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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 17:16
Vicious (Pilote)

Homo et rictus

Les aventures d'un couple gay vivant à Londres dans le quartier de Covent Garden.

Dans un monde parfait, une comédie gay friendly appelée Vicious devrait avoir pour générique la chanson homonyme de Lou Reed. Dans notre monde, il faut se farcir Never can say goodbye de Jimmy Somerville. Pourtant, croyez-le ou non, ce n’est pas la faute de goût la plus répréhensible de cette série anglaise décevante. Non, ce qui est impardonnable dans cette Cage aux Folles du pauvre c’est qu’elle se repose uniquement sur le cabotinage outrancier des deux monstres sacrés que sont Sir Ian McKellen et Sir Derek Jacobi.

Vous me direz, deux immenses acteurs anglais pour remplacer Poiret et Serrault, c’est toujours mieux que Christian Clavier et Didier Bourdon. Certes, mais ça n’excuse pas l’écriture affligeante gorgée de poncifs vaseux, associée à une mise en scène paresseuse digne des représentations de Boulevard filmées du temps d’Au théâtre ce soir. Esprit de Jean Lefebvre, es-tu là ?

Vicious (Pilote)

Filmés devant un public sans doute shooté préalablement aux gaz hilarants, McKellen et Jacobi pataugent tant bien que mal dans leurs dialogues marécageux et conjurent leur malheur en se défiant mutuellement dans un concours de celui qui proposera l’interprétation la plus lourde. Quant à Iwan Rheon, le Simon de Misfits, il a dû faire la même erreur que le personnage transparent qu’il incarne : il s’est trompé de porte.

Certains homos pourront légitimement se sentir offensés par cette pantalonnade. D’autres préfèreront en rire et passer leur chemin. Quoi qu’il en soit, Vicious et ses clichés pas drôles sont à la communauté gay ce que Boutin et Barjot sont au mariage pour tous : des boursoufflures inappropriées.

La Note : 0.5/5

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Sébastien Mauge
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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 15:32
Family Tree (Pilote)

The Tree of Laugh

Tom Chadwick, un trentenaire, décide d'explorer son histoire familiale à la suite de son licenciement et de sa rupture avec sa petite amie. A l'aide d'une étrange boîte, héritée d'une grande tante qu'il n'a jamais connue, Tom découvre des histoires et des personnages insolites issus de son passé.

Même s’il lui a donné ses lettres de noblesse avec son chef-d’œuvre The Office, il est bon de rappeler que Ricky Gervais n’est pas l’inventeur du genre « moqumentaire » (faux documentaire comique). Ce titre pourrait revenir sans peine à Christopher Guest, acteur et scénariste de l’hilarant film This Is Spinal Tap au début des années 80. Auteur culte dans les pays anglo-saxons mais relativement peu connu chez nous, Guest n’a eu de cesse de développer son art dans des films basés sur l’improvisation et reprenant souvent la même troupe d’acteurs. Il a joué également dans de nombreux longs-métrages dont le dernier est The Invention of Lying de… Ricky Gervais. Aujourd’hui le voici créateur, auteur et réalisateur de la série Family Tree, produite par HBO, et interprété notamment par Chris O’Dowd (The IT Crowd, Girls).

Family Tree (Pilote)

Située à Londres, la série suit les pas d’un loser attachant qui va compenser sa mauvaise passe actuelle en menant des recherches généalogiques sur ses origines. Ou comment un personnage qui n’arrive plus à se projeter dans l’avenir va réussir à aller de l’avant en faisant un retour en arrière! L’idée est séduisante. Le traitement l’est aussi, avec toutefois quelques bémols.

Avouons-le, la forme du « moqumentaire », même si elle est symbolique pour l’auteur, n’apporte pas grand-chose à la conduite du récit et sa pertinence peut être remise en cause. Chaque « interview » des protagonistes face caméra, qu’elle soit drôle ou non, semble dispensable et fait l’effet d’un cheveu sur la soupe. En revanche, le ton comico-surréaliste revendiqué et assumé fait des merveilles : la sœur schizo ventriloque qui balance des vacheries par le biais de sa marionnette, l’effrayant généalogiste et le rendez-vous galant avec une femme soutenant mordicus que les dinosaures sont toujours parmi nous, en sont de bons exemples.

Family Tree (Pilote)

Ce décalage fonctionne aussi grâce à l’improvisation, autre marotte de Guest, mais celle-là beaucoup plus convaincante. Certaines scènes créent ainsi un malaise comique, une légère jaunisse du rire aussi gênante que savoureuse. C’est dû en partie à l’impro, et cela confère un aspect joyeusement bancal à l’ensemble. Un humour claudiquant, comme disait le poète, rehaussé par l’interprétation notable de ce grand dadais de Chris O’Dowd.

