont à la fois mélancoliques et drôles, brûlants et apaisants. Avec deux acteurs en apesanteur.

  

Le pitch:Mathieu Lievin, 40 ans, architecte parisien, prend la route pour rejoindre la petite ville de son enfance où sa mère vient d’être hospitalisée en urgence. Dans la rue, il croise Maya, son amour de jeunesse, qu’il n’a pas revue depuis quinze années. Accompagnée d’un homme et d’une petite fille, elle ne lui adresse pas la parole. Deux heures plus tard, le téléphone sonne dans la maison familiale : c’est Maya qui l’invite à venir la retrouver chez elle. Il hésite un court instant puis accepte...

 

Mon avis :

Lorsque Mathieu croise par hasard Maya, le grand amour de ses vingt ans, il replonge dans une passion irraisonnée et dévorante qui le consume de manière spectaculaire. Point. C’est une histoire vieille comme le monde, qui tient sur deux lignes, mais dont la profondeur ne sera jamais comblée par les multiples réflexions qu’elle nourrit, tout simplement parce qu’elle tutoie l’inconnu et bouleverse les certitudes circonstancielles fixées tant bien que mal par nos consciences. Cela, Cédric Kahn, l’a parfaitement compris, lui qui a choisi comme personnage un architecte habitué à créer, construire, cadrer et réparer méticuleusement les choses qui l’entourent. Qu’est-ce qui pousse cet homme a basculer dans cette folie ? Les raisons sont multiples. La perte de sa mère le rend orphelin à 40 ans et le confronte de fait à sa propre mortalité ; il retrouve ainsi en Maya une innocence perdue. Mathieu n’est pas le grand architecte qu’il espérait devenir ; elle lui rappelle les folles ambitions qu’il nourrissait. Enfin il n’a pas construit de véritable famille avec sa femme puisqu’ils n’ont pas réussi à avoir d’enfants ; Maya a une fille qu’il s’imagine élever sans peine.
Toutes ces raisons, suggérées et laissées à l’appréciation du spectateur, n’ont finalement que peu d’importance. Ce qui intéresse Kahn, et ce qui nous intéresse, ce sont les conséquences de cette passion et son évolution quasi virale. Quand le désir, qu’il soit d’ordre amoureux ou non, devient une obsession et pulvérise les barrières morales. Plus rien n’a d’importance. Mathieu démissionne du quotidien, arrive en retard, oublie des rendez-vous importants, veut ajouter une fenêtre à un projet immobilier qui n’en supporterait pas la construction. Il sort du cadre et devient littéralement insaisissable. La caméra peine à le suivre dans ses courses effrénées et désespérées pour rejoindre l’être aimé.
Là où certains se seraient vautrés dans le gros mélo qui tâche, Kahn choisit judicieusement de donner à son film des allures de thriller. Quoi de plus naturel de jouer avec le suspense et de créer une atmosphère inquiétante lorsque l’on parle de mystères, même s’il s’agit de ceux des sentiments. Maya, elle-même, dégage une imprévisible étrangeté, renforcée par le fait que notre point de vue est surtout celui de Mathieu. L’envoûtante musique de Philip Glass souligne avec pertinence ce délicieux malaise.
(JPEG) A cela s’ajoute paradoxalement une dimension comique indéniable. Réapprendre à aimer et gérer les aléas de l’adultère en sont les deux principaux ressorts. Les rendez-vous manqués, les chambres d’hôtel (de luxe) réservées, les plans délirants sur la comète ( « Viens, allons vivre à Barcelone, si on part maintenant, on peut y être dans 4 heures ! »), autant de situations cocasses qui rendent ce couple irrésistible. En redécouvrant la séduction, ils retombent ensemble dans une adolescence gauche, touchante et intemporelle. Des jeux d’enfants toutefois menacés par l’omniprésence de l’alliance de Mathieu, minuscule objet qui envahit pourtant l’écran lorsque sa main caresse fiévreusement le corps de Maya.
Valéria Bruni Tedeschi et Yvan Attal nous offrent deux compositions remarquablement justes même dans l’excès, Arly Jover tire le meilleur parti de son « mauvais rôle » de femme trompée et Philippe Katerine est plus qu’à l’aise pour camper cet improbable José Bové alcoolo. Quant au dénouement, sans le révéler bien entendu, disons qu’il prend la sublime forme de pointillés délicats et dangereux. L’élégance discrète du masochisme amoureux.

  Les Regrets

Illustration: PADLS

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