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2 septembre 2010 4 02 /09 /septembre /2010 12:12

Dans la série "Les grands classiques": "Highway 61 revisited" de Bob Dylan.

 

Quitte à choisir un disque de Dylan, autant prendre celui de la discorde. Au milieu des années 60, Dylan est déjà un demi Dieu aux yeux des folkeux de tout poil, grâce à deux albums majeurs qu'il faut avoir écouté au moins une fois dans sa vie: "The freewheelin' Bob Dylan" ("Dylan en roue libre") et "The times they are a changin'" ("les temps qui changent"). Le genre de disque qui accompagne une génération, la soutient dans sa révolte et lui souffle les mots qui libèrent sa pensée. Dylan avait tout vu avant tout le monde et l'a mis en musique (guitare sèche et harmonica). Ses textes sont des bijoux de métaphores à peine voilées sur le climat social et politique de son époque. Le tout porté par une voix au timbre jusqu'ici inédit et qui va décomplexer bon nombre de chanteurs par la suite (Neil Young et Bowie notamment).

Seulement voilà, piégé par son image d'artiste accoucheur de conscience, Dylan décide de brancher sa guitare et monte un groupe de rock pour l'accompagner. Hérésie totale pour les fans de la première heure. Il est hué à chacune de ses apparitions (un homme lui crie "Judas!" lors d'un concert, et lui,désabusé, répond simplement avec une rage contenue "Tu ne sais pas de quoi tu parles, mec"). Dylan s'enfonce dans un personnage sombre, répondant de manière sybilline aux journalistes amusés et médusés, prend pas mal de drogues et trempe sa plume dans un surréalisme pop bien loin des préoccupations politiques contemporaines. Le troubadour crée une mythologie post-moderne hallucinante dans laquelle il convie TS Elliott, Roosevelt, Jack l'éventreur, Cendrillon, Abel et Caïn etc... Cela donne "Highway 61 revisited", charge contre les hippies, les journalistes, les conservateurs de la musique, un peu tout le monde en fait! "Like a rolling stone" est la chanson la plus reprise au monde et même les Beastie Boys ont samplé un passage du disque. Quant au dernier morceau, "Desolation row", c'est juste 11 minutes d'un délire imaginaire avec des vers aux pouvoirs visuels foudroyants ("Ils vendent des cartes postales de la pendaison"; "Ils nourrissent Casanova à la petite cuillère pour lui donner plus d'assurance, avant de le tuer avec sa confiance et l'empoisonner avec des mots"...). Si vous n'y avez jamais goûté, je vous recommande de vous plonger dans ce délicieux bouillon de contre-culture.
Ci-dessus une vidéo très drôle dans laquelle un Dylan à moitié défoncé et tête à claques hurle ses paroles devant un public médusé.
A la fois classe et ridicule, il joue les funambules au-dessus du Barnum qu'il a créée et qu'il foutra en l'air après son fameux "accident" de moto... 
 
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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 11:20

Au milieu des années 80, le cinéaste Rob Reiner (« Quand Harry rencontre Sally », « Misery ») tournait son premier long-métrage, « This is Spinal Tap », un faux documentaire sur la vie mouvementée d’un groupe de hard rock écervelé. Irrésistiblement drôle, le film est rapidement devenu culte. 25 ans plus tard, Sacha Gervasi nous propose un autre documentaire tout aussi tordant mais cette fois-ci complètement vrai.