Espérons maintenant que Family Tree prenne racine et évite les bûcherons de la programmation…

La Note: 3.5/5

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Sébastien Mauge
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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 19:12
The Fall (Pilote)

Murder et Scully

Lorsque les investigations de la police nord irlandaise sur une série de meurtres n'avancent pas, une enquêtrice est envoyée à Belfast pour suivre l'affaire de plus près.

Aaaaaaahhhhh…Dana Scully. Ses cheveux auburn ensorcelants, ses petits mollets potelés mis en valeur par une jupe tailleur stricte et son autorité naturellement sexy resteront à jamais gravés dans l’imaginaire des fans de la série X-Files. Son interprète, Gillian Anderson, s’est faite plutôt discrète depuis l’arrêt de la série il y a un peu plus de dix ans. Quelques apparitions tout de même au cinéma et à la télé des deux côtés de l’Atlantique (elle a un lien avec l’Angleterre depuis l’enfance). Mais contrairement à son partenaire David Duchovny avec Hank Moody (Californication), elle ne s’est pas encore réinventée dans un personnage marquant susceptible de faire oublier l’agent du FBI la plus célèbre de la planète. Néanmoins, après un rôle remarqué dans la récente série Hannibal, et avant sa participation à Crisis sur NBC l’année prochaine, la voici donc de retour au premier plan dans ce polar sauce british en cinq épisodes mettant en scène la traque d’un serial killer qui terrorise les jeunes femmes de Belfast (Jamie Dornan, vu dans Once Upon a Time).

The Fall (Pilote)

Anderson campe avec conviction une super-intendante qui débarque pour mettre de l’ordre dans les actions de la police locale afin de coincer ce meurtrier. Il y a indéniablement du Scully chez cette Madame Propre psychorigide du ménage, peu aimable, rigoureuse dans son travail et bien déterminée à boucler cette « affaire non classée ». Mais avec une approche du personnage typiquement anglaise, brute et sans fard, dévoilant notamment les premières rides de l’actrice dans un souci d’authenticité bienvenu qui s’accorde avec l’esthétique d’ensemble.

The Fall (Pilote)

Bien entendu c’est sombre, l’atmosphère est lourde et la pluie n’est jamais bien loin. Tout ce que l’on aime dans les séries anglaises. Sauf que le réalisme habituel se pare ici d’une mise en scène élaborée et réfléchie qui brouille les pistes, non pas au niveau de la trame policière puisque le visage du tueur est connu dès le début, mais plutôt dans le rapport entre les deux personnages. Ainsi, sans jamais se croiser physiquement dans ce pilote, le montage n’a de cesse de les lier de manière étrange et parfois saisissante. Par exemple ils font souvent les mêmes choses au même moment (se regarder dans un miroir, prendre des notes…) et lorsque l’un ouvre une porte, c’est l’autre qui passe le seuil dans le plan suivant, à tel point qu’on a l’impression qu’ils se situent dans le même espace. Ces multiples parallélismes lancent parfaitement le compte à rebours avant la probable confrontation finale.

The Fall (Pilote)

Mais ce n’est pas le plus troublant. Si nous nous identifions aisément et logiquement au personnage d’Anderson, tout est fait également pour que l’on se mette à la place du tueur. Dès la première scène, la caméra nous place dans la position inconfortable du voyeur menaçant. C’est comme si nous étions derrière une porte, épiant Anderson en pyjama en train de récurer sa salle de bain. Un peu plus tard, la caméra subjective associera notre regard à celui du meurtrier. Ce dernier, loin d’être diabolisé ou associé à la figure du fou solitaire, mène d’ailleurs une vie familiale banale que l’on peut associer facilement à la nôtre. Voilà ce qui fait le sel de ce polar au début prometteur : ausculter la frontière ténue entre le Bien et le Mal et s’imaginer pouvoir « chuter » du mauvais côté. Fascinant.

La Note: 4/5

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Sébastien Mauge
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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 16:04
Rectify (Pilote)

Enfermé dehors

Après 19 années passées en prison pour viol et meurtre, Daniel Holden est finalement disculpé grâce à des analyses ADN. De retour dans sa ville natale, cet homme, qui n'avait que 18 ans lorsqu'il avait été emprisonné et condamné à mort, tente de se reconstruire une nouvelle vie...

