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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 18:23
Masters of Sex (Pilote très hot)

La société de consumation

La Note: 4.5/5

La vie et les amours de William Masters et Virginia Johnson, deux chercheurs spécialisés dans l'étude des comportements sexuels...

Comme je l’avais pressenti (cf. émission « Saison1 Episode1 » début septembre avec Pierre Langlais sur Le Mouv’), le pilote de Masters of Sex est pour le moment celui qui tire le mieux son épingle du jeu dans la jungle épaisse de cette rentrée US. Dès la bande-annonce, on pouvait flairer le potentiel qualitatif de cette évocation biographique des recherches sur la sexualité, et ses effets sur le corps humain, menées à partir du milieu des années 50 par le scientifique William Masters et sa partenaire, dans les deux sens du terme, Virginia Johnson. Ce premier épisode confirme et amplifie ce sentiment en balayant d’emblée l’image caricaturale que l’on pouvait coller à ce projet, à savoir un Mad Men orienté cul. Il est vrai qu’aux Etats-Unis, les chaînes du câble, comme Showtime (qui diffuse MOS) ou HBO, jouissent d’une certaine liberté de ton, notamment en matière de représentation de la sexualité, et peuvent parfois se fourvoyer dans une forme de complaisance. D’ailleurs, en ce moment, une vidéo virale cristallise de manière hilarante cet état de fait (« C’est pas un porno, c’est HBO ! »).

Masters of Sex (Pilote très hot)

Certes l’environnement et les thématiques propres aux 50’s font écho à la série de Matthew Weiner : tabous, ségrégation raciale, jazz, machisme ordinaire puis évolution des mœurs, émancipation féminine, naissance du rock, etc. Mais l’étude des désirs matériels de la société de consommation est ici remplacée par celle des désirs sexuels de la société de consumation. Une société secrète jusqu’alors inexplorée. Ce questionnement biologique et cette enquête sur l’alchimie des corps s’accompagnent progressivement de réflexions morales et éthiques, voire philosophiques, absolument passionnantes, plaçant cette odyssée du sexe (le godemiché expérimental s’appelle Ulysse…) au-dessus de tout soupçon de racolage. Elle n’a pas froid aux yeux (ni ailleurs) mais il est vrai qu’une série sur le sexe sans petite mort serait aussi frustrante qu’une série sur la mafia sans petits meurtres.

Masters of Sex (Pilote très hot)

En plus d’être un portrait de la sexualité, Masters of Sex est aussi, et peut-être avant tout, celui d’un homme et d’une femme, les deux chercheurs en question. On se rend vite compte qu’ils mènent une expérience, consciente ou non, sur eux-mêmes. Lui est méthodique, psychorigide, et ne fait parler que la science; elle est libérée et à l’écoute de son corps. Les deux se rejoignant dans une détresse intime personnelle, l’évolution de cette relation entre le feu et la glace sera au moins aussi importante que leurs découvertes professionnelles. Leur rencontre improbable est à l’image de l’attraction entre deux aimants et occasionne quelques pointes d’humour charmantes, surtout quand Masters tente d’un air coincé de soutirer à Johnson des informations sur les mystères de l’orgasme féminin. Pour lui, c’est comme de la science-fiction ! De plus, Johnson est rapidement présentée comme un alter ego plus qu’une simple assistante de Masters, rendant ainsi caduque le fantasme de suprématie masculine de l’époque (et d’aujourd’hui diront certains). Même si le titre joue uniquement sur le nom de l’homme, le pluriel les met tous les deux sur un pied d’égalité (ils sont les « maîtres du sexe »).

Masters of Sex (Pilote très hot)

Il faut souligner la très belle mise en scène de John Madden (Shakespeare in Love), en accord avec la thématique. Chatoyante et élégante dès les premiers plans, elle enveloppe et caresse les personnages par des mouvements de caméra d’une grande douceur mais n’hésite pas à faire trembler cette dernière lors d’une scène terrible entre Johnson et son amant, rappelant ainsi que la frontière entre sexe et amour est floue et peut entraîner jalousie, tentative de domination et violence, des sentiments avec lesquels les deux chercheurs vont peut-être devoir composer dans le futur. Enfin notons une très belle pénétration…entre deux plans d’une même scène, rassurez-vous: le moment où le désir naît dans le regard de Johnson et l’amant susdit vient s’intercaler dans un acte sexuel bien triste entre Masters et sa femme qui ne se regardent pas. Ce montage séminal annonce déjà le futur très excitant de nos deux héros. Le pilote se terminant sur un très beau morceau d’Olafur Arnalds intitulé « For Now I Am Winter » (« Pour l’instant je suis l’Hiver »), on peut donc s’attendre à une montée de température progressive dans les prochains épisodes…

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Sébastien Mauge
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