Franchement, à part les purs et durs, qui se souvient d’Anvil (« Enclume », tout un programme…) ? Le nom semble certes familier et l’on se rappelle vaguement cette anecdote sur un guitariste qui jouait avec un godemiché sur scène, mais c’est tout. Effectivement, l’Histoire du rock n’a pas été tendre avec ces pionniers du métal. Véritable référence pour les Metallica, Slayer et compagnie, le groupe n’a pourtant jamais connu le succès de ses rejetons. C’est pourquoi Gervasi, fan de la première heure et jeune roadie lors d’une tournée mémorable, a décidé de retrouver les deux membres fondateurs d’Anvil, Steve « Lips » Kudlow et Robb Reiner (à ne pas confondre !), 30 ans après les grandes espérances de leurs débuts. Et là, surprise ! Non seulement le groupe existe toujours, mais ils croient encore en leur chance de succès et prépare même un treizième album studio. C’est le début d’une sorte d’odyssée de la lose incroyable, marquée par les jobs miteux des musiciens, les concerts dans des petits clubs locaux devant un parterre réduit de fans hardcore qui boivent de la bière par le nez (si si !), une tournée désastreuse en Europe de l’Est organisée par une admiratrice incompétente, des engueulades, des problèmes d’argent, etc…

Le fait que l’histoire qui nous est contée soit réelle aurait pu déclencher une forme de sarcasme ou de pitié cynique malsaine. Mais il n’en est rien et ce sont plutôt des rires admiratifs qui nous déploient la gorge. Impossible ne pas être touché par l’immense ferveur qui anime ces deux quinquas talentueux (car ils le sont vraiment) qui ne vivent que pour la musique et dont le seul tort aura été de ne pas savoir jouer le jeu du show business alors que la gloire leur tendait les bras. Est-ce vraiment un tort d’ailleurs ? Quoi qu’il en soit, nous sommes sonnés par l’humanité débordante de ces grands ados et par la passion - au sens de souffrir pour ce que l’on aime - qui les habite. On assiste, qui plus est, à une histoire d’amitié (voire d’amour) profondément marquante. Le « casting » ne pouvait pas être plus efficace, avec d’un côté l’exubérance enfantine de « Lips » et de l’autre la sagesse timide de Reiner. Voir « Lips », au bord des larmes, hurler à un Reiner boudeur un « Coz I love you man ! », après une dispute d’anthologie, est un très grand moment de cinéma.

On regrettera tout de même les occurrences musicales « tristes », censées souligner l’émotion de certaines situations qui n’en avaient vraiment pas besoin. Gervasi aurait dû faire confiance jusqu’au bout à cette histoire forte qui ne nécessitait aucun artifice. En revanche nous lui sommes reconnaissants d’avoir eu l’intelligence de s’effacer devant son propos et d’avoir laissé ses anecdotes personnelles avec le groupe dans le dossier de presse et non sur l’écran. Grâce à lui, et à un montage et une construction remarquable, « Anvil » est désormais un rockumentaire essentiel qui donne la foi, peu importe en quoi.

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31 août 2010 2 31 /08 /août /2010 16:26

18h00. Arrivée devant le Zénith. A la vision du groupuscule de fans inconditionnels de The National - sorte de conclave de matheux à la posture corporelle malaisée due à une adolescence entièrement dévoué à la religion de l’abscisse et de l’ordonnée – je me demande bien pourquoi je suis venu si tôt. D’ailleurs pourquoi venir tout court ? Pavement au Zénith c’est aussi incongru que Dinosaur Jr à Bercy. Il y a deux ans, Malkmus à la Maroquinerie ça avait de la gueule et du sens. Le mec avait l’air défoncé, ok, mais il a donné ce qu’on attendait d’un éternel branleur de 40 balais jouant avec passion un rock approximatif dans une salle à taille humaine. Ici, à l’occasion d’une reformation dont tous les kids des années 2000 se foutent éperdument, les Pavement nous font leur show façon Pieds Nickelés dans une « grande » salle à peine remplie, dont le tiers est venu surtout pour se vautrer dans l’ennui musical de The National. A eux les petites anglaises peinturlurées comme des femmes de mauvaise vie et vêtues de fringues dont la taille ignore leur beauté gironde. A Pavement le ramassis de quadras rêvant à nouveau à la scène indie rock des 90’s plus que jamais lointaine. Le tableau n’est guère reluisant.