Parfois il suffit d’une scène pour savoir que l’on va suivre avec passion une série. Dans Rectify, nouveauté de Sundance Channel, cette scène existe, elle est dans le pilote et c’est même la toute première. Nous sommes dans un institut pénitencier. Au premier plan, un nouvel arrivant se déshabille entièrement devant un gardien pour la traditionnelle et humiliante fouille. Quelques accords de piano, que l’on jurerait issus d’une Gnossienne perdue, couvrent partiellement les instructions du maton. En arrière-plan un deuxième prisonnier, habillé, regarde la scène puis ferme les yeux. Le maton finit par rejoindre cet homme pour lui donner des vêtements. On comprend qu’il est sur le point d’être libéré. Seulement il lui faut d’abord rendre ses habits de prisonnier. Il commence alors à enlever sa chemise et là, sans un mot, le gardien se retourne pour ne pas le voir nu… En une minute à peine on a assisté à la perte de l’humanité d’un condamné, suivie immédiatement de la restitution illusoire de celle d’un homme remis en liberté. Simplement dans le rapport élémentaire entre le regard et la nudité. Bravo, on applaudit déjà.

Rectify (Pilote)

Cet homme libéré, c’est Daniel Holden, le personnage principal, et malheureusement pour lui, une fois dehors, les regards ne vont pas s’arrêter de vouloir le mettre à nu, y compris au sein même de sa famille recomposée. On recrée d’ailleurs ce puzzle familial grâce aux indices distillés dans les dialogues, parfois un peu lourdement (c’est le seul bémol), et l’on découvre que le retour de l’ancien condamné n’était pas forcément souhaité par tout le monde. Il faut dire que malgré les nouvelles preuves ADN qui l’ont empêché de passer sur la chaise, le mystère reste entier quant aux circonstances du meurtre dont il était accusé. Une nouvelle enquête se met donc en branle tant bien que mal. Chacun a son opinion, souvent tranchée, sur la question et quelques pistes nous sont données avec parcimonie pour nous suggérer que ce mystère sera l’un des attraits de la série.

Rectify (Pilote)

Mais ce ne sera certainement pas le plus important. Les questions les plus brûlantes sont celles concernant la réintégration de Daniel dans le monde extérieur. Comment réapprendre à vivre après 19 ans passés derrière les barreaux à attendre la mort ? Ancien prisonnier d’un temps suspendu, Daniel se retrouve brutalement dans un présent pour l’instant flottant, coincé désormais entre un lourd passé et un futur incertain. La mise en scène, plutôt discrète, joue tout de même brillamment sur ce traquenard temporel en proposant à la fois des plans larges de Daniel devant l’horizon dégagé et des gros plans étouffant son regard perdu. Sans oublier ce plan furtif, mais lourd de sens, de Daniel vu en plongée sans sa chambre familiale comme s’il s’agissait de l’image d’une caméra de surveillance dans une cellule. C’est clair, il est toujours prisonnier.

Rectify (Pilote)

Les flashbacks carcéraux nous aident à comprendre cet « enfermement extérieur ». Ce sont les seuls moments où l’on voit Daniel sourire, être à l’aise et même ressentir des émotions. C’était devenu son seul monde. Sa libération dans l’autre monde le rend paradoxalement pétrifié et incapable d’exprimer quoi que ce soit. Daniel est devenu une anomalie humaine, enfantée par une erreur judiciaire. C’est ici que le titre et les enjeux de la série prennent tout leur sens. Tout comme les erreurs de l’enquête sur le meurtre devront être réparées, l’erreur qu’est devenue Daniel devra être corrigée, rectifiée, pour que sa vie puisse reprendre une trajectoire normale.

La Note : 4.4/5

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Sébastien Mauge
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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 14:49
Hemlock Grove (Pilote)

Serons-nous à crocs?

Dans les bois de Hemlock Grove en Pennsylvanie, près de l'aciérie abandonnée de Godfrey, est retrouvé le corps mutilé et sans vie d'une jeune fille. Une chasse à l'homme s'ensuit mais les autorités ne sont pas certaines que ce soit d'un homme dont elles devraient être à la recherche...

Dire que l’on attendait avec impatience cette nouvelle série horrifique serait exagéré. D’une part parce que les loups-garous commencent à nous lasser (Teen Wolf, True Blood, Being Human, Sanctuary, Vampire Diaries…) et d’autre part parce que la « caution cinéma » désormais de rigueur dans les productions télé US est incarnée par Eli Roth, petit faiseur malin mais sans génie d’Hostel, qui a surtout le mérite d’être un pote de Tarantino. Quant au « vrai » créateur du show, c’est un illustre inconnu qui adapte son propre bouquin… tout aussi inconnu. Bref, peu de raisons de s’emballer si ce n’est le fait qu’il s’agisse d’une nouvelle production Netflix, après la réussie House of Cards, parrainée par David Fincher.

