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31 août 2010 2 31 /08 /août /2010 16:26

18h00. Arrivée devant le Zénith. A la vision du groupuscule de fans inconditionnels de The National - sorte de conclave de matheux à la posture corporelle malaisée due à une adolescence entièrement dévoué à la religion de l’abscisse et de l’ordonnée – je me demande bien pourquoi je suis venu si tôt. D’ailleurs pourquoi venir tout court ? Pavement au Zénith c’est aussi incongru que Dinosaur Jr à Bercy. Il y a deux ans, Malkmus à la Maroquinerie ça avait de la gueule et du sens. Le mec avait l’air défoncé, ok, mais il a donné ce qu’on attendait d’un éternel branleur de 40 balais jouant avec passion un rock approximatif dans une salle à taille humaine. Ici, à l’occasion d’une reformation dont tous les kids des années 2000 se foutent éperdument, les Pavement nous font leur show façon Pieds Nickelés dans une « grande » salle à peine remplie, dont le tiers est venu surtout pour se vautrer dans l’ennui musical de The National. A eux les petites anglaises peinturlurées comme des femmes de mauvaise vie et vêtues de fringues dont la taille ignore leur beauté gironde. A Pavement le ramassis de quadras rêvant à nouveau à la scène indie rock des 90’s plus que jamais lointaine. Le tableau n’est guère reluisant.

Le déséquilibre semblait évident entre un groupe dont l’étonnante notoriété ne cesse de grimper et un autre n’ayant jamais vraiment accédé au succès malgré une importance historique indéniable. Le contraste se poursuit pendant les prestations de chacun mais tourne cette fois à l’avantage des vétérans. Au lieu de les sniffer, le groupe de Matt Berninger ne fait que danser poliment avec un balai dans le cul sur les cendres de Joy Division. Le chanteur tente de nous faire le coup de l’artiste possédé en singeant Ian Curtis et Thom Yorke mais ça ne prend pas. Le show est trop propre, seuls deux ou trois morceaux atteignent vraiment un climax intéressant, le reste est soporifique. Pour briser ce cadre confortable, Berninger s’enfonce tant bien que mal dans la foule puis remonte sur scène en déclarant qu’il avait croisé sa mère… Cauchemar freudien ultime de rock star frustrée. Comment un mec à la trentaine bien tassée toujours surveillé par sa mère pourrait raisonnablement nous filer le grand frisson? On passe.

Arrive le Club des Cinq. Les costards guindés de la première partie laissent place aux t-shirts délavés et pas lavés depuis 1992. Le dilettantisme légendaire de Pavement refait surface dès le premier morceau et nous arrache le premier sourire d’une longue série. On sent que les répétitions en vue de ce come back n’ont pas été très nombreuses et c’est tant mieux. Non seulement le son est pourri (comme d’hab’ au Zénith) mais en plus les fausses notes de gratte viennent nous vriller les esgourdes à plusieurs reprises. Tout est bancal et de guingois à l’image des chorégraphies désopilantes de Stephen Malkmus, qui imite Kaiser Sauze à la perfection sans doute pour attirer notre attention quand il laisse le chant à ses comparses. Les Pavement assument et revendiquent un je m’enfoutisme réjouissant, à mille lieux des sombres jérémiades de The National. Pavement s’amuse, Pavement s’engueule, Pavement nous escroque délibérément et on se laisse faire en s’époumonant sur des morceaux qu’on a parfois de la peine à reconnaître. Masochisme snob et nostalgique de notre part? Non. Juste la satisfaction de voir que parfois, les génies sont des branques, et l’on se repaît de leur insouciance. De toute façon, j’ai jamais pu saquer les matheux…

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