Le déséquilibre semblait évident entre un groupe dont l’étonnante notoriété ne cesse de grimper et un autre n’ayant jamais vraiment accédé au succès malgré une importance historique indéniable. Le contraste se poursuit pendant les prestations de chacun mais tourne cette fois à l’avantage des vétérans. Au lieu de les sniffer, le groupe de Matt Berninger ne fait que danser poliment avec un balai dans le cul sur les cendres de Joy Division. Le chanteur tente de nous faire le coup de l’artiste possédé en singeant Ian Curtis et Thom Yorke mais ça ne prend pas. Le show est trop propre, seuls deux ou trois morceaux atteignent vraiment un climax intéressant, le reste est soporifique. Pour briser ce cadre confortable, Berninger s’enfonce tant bien que mal dans la foule puis remonte sur scène en déclarant qu’il avait croisé sa mère… Cauchemar freudien ultime de rock star frustrée. Comment un mec à la trentaine bien tassée toujours surveillé par sa mère pourrait raisonnablement nous filer le grand frisson? On passe.

Arrive le Club des Cinq. Les costards guindés de la première partie laissent place aux t-shirts délavés et pas lavés depuis 1992. Le dilettantisme légendaire de Pavement refait surface dès le premier morceau et nous arrache le premier sourire d’une longue série. On sent que les répétitions en vue de ce come back n’ont pas été très nombreuses et c’est tant mieux. Non seulement le son est pourri (comme d’hab’ au Zénith) mais en plus les fausses notes de gratte viennent nous vriller les esgourdes à plusieurs reprises. Tout est bancal et de guingois à l’image des chorégraphies désopilantes de Stephen Malkmus, qui imite Kaiser Sauze à la perfection sans doute pour attirer notre attention quand il laisse le chant à ses comparses. Les Pavement assument et revendiquent un je m’enfoutisme réjouissant, à mille lieux des sombres jérémiades de The National. Pavement s’amuse, Pavement s’engueule, Pavement nous escroque délibérément et on se laisse faire en s’époumonant sur des morceaux qu’on a parfois de la peine à reconnaître. Masochisme snob et nostalgique de notre part? Non. Juste la satisfaction de voir que parfois, les génies sont des branques, et l’on se repaît de leur insouciance. De toute façon, j’ai jamais pu saquer les matheux…

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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 17:12

Par un stratagème vieux comme le monde, je parviens à entrer gratis dans le domaine de Saint-Cloud pour assister essentiellement à trois concerts: Queens of the Stone Age, LCD Soundsystem et bien sûr Massive Attack.

Mon premier choc en arrivant n'est pas musical mais physique: je suis vieux. La dernière fois que je suis venu, c'était il y a 5 ans (déjà les Queens...) et ça pouvait encore aller. Mais aujourd'hui, la plupart des festivaliers que je croise, ils étaient au collège en 2005... Toute l'excitation que je lis sur leurs visages, je ne la ressens plus. Ce besoin d'ingurgiter des litres de bière pour aller pisser le long des barricades, je ne l'éprouve plus. La force de tenir debout 5 heures de suite, je ne l'ai plus. Je veux juste me concentrer sur la musique, ce qui pose problème dans ce genre de manifestation, mais j'y reviendrai plus tard.

En arrivant j'apprends que la délicieuse Martina Topley-Bird remplace au pied levé le groupe "Où est le swimming pool?" pour cause de chanteur suicidé. Le gamin de 22 piges s'est jeté d'une grue de 60 mètres de haut. "Où est le swimming pool?", il a effectivement dû se poser la question tout au long de sa chute... Le suicide comme geste artistique ultime, un peu comme la séance photo de Cobain avec un flingue dans la bouche peu de temps avant de se faire sauter le caisson. En tous cas c'est un coup marketing fameux et une blague rock qui entre dans la légende. Bien joué p'tit gars.