Hemlock Grove (Pilote)

Difficile d’avoir un avis tranché après la vision de ce pilote manquant singulièrement de tranchant. C’est paradoxalement un bon point pour la série car cela signifie que l’on va se farcir d’autres épisodes, d’autant qu’ils sont déjà tous disponibles, Netflix oblige. La présence de Roth laissait présager un bain de sang dépourvu de nuance se vautrant allègrement dans la surenchère gore voyeuriste mais il n’en est rien, fort heureusement. Au contraire, cette entrée en matière instaure un climat d’inquiétante étrangeté, avouons le assez séduisant, doté d’une violence contenue voire rejetée volontairement dans les marges du hors-champ. Roth, qui met en scène ce pilote, joue habilement avec les attentes de notre regard apeuré mais avide de sensations. Il nous fait même un pied-de-nez en nous offrant comme seul plan terrifiant un regard justement, celui atrophié d’une jeune femme face caméra dévisageant nos attentes malsaines. Bien vu, si l’on peut dire.

Hemlock Grove (Pilote)

Une jeune femme longtemps cachée par sa chevelure noire, à l’instar de la fameuse Sadako de Ring. Ce n’est d’ailleurs pas la seule référence. Certains décors gothiques somptueux associés à une lumière diaphane irréelle nous rappellent l’univers de Tim Burton, d’autant que Famke Janssen ressemble à s’y méprendre à Lisa Marie, l’ancienne égérie burtonienne. Il y a également un côté foire aux monstres proche à la fois de Frankenstein et d’Elephant man, surtout dans la partition musicale. Enfin l’aspect teen movie avec son campus, ses cheerleaders, ses beaux gosses et autres nerds nous laisse espérer, pourquoi pas, une version malsaine et immorale de Twilight.

Pour l’instant, et malgré certains acteurs parfois catastrophiques, on a envie de voir la suite et de se laisser prendre par ce rythme atypique et vénéneux qui nous rendra soit accroc, soit à cran.

La Note: 2.7/5

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Sébastien Mauge
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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 15:09
Banshee (saison 1)

American Beauty

Banshee, une petite ville des Etats-Unis en territoire Amish, en Pennsylvannie, est quelque peu perturbée par un nouvel arrivant énigmatique, expert en arts martiaux, qui se fait passer pour le remplaçant du shérif récemment assassiné. Il a bien l'intention de faire régner la loi, mais à sa manière, concoctant des plans qui ne servent que son intérêt...

Un générique tape-à-l’œil accompagné d’une musique balourde de type rock indus’/ Nine Inch Nails du pauvre, un héros aux muscles d’acier qui mange ses lèvres comme un ruminant et lève toutes les minettes du coin sans lever le petit doigt, un acolyte hacker et queer comme c’est pas permis qui ferait passer Michou pour un moine rigoriste, un méchant très méchant, un autre méchant encore plus méchant, une histoire de vengeance obsolète qui ne donnerait des maux de tête qu’à un candidat de téléréalité, le tout arrosé de morts violentes, tortures, combats acharnés, gunfights, sexe, viols, émasculation et autres réjouissances.

Franchement, dis comme ça, on a l’impression d’énoncer le menu d’un divertissement racoleur conçu pour des décérébrés. Et pourtant - attention rebondissement - c’est un vrai régal! Rarement une série à l’apparence aussi stupide ne se sera révélée aussi soignée et intelligente que Banshee. Il faut dire que lorsque l’on pratique l’art périlleux de l’outrance avec autant de brio et de savoir-faire, cela ne peut procurer que du plaisir au téléspectateur. Un plaisir tout d’abord visuel car malgré l’énormité et l’invraisemblance des situations, la mise en scène ne cède quasiment jamais au tuning stylistique (dérives « clipesques », montage épileptique…) mais propose au contraire un studieux patchwork de références filmiques empruntant autant aux codes du western et du thriller qu’à ceux de certains polars coréens et même de la comédie noire estampillée Frères Coen.

Banshee (saison 1)

Ce melting pot esthétique doit sans doute énormément à Quentin Tarantino. Plusieurs éléments nous le rappellent : le goût de l’ironie teintée d’absurde (le héros vient demander un service à son ennemi, ils se foutent sur la gueule jusqu’à épuisement puis l’autre lui demande finalement ce qu’il peut bien faire pour l’aider); la montée progressive de la tension avant une explosion de violence; un sens du cadre et du rythme dans les scènes d’action (la fusillade finale est la deuxième meilleure vue cette année après celle de… Django Unchained); l’autodérision (« C’est quand même incroyable tous ces meurtres depuis votre arrivée shérif ! »); des citations plus ou moins directes parmi lesquelles le « trou dans la main » d’Une Nuit en Enfer et le combat dévastateur en espace réduit (le grenier du shérif), qui n’est pas sans évoquer celui d’Uma Thurman et de Daryl Hannah dans la caravane de Michael Madsen (Kill Bill vol.2). Finalement, seul le travail sur les dialogues fait défaut à cet hommage tout de même assez réussi dans son ensemble.

