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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 13:22

Scott-Pilgrim.jpg

 

 

Beat 'em up!

 

Un film générationnel et musical délirant signé par l’excellent auteur de Shaun of the dead. Sauvez Edgar Wright, allez voir Scott Pilgrim!

 

Le pitch: Scott Pilgrim n’a jamais eu de problème à trouver une petite amie, mais s’en débarrasser s’avère plus compliqué. Entre celle qui lui a brisé le cœur - et qui est de retour en ville - et l’adolescente qui lui sert de distraction au moment où Ramona entre dans sa vie - en rollers - l’amour n’a jamais été chose facile. Il va cependant vite réaliser que le nouvel objet de son affection traîne les plus singulières casseroles jamais rencontrées : une infâme ligue d’ex qui contrôlent sa vie amoureuse et sont prêts à tout pour éliminer son nouveau prétendant. À mesure que Scott se rapproche de Ramona, il est confronté à une palette grandissante d’individus patibulaires qui peuplent le passé de sa dulcinée : du mesquin skateur à la rock star végétarienne en passant par une affreuse paire de jumeaux. Et s’il espère séduire l’amour de sa vie, il doit triompher de chacun d’eux avant que la partie soit bel et bien « over ».

 

Mon avis: Autant l’avouer d’emblée : nous ne connaissions pas du tout l’œuvre BD du canadien Bryan Lee O’Malley. Cette série en six tomes, dont le film est un condensé, est pourtant l’un des plus grands succès de roman graphique de ces dernières années. L’adaptation ciné en découle tout naturellement et les producteurs s’attendaient à faire un carton au box office américain, d’autant que le buzz fut savamment entretenu pendant des mois sur le net, avant la sortie estivale du film. Malheureusement les pauvres n’ont même pas passé le premier level, ce fut game over dès le début. Un bide monumental qui risque de sérieusement plomber la carrière du réalisateur Edgar Wright, auteur des hilarants Shaun of the dead et Hot fuzz. Le plus étonnant dans cette affaire, c’est que le film est très réussi. Après avoir lu les premiers tomes, et au risque de choquer les fans, nous irons même plus loin en affirmant que ce long-métrage nous a beaucoup plus séduit que la BD originale.

A cela deux raisons majeures. La première concerne l’adaptation en tant que telle, à la fois fidèle et décalée par rapport à l’œuvre d’O’Malley. Si les dialogues sont effectivement quasiment les mêmes au mot près, le ton, lui, est légèrement différent. On sent que Wright a injecté des échantillons de son univers dans celui du canadien. Une touche personnelle qui s’apparente à une sorte d’idiotie régressive mais terriblement maligne. Comme ses précédents films, Scott Pilgrim est un film idiot qui ne prend pas les spectateurs pour des idiots. Mine de rien, c’est une nuance d’une grande importance. De même, là où la BD entretenait une atmosphère légèrement neurasthénique sur les bords, en partie grâce au noir et blanc, le film se vautre avec bonheur dans une ambiance délirante et bariolée avec des personnages secondaires hauts en couleurs. Au lieu de contaminer le film, la mélancolie initiale s’est juste concentrée sur le visage de Michael Cera, définitivement passé maître dans l’art de l’inexpressive éloquence. Wright se démarque aussi dans son utilisation des références. Elles restent dans l’esprit de la BD mais semblent plus nombreuses et donnent à l’ensemble un côté geek plus prononcé et plus drôle (la musique de Zelda, les incrustations de jeux vidéo, l’hommage désopilant à la série Seinfeld...). Quant aux combats, qui faisaient la grande originalité des planches d’O’Malley, ils sont très jouissifs et évoquent bien sûr les jeux Street fighter, Mortal kombat, Dragon Ball mais aussi Guitar hero (plutôt Bass hero en l’occurrence). Encore une fois c’est très crétin mais c’est malin. On regrettera juste un léger essoufflement dû au phénomène de répétition dans la dernière demi-heure, seul bémol d’une mise en scène par ailleurs très efficace, qui s’amuse souvent à transporter les personnages d’un lieu à un autre sans changer de plan. Le tout revêt un aspect ludique indéniable.

Deuxième raison de sauver Edgar Wright et d’aller voir son film : la musique. Pour le coup, pas de comparaison possible car, même si elle était présente sous diverses formes dans la BD (le magasin de disques, les tablatures pour jouer les morceaux du groupe et le nom des deux potes de Pilgrim, Stephen Stills et le young Neil !), la différence ici est évidente puisqu’on peut l’entendre et qu’elle apporte un relief savoureux. Il faut dire que cette bande originale a été confiée à des artistes hautement qualifiés. Jugez plutôt : Nigel « Radiohead » Godrich, Kevin Drew de l’excellent groupe Broken Social Scene, les joyeux lurons Gaz Coombes et Danny Goffey de Supergrass, entre autres. Dès les premiers vrombissements de basse du générique, nous sommes scotchés au siège, dodelinant de la tête comme des idiots... avec un sourire malicieux. Scott Pilgrim est un film qui s’écoute fort.
Finalement, l’échec commercial du film s’explique sans doute par le fait qu’il ne s’adresse qu’à une génération, celle des jeunes trentenaires (accessoirement celle de l’auteur de ces lignes comme vous l’aurez compris). Autrement dit si les mots Atari, Duck Hunt, Ryu et Kramer ne vous disent rien et si le rock indé vous dépasse, vous ferez sans doute partie du Monde contre Scott Pilgrim. Les autres, rejoignez nous !

 

 

"Scott Pilgrim Vs. the World" de Edgar Wright, avec Michael Cera, sortie le 1er décembre 2010.

 

Illustration: PADLS

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