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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 12:11

Life's Too Short : photo Ricky Gervais, Stephen Merchant, Warwick Davis

 

Petit Gervais

 

 

Les tribulations comico-neurasthéniques d’un Warwick Davies de fiction dans un mockumentaire acide qui en a dérangé plus d’un outre-Manche. La recette éprouvée de Ricky Gervais et Stephen Merchant fonctionne encore mais aurait peut-être tournée à vide sans le talent de l’interprète principal et les réactions/réflexions entraînées par sa prestation kamikaze.

 

Mon avis: Quiconque avait une petite dizaine d’années en 1988, lorsque Willow de Ron Howard est sorti au cinéma, garde un souvenir ému et une tendre affection pour le personnage de Willow Ufgood, interprété par Warwick Davies, acteur « de petite taille », ancien Ewok pour George Lucas dans Le retour du Jedi et récent professeur de magie dans Harry Potter. C’est donc avec un plaisir nostalgique que nous le retrouvons dans le rôle principal de la dernière comédie en date de Ricky Gervais (avant Derek à la fin du mois), d’autant que Davies est à la base du projet. L’auteur et son comparse Stephen Merchant se sont en effet inspirés des anecdotes de l’acteur sur les préjugés, maladresses et parfois malveillances des gens, quand ils sont confrontés à son nanisme, pour créer cette série qui explose allègrement les barrières verbales et physiques du politiquement correct. Dans un refus catégorique de tout angélisme et de tout manichéisme, ils bombardent Davies, comme un nain dans un jeu de quille, dans un monde tordu fait de méchancetés et d’humiliations au sein duquel l’acteur lui-même est une raclure comme les autres. Le message est limpide: appelons un nain un nain, ce sont des êtres humains comme les autres, ils ont donc le droit d’être cons comme tout le monde.

 

  Life's Too Short : photo Helena Bonham Carter, Johnny Depp, Ricky Gervais, Stephen Merchant, Warwick Davis

 

Certains critiques anglais ont trouvé la prestation de Warwick Davies dégradante. Il est vrai qu’il se fait copieusement insulté, se casse la gueule régulièrement, est obligé de porter un costume d’ours pour « faire l’Ewok » dans un mariage et est plongé dans la cuvette des toilettes par un Johnny Depp totalement déjanté. Mais il n’y a rien de dégradant dans ces scènes. Au contraire, il s’agit d’une immense preuve de respect envers les qualités d’acteur et les qualités d’homme de Davies. Quelle libération cela a dû être pour lui de tourner ces scènes et quelle libération pour le téléspectateur de pouvoir en rire avec lui! Le pouvoir de l’humour, même noir, et celui de la provocation, même borderline, sont rassembleurs par opposition à une quelconque diplomatie de façade entre les êtres, dont les formules imposées finissent par diviser et catégoriser. C’est, à mon sens, le credo de la série. Récemment, dans une interview pour son dernier film qui évoque l’esclavage, Quentin Tarantino disait, en substance, que les films délirants de série B issus de la Blaxploitation avait beaucoup plus servi la cause Noire et aidé à débloquer les mentalités que n’importe quelle autre film académique « sérieux » sur la question. Gervais et Merchant épousent cette théorie. Faire exulter le corps et le verbe de Warwick Davies avec un respect irrévérencieux, en bonne intelligence avec tous les participants, fait plus bouger les choses qu’un respect poli unilatéral et creux.

Life's Too Short : photo Ricky Gervais, Warwick Davis

 

Mais ce personnage permet aussi aux auteurs de poursuivre leur réflexion sur la soif inextinguible de succès. A ce titre, Life’s too short pourrait très bien être la fin d’une trilogie évolutive sur la question. Dans The Office, le personnage principal se prend pour un comique de stand up au bureau et va tenter vainement de percer dans le showbiz et d’avoir du succès. Dans l’extra Extras, Andy Millman est déjà acteur et va obtenir ce succès (même contrarié). Quant à la « version tordue » (twisted version dixit Gervais) de Warwick Davies, elle a connu le succès par le passé avant de sombrer lentement dans l’anonymat et disparaître de la mémoire collective. La boucle est bouclée. Qui plus est, la série est un mélange formel des deux précédentes : le mockumentaire de la première associé à l’univers glauque des coulisses du showbiz, peuplé de guests bien allumés, de la deuxième.

D’où cette impression de déjà-vu et de relatif manque d’originalité. On le sait, Gervais ne sait créer qu’un seul type de personnage, celui qui parvient à faire ressentir au téléspectateur à la fois de l’empathie et de l’antipathie (le salaud entouré de plus salauds que lui). Il le reconnait lui-même puisqu’il le fait dire à Johnny Depp, dans une scène de bashing particulièrement drôle. Mais il est quand même difficile de faire la fine bouche puisque, pour le moment, le plaisir est toujours intact. Après tout, pourrait-on reprocher à Louis de Funès de n’avoir créée qu’un seul rôle pour tous ses films ? Ou Woody Allen ? Cela parait absurde. Ajoutons que les stars invitées jouent le jeu de l’autodépréciation avec un enthousiasme jubilatoire et que les seconds rôles sont tous savoureux, du comptable incapable à l’assistante dégénérée qui conseille à Davies de se reconvertir en appât pour pédophiles!  Profitons donc de cette série plus courte que les autres (seulement sept épisodes), à l’instar de son titre et de son interprète, et attendons son final, à la manière du désormais fameux Christmas Special, qui doit avoir lieu cette année.

 

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