Si cette mise en scène élaborée ne verse pas dans l’ostentatoire, c’est parce qu’on ne lui demande pas de masquer la vacuité supposée d’une intrigue a priori squelettique. Il ne s’agit pas d’une jolie coquille vide. Cette histoire de vengeance, pas si idiote qu’elle en a l’air, sert avant tout à dépeindre une civilisation en perdition. A côté, Sodome et Gomorrhe c’est Center Parcs. A la fois gangrénée et subventionnée par l’économie parallèle du crime organisé, mené par Kai Proctor, la cité baigne dans le sang, la drogue et le stupre, et ne devra peut-être son salut qu’à un prince des voleurs (il s’appelle Hood comme Robin…) devenu shérif sur un malentendu. Ville du péché, elle est aussi de facto celle de l’expiation et de la souffrance, surtout physique. Ainsi les corps sont incroyablement martyrisés tout au long de la saison, de manière extrêmement primitive, comme pour purger leurs fautes et conjurer un sort qui promet d’être funeste. Un aspect charnel, au sens propre, renforcé par le fait que Proctor dirige une boucherie industrielle… En marge de Banshee, la communauté Amish qui vit sur les collines semble être le paradis de la vertu. Une supériorité morale et géographique en forme de trompe-l’œil puisque c’est cette communauté qui a enfanté Proctor, ange déchu qui règne sur l’Enfer qu’il a créé.

Banshee (saison 1)

On comprend mieux pourquoi le grand Alan Ball, scénariste d’American Beauty et créateur de Six Feet Under et True Blood, a coproduit cette vrai/fausse série B. Lui qui a si subtilement pointé du doigt le vernis craquelé de la société américaine s’amuse aujourd’hui à le faire voler en éclats. Mais ce n’est pas la seule raison. Le fil du récit, aussi ténu soit-il, n’en est pas moins parsemé de petits nœuds œdipiens. La figure du père, paradoxalement centrale dans Six Feet Under, est ainsi ostensiblement décisive dans les motivations/réactions d’à peu près tous les personnages de Banshee : Anna et Rabbit (elle rêve même qu’elle couche avec), Hood et Rabbit (en père de substitution), Kai Proctor et son paternel Amish, le jeune maire inconsistant qui a repris le flambeau d’un père disparu, la difficile transmission père/fils des Chefs Indiens, Proctor et sa nièce incestueuse, la fille d’Anna et ses « deux pères » etc. Enfin, la question du genre et de l’appartenance, propre à True Blood, se retrouve ici, non seulement dans les diversités ethniques et culturelles de la ville, mais aussi dans le flou moral des personnages qui jouent les funambules sur la ligne plus que flottante entre le Bien et le Mal, tout en jonglant avec le passé et leurs identités multiples.

Finalement, malgré tous les pièges potentiels pour une série de ce genre, Banshee a le bon goût de ne jamais tomber dans le mauvais et nous offre un divertissement haut de gamme. Un petit miracle que l’on souhaite voir perdurer la saison prochaine.

La note: 4/5

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Sébastien Mauge
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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 09:34
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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 10:48

 

The never ending series

 

 

Combien de saisons une série doit-elle durer ? A quel moment commence-t-elle à tourner en rond ? Faut-il abandonner une série qui a déjà tout dit et rester sur un goût d’inachevé ou bien se faire violence pour connaître la fin à tout prix ? Autant de questions existentielles et de drames cornéliens pour nous autres, pauvres hères, qui subissons quotidiennement la loi des séries.

 

Vous aussi, vous avez sans doute dans votre ordi des séries qui pourrissent, qui se languissent d’être visionnées. Vous aussi, lorsque vous devez décider du programme de la soirée, vous faites semblant de réfléchir, et pour faire plaisir à ces œuvres autrefois tant aimées, vous passez lentement la souris sur leurs titres avant de vous jeter inexorablement sur « Vikings » et « Revolution », qui devraient arrêter de faire les malignes car le purgatoire n’est jamais bien loin.

  

Hormis les comédies et sitcoms, et selon la Sainte Trinité de mes séries préférées (Six Feet Under, The Wire et Breaking Bad), la bonne durée de vie d’une série est de cinq saisons. Malheureusement, succès oblige, certaines ne respectent pas cet état de fait et n’en finissent plus de finir. En voici quelques unes, anciennes ou récentes.

  

 

 

-X-Files : Trop de mystère tue le mystère. Chris Carter l’avait pourtant juré dans de nombreuses interviews que nous, les boutonneux des années 90, épluchions avec ferveur : « Je sais où je vais, rassurez-vous, vous saurez tout en temps voulu de la conspiration entre le gouvernement américain et les aliens » (in Télé Poche du 1er mars 1996). Malheureusement, à part découvrir avec stupéfaction que l’Homme à la Cigarette était directement responsable des assassinats de JFK et MLK(???!!!), on n’a pas vu grand-chose venir. On a surtout vu Mulder partir, un épisode sur deux, remplacé par le T-1000. J’ai laissé tomber à ce moment-là mais j’ai vu plus tard un extrait du tout dernier épisode, dans lequel l’Homme à la Clopinette (encore lui) semble vivre reclus comme un chaman dans une grotte qu’un vaisseau extra-terrestre vient exploser sans vergogne. Puis on voit Mulder et Scully dans une chambre, exactement comme dans une des premières scènes du pilote de la série où il lui disait croire aux petits hommes verts, sauf qu’il lui annonce cette fois qu’il ferait peut-être mieux de croire en Dieu comme elle. Bref du grand n’importe quoi.

