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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 15:46
Low Winter Sun (Pilote)

Soleil trompeur?

Ivre de vengeance, Frank Agnew, un inspecteur de la police de Détroit, franchit la ligne en tuant un de ses collègues. Maquillé en suicide, le meurtre revient très vite le hanter. Il ignorait que la victime était surveillée par la police des polices. Et cerise sur la gâteau, il découvre que son complice de crime lui a caché bien des choses...

Pour une série, commencer son existence juste après la diffusion de l’épisode de reprise de Breaking Bad est à double tranchant. Certes cela augure une audience confortable, et ce fut le cas, mais cela entraine immanquablement le petit jeu des comparaisons. Après tout, si l’excellente chaîne AMC (Mad Men, The Walking Dead, The Killing…) a pris cette décision c’est qu’elle pensait avoir trouvé, sinon la remplaçante, du moins un palliatif efficace à la disparition prochaine d’une des meilleures séries de tous les temps. Là où Ray Donovan s’en est sorti haut la main face au souffreteux Dexter, Low Winter Sun échoue logiquement mais avec les honneurs.

Low Winter Sun (Pilote)

Si elle échoue, c’est un peu à cause d’AMC et à cause de nous aussi, il faut bien le reconnaître. Du fait de ce « parrainage » de diffusion, il était impossible de ne pas espérer autre chose qu’une nouvelle claque visuelle, un choc psychologique et moral à la hauteur des tourments tortueux de Walter White. Malgré certains rapprochements que l’on peut effectuer (la chute d’un homme, la vie dans le mensonge, l’effacement de la frontière entre le Bien et le Mal…) ce n’est clairement pas le cas pour l’instant. Mais les qualités sont là. Pour en profiter, il suffit de faire abstraction de Breaking Bad et se focaliser sur ce que LWS a à nous dire : pas grand-chose sur le fond, un peu plus sur la forme. Dès son premier plan, sur un hypnotique morceau de The Cave Singers, on sent la volonté de nous proposer un polar atmosphérique et sensoriel, un trip crépusculaire faiblement éclairé par ce bas soleil hivernal, duquel personne ne sortira indemne. C’est noir, très noir. Trop pour être honnête ? Peut-être. Mais cela fonctionne.

Low Winter Sun (Pilote)

La mise en scène, tantôt fébrile, tantôt sûre de ses cadrages implacables, y est pour beaucoup. Elle est signée Ernest Dickerson qui a œuvré sur The Wire et mis en boîte le formidable premier épisode de la 3ème saison de The Walking Dead. L’interprétation également. Mark Strong (déjà présent dans la série originale anglaise) et Lennie James forment un remarquable duo contrarié au bord de l’implosion. On retrouve aussi avec plaisir le suspicieux David Costabile (le Gale de Breaking Bad) et James Ransone alias Ziggy dans The Wire saison 2. La qualité des dialogues est en revanche plus discutable. Trop sérieux, sans une once d’humour même noir, ils semblent directement sortis de l’univers lourdement glauque d’Esprits Criminels, ancien giron de Chris Mundy, le créateur de LWS. « La vie c’est pas que du Noir et du Blanc, c’est un putain de stroboscope! ». D’accord Monsieur, si vous le dites…

Low Winter Sun (Pilote)

Heureusement que Mundy a eu la bonne idée de tourner à Detroit. En ce moment si vous voulez du crépusculaire, c’est the place to be ! Ancienne gloire de l’industrie automobile jusque dans les années 50, Motor City est désormais désertée, rongée par le chômage et, bonne pioche pour la production, très récemment officiellement mise en faillite. Dès lors, le désarroi de Frank colle parfaitement à celui de la ville. Climat poisseux, pluie drue et chiens errants qui bouffent des rats, quoi de mieux pour illustrer le spleen. Certains parleront de voyeurisme et d’opportunisme, d’autres rétorqueront que le tournage de la série crée plus d’une centaine d’emplois à Detroit. Même si elle est hors-champ, voilà peut-être l’interrogation morale la plus passionnante de LWS. A vous de juger. Quoi qu’il en soit, si la série perdure, Detroit y sera pour beaucoup. Il est donc normal qu’elle renvoie l’ascenseur dans ce rapport de symbiose dont la réalité est tout aussi intéressante que la fiction elle-même.

La Note: 3.5/5

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Sébastien Mauge
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