Les Queens donc. Pas encore de nouvel album en vue mais une superbe réédition du désormais classique "Rated R" qui fête ces dix ans. Le set est très bon, avec quelques morceaux de bravoure ("Misfit Love" et sa basse d'outre tombe), mais comment en profiter lorsqu'on est à plus d'une centaine de mètres de la scène, avec un vent qui fait tourner le son et des anglais qui beuglent dans leurs bocks de bière à notre droite? Le festival se targue d'augmenter chaque année sa fréquentation mais c'est au détriment du confort du festivalier. Je parle du festivalier lambda, pas celui qui se pointe le matin pour être aux premières loges et qui pisse dans une bouteille en plastique pour ne pas perdre sa place. Résultat: si on connaît les morceaux par coeur, ça passe, mais si on souhaite découvrir le groupe, les conditions sont nettement défavorables et l'envie d'aller voir ailleurs se fait sentir. Pourtant il faut le dire et le répéter: Josh Homme est l'une des figures les plus importantes et les plus intéressantes dans le rock de ces 20 dernières années, depuis ses débuts à 16 ans dans le mythique Kyuss jusqu'au "super groupe" Them Crooked Vultures, en passant par Eagles of Death Metal, les Queens et les fabuleuses Desert Sessions. Lui et Damon Albarn, pour les mêmes raisons, seront sans doute canonisés par l'intelligentsia rock à leur mort que l'on souhaite lointaine.

Heureusement la scène est plus réduite pour LCD Soundsystem et le show y gagne forcément en efficacité. Se mettre sur le côté est une bonne tactique pour être assez près mais on la regrette bien vite en subissant les incessantes infiltrations de kids qui vous rotent à la gueule des insanités au parfum musqué d'orge et de blé, tout en baptisant allègrement vos nouvelles pompes. Le rondouillard James Murphy est en forme et sa mutation en crooner électro déglingué semble parfaitement achevée. A défaut d'être original, Murphy est un brillant recycleur et ses boucles hypnotiques alliées à ses montées opiacées font merveille. Dommage qu'il n'ait pas joué le meilleur morceau de son dernier album, "All I want", l'hommage le plus digne que l'on ait jamais rendu au "Heroes" de Bowie (prends en de la graine vilain Guetta!).

Arrive finalement l'épineux cas Massive Attack. Que les choses soient claires d'emblée: le désormais duo de Bristol a sans doute sorti cette année son meilleur album (allez, à égalité avec Mezzanine) en faisant ce qu'ils devraient faire en permanence, à savoir concocter une musique d'exception pour des invités non moins exceptionnels. Seulement des invités, ça ne se trimballe pas comme ça aux quatre coins du monde pour des concerts. Du coup le groupe se retrouve un peu le cul ente deux chaises, profitant certes de la présence de Martina et du fidèle Horace Andy mais négligeant de fait la moitié d'"Heligoland" dont la pure merveille "Paradise Circus". Pour pallier ces terribles absences, Del Naja et Daddy G nous offrent d'excellents inédits mais l'offre n'est pas à la hauteur de la demande. Le dilemme est cruel car la seule alternative à cette situation serait de faire comme Gorillaz, un concert unique avec tous les guests, ce qui malheureusement réduirait le nombre de spectateur tout en accroissant leur frustration. On suit donc la représentation avec respect malgré quelques regrets, et l'on s'amuse des coupures de presse qui défilent en français derrière les musiciens avec son lot de dénonciations démagos. Dans le cadre artistique d'un concert, cela fonctionne très bien, mais bon sang c'est quand même d'une naïveté affligeante.

Je regagnais par la suite mes pénates, laissant les enfants vomir et faire l'amour derrière une tente Nokia (so glam!). Le dimanche se fera sans moi et c'est tant mieux car Arcade Fire a dû écourter sa prestation en raison de fortes averses. Que Win Butler fasse pleuvoir prouve qu'il y a quand même quelque chose qui cloche dans ce festival...   

 

       

 

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