  

 

-Urgences : Se faire faire NFS, Chimi, Iono, les gaz du sang et 2cc de O2 pendant 15 ans, ce n’est plus de l’addiction mais du masochisme. Enorme succès à rallonge, Urgences a logiquement vu ses scénaristes finir aux soins palliatifs, reliés à l’encéphalogramme plat du soap-opera. Pour moi, le point de non-retour fut atteint avec la mort du Dr Green. Simplement parce que l’acteur Anthony Edwards a lâché la série pour se lancer au cinéma (une réussite d’ailleurs, hé hé hé), on se venge en lui filant une tumeur au cerveau, au lieu d’une paisible retraite au bord d’un lac comme son ancien pote le Dr Ross et sa « good wife ». C’est mesquin. Je n’ai jamais regretté de ne pas avoir suivi les dernières saisons, surtout quand j’ai appris l’arrivée de John Stamos de La Fête à la Maison. Avec Stamos dans l’équipe, c’est un coup à voir débarquer au bloc oncle Joey imitant un castor lors d’une opération à cœur ouvert…

  

 

-Grey’s Anatomy : Dans la lignée de la chute d’Urgences. Vous me direz, c’était déjà un soap à la base. Oui mais un soap plutôt malin, drôle, sexy et enlevé. Puis Grey’s a sombré dans les travers de la série de Michael Crichton : tumeur au cerveau, fusillades à gogo, accidents malheureux et la mort de George carrément pompée sur celle du binôme du Dr Carter. Quant à l’horripilant personnage fantôme Denny Duquette, c’est l’un des pires jamais écrit dans une série.

 

 

-Prison Break : Contrairement aux séries précédentes, il n’a pas fallu beaucoup de saisons à Prison Break pour être interminable. Seulement deux. Un vrai tour de force. Un succès planétaire brisé en un rien de temps pour une raison assez facile à comprendre finalement : ils n’auraient pas dû s’évader dès la fin de la première saison. Certes la cavale aurait pu être intéressante. Après tout, les personnages restent prisonniers non plus d’une institution pénitentiaire mais du territoire américain. Sauf que toute la tension, brillamment accumulée au cours du premier acte, s’est faite la malle en même temps que les protagonistes. Quand les scénaristes décident d’enfermer à nouveau tout ce petit monde pour la saison 3, il est déjà trop tard. Le reste n’est qu’idioties et…tumeur au cerveau bien sûr.

 

-Dexter : Oui je sais, on l’aime bien Dexter. Sauf qu’il commence sérieusement à radoter. Tout ce qui était fascinant chez ce personnage, son cheminement intérieur, son incompréhension des sentiments, ses accès de violence compulsive, tout cela s’est dilué au fur et à mesure dans un honnête polar, pour peu que le méchant saisonnier soit réussi. Le plus regrettable, c’est que toutes les facettes de l’histoire sont là pour faire évoluer notre gentil serial killer, pour qu’il se questionne sur sa nature humaine mais il ne le fait jamais tout à fait et finit par se reposer les mêmes questions la saison suivante. Après la mort de Rita, Dexter a sans doute manqué son renouvellement. On aurait aimé qu’il taille la route, comme c’était son intention initiale, au lieu de retourner à son train-train quotidien. Bref, heureusement qu’il y a Debra et surtout heureusement que la prochaine saison sera la dernière !

 

-Californication : Duchovny, deuxième ! Là encore, les qualités indéniables de cette série se sont émoussées au fil du temps. La provoc’ sexe, drogue et rock ‘n’ roll s’est banalisée, la relation contrariée entre Karen et Hank nous indiffère désormais et le schéma reste invariablement le même : chaque saison, Hank doit se relancer en pondant un truc pour une légende du rock (ou, attention variante, du rap), chaque saison il s’engueule avec son ex et sa fille, chaque saison il a l’occasion de changer de vie et chaque saison il replonge. Comme pour Dexter, un tournant a été manqué, après le procès de Hank, lorsque trois ans s’écoulent entre deux saisons. Las, cette ellipse n’a apporté aucun changement chez le personnage qui se traîne douloureusement vers un ultime acte que l’on appelle de tous nos vœux.

 

-Weeds : Pour tout vous dire, c’est Weeds qui est à l’origine de ce petit billet. Impossible de terminer la dernière saison. C’est une véritable torture de lancer un épisode, alors qu’il ne m’en reste que six à regarder. Je ne peux pas non plus compter sur l’appui de ma femme puisqu’elle ressent la même chose que moi. Le plus dingue, c’est que Weeds est sans doute la meilleure série de cette sélection, et si on m’avait dit lors des premières saisons que j’aurais autant de mal à voir la fin, je n’y aurais pas cru. Comment une série qui faisait preuve d’autant de finesse, d’humour, d’intelligence et de liberté de ton à ses débuts, peut-elle susciter autant d’indifférence à l’heure de sa conclusion ? Le début de la fin a sans doute été le départ d’Agrestic. Si les deux saisons suivantes ont été encore à la hauteur, la fuite en avant perpétuelle des personnages a entraîné leur perte, au sens où ils ont perdu leur vitalité fictionnelle, se sont vidés de leur substance, ont abandonné leurs caractères profonds pour ne garder que des caractéristiques superficielles. En fait, ils sont devenus les caricatures des merveilleux personnages qu’ils incarnaient, en grande partie à cause du bégaiement des intrigues qui progressent en pilotage automatique. Nancy est insupportable, Andy souffre du « syndrome Chandler » (il est l’ombre de lui-même depuis qu’il est en couple), Doug ne sert plus à rien, l’acteur qui joue Silas a grandi et, ô surprise, n’est en fait pas un acteur, etc. Bref, alors qu’on aurait dû avoir la gorge qui pique et les yeux rouges (normal pour la fin d’un joint) à l’idée de quitter cette petite troupe, on s’en est allé avant la fin, histoire de voir si l’herbe n’était finalement pas plus verte ailleurs…

 

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 15:37

 

 

Le cas Hannibal

 

 

La relation étrange entre le célèbre psychiatre Hannibal Lecter et l'un de ses patients, un jeune profiler du FBI nommé Will Graham, torturé par sa fascination dévorante pour les serial killers...

 

 

Comme pour Bates Motel, récente série mettant en scène la jeunesse du tueur hitchcockien de Psychose, on s’interroge  tout d’abord sur la pertinence de développer un personnage déjà usé jusqu’à la corde par des déclinaisons cinématographiques allant du chef d’œuvre essentiel, Le Silence des Agneaux, au petit prequel insipide, Hannibal Lecter : les origines du mal. Ces différentes transpositions des œuvres littéraires de Thomas Harris ont d’ailleurs mis une sacrée pagaille dans la chronologie du personnage et des événements. La série ne va vraisemblablement pas nous aider à y voir plus clair car techniquement il s’agit d’une adaptation qui développe en détails le début de Dragon Rouge, dont l’histoire était déjà un prequel du Silence des Agneaux, mais qui s’intitule Hannibal comme le film situé dix ans après celui de Jonathan Demme. Ajoutez à cela le fait que la série semble se dérouler de nos jours (comme Bates Motel du reste) et vous obtenez un mal de crâne tenace. Allez, j’en rajoute une couche : ça s’appelle Hannibal mais le personnage principal est le flic doté d’une empathie obsessionnelle, Will Graham. Voilà, à table, vous êtes servis !

Cette petite gymnastique temporelle nous ramène d’autant plus à la question qui nous taraude : pourquoi ? Franchement hormis le plaisir, certes cinéphile mais limité, de débusquer au détour d’un plan ou d’un dialogue des références ou clins d’œil aux films, si le psy(chopathe) s’était appelé Jean-Michel Killer au lieu d’Hannibal Lecter, ça n’aurait pas changé grand-chose à l’affaire. Une affaire plutôt réussie d’ailleurs, mais j’en parlerai plus loin. Il me semble qu’à l’instar de Norman Bates (Bates Motel) et de Sherlock Holmes (Elementary), le personnage d’Hannibal Lecter, figure profondément ancrée dans l’inconscient et l’imaginaire du téléspectateur, est utilisé comme une sorte d’argument d’autorité censé attiser une curiosité spontanée et donc de maximiser les chances d’une audience forte dès le pilote. Une fois le téléspectateur ferré, il ne reste plus qu’à l’empêcher de décrocher en lui proposant une recette proche de séries déjà couronnées de succès.  Pour Elementary, j’en ai déjà parlé, c’est Mentalist. Les deux titres se ressemblent comme quand une sous- marque discount veut s’identifier à la grande marque du même produit, et en plus c’est la même chaîne. Pour Bates Motel, c’est plus fort que nous, on a vraiment l’impression de voir un Dexter jeune qui est en train de découvrir et apprivoiser tant bien que mal son Dark Passenger. De plus l’empathie qui nous lie à Dexter, la clé du succès de la série, nous la retrouvons dans l’inaptitude sociale touchante de Norman et surtout dans le fait qu’il va lui aussi « tuer des méchants » (cf. épisode 3). Gageons que les jeunes filles nues et innocentes ne prendront (malheureusement) leur douche fatale qu’à la fin de la série, si fin il y a. Ah oui j’oubliais, si Dexter parle à une vision de son défunt père, Norman, lui, parle à une vision de sa mère…vivante, mais pas dans la même pièce. Et puis ils ont la même coupe de cheveux Playmobil…

Mais revenons à nos agneaux, jusqu’ici passés sous silence. Chez Hannibal, fort heureusement, le menu sent moins le réchauffé grâce à des personnages revisités. Certes, Will Graham peut être vu comme une figure du Mentalist-like, plus consultant que flic, un solitaire doté d’un don d’observation inouïe poussé ici jusqu’à l’incarnation du tueur qu’il poursuit, et ravagé par des démons intérieurs. Certes, Hannibal, psychiatre le jour et serial killer la nuit, participe à l’enquête censée démasquer un tueur qui n’est autre que lui-même, comme Dexter dans la saison du Bay Harbor Butcher. Mais les caractéristiques des personnages, du moins dans ce pilote, semblent plus flottantes, en tous cas moins évidentes. Oui, le consultant consulte mais le rapport entre les deux hommes reste flou et intrigue au plus haut point.  Idem pour l’interprétation. Dans ce pilote, Hugh Dancy sort grand vainqueur du duel face à l’immense Mads Mikkelsen mais on peut parier sur le renversement de cette tendance, lorsque viendra le plat de résistance. Pour l’instant, Mikkelsen joue la carte du mystère (il n’apparaît que 20 minutes qui plus est) mais le potentiel du rôle finira bien par éclater pour qu’il puisse se frotter au grand Chef Anthony Hopkins. On nous rappelle d’ailleurs dans un dialogue malicieux que notre Lecter a suivi sa formation à l’hôpital…Hopkins.

 

Il me faut signaler aussi la mise en scène léchée et aux petits oignons de David Slade. Malgré quelques afféteries pas trop dérangeantes, il a su instaurer une ambiance lugubre et malsaine proche du film de Demme. On se souvient d’ailleurs que Slade avait (un peu) défrayé la chronique avec son premier long-métrage controversé Hardcandy, déjà une histoire ambigüe de loup et d’agneau. Et puisque l’on parle de bêtes, le thème de l’animalité de l’homme, plus que l’anthropophagie, est d’ores et déjà abordé via de stupéfiantes visions de meurtres dans lesquelles la victime et l’animal se mêle physiquement. Enfin, pour l’anecdote (ce n’est pas vraiment un spoiler), le premier tueur cannibale s’appelle Hobbes, comme le philosophe anglais (« l’homme est un loup pour l’homme »). Apparemment, et tant mieux pour nos papilles visuelles, cette série ne manquera ni de chair ni d’esprit.

 

Ma note: 3.8/5

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 15:37

 

 

Famille recomposée

 

Divorcée depuis presqu'un an, Polly a du mal à subvenir aux besoins de sa fille dans la conjoncture économique actuelle. Pour limiter les dégâts, elle emménage avec Natalie chez ses parents, en se convainquant que la situation est temporaire. Se confrontent alors deux visions opposées de la vie. Face à Polly qui s'efforce d'être une mère parfaite avec des valeurs conservatrices, les parents se révèlent être un couple excentrique et "relax" à la sexualité débridée.

 

 

Après How I Met Your Mother, How To Make It In America et avant How The Hell Am I Normal, voici donc How To Live With Your Parents. Comme le prouve son titre, et le pilote diffusé hier, le show de la créatrice de Parents Par Accident (et ancienne actrice de Côte Ouest !!!) ne brillera sans doute pas par son originalité. Elle s’inscrit au contraire dans une lignée de récentes séries comiques qui érigent la famille, via son regroupement tardif et parfois forcé, en rempart contre la crise économique mondiale. Vous me direz, quoi de plus normal pour divertir que de s’appuyer sur les préoccupations de ses contemporains, d’en proposer un traitement humoristique et de mettre en scène, pourquoi pas, un semblant de remède, l’incarnation d’un nouveau modèle de vie, nostalgique et réconfortant, à défaut d’être réellement alternatif.

 

Les comédies américaines semblent croire dur comme fer que la crise familiale est préférable à la crise économique. Pour faire face à cette dernière, la seule solution serait de se regrouper, de se recroqueviller dans le cocon a priori douillet du bercail, réunir les générations malgré l’opposition des valeurs inhérentes à chacune et préférer donc vivre sous le même toit et s’engueuler plutôt que de risquer de se retrouver à la rue sans personne à qui parler. Ce modèle, emprunté consciemment ou non au protectionnisme américain, est en tous cas une mine d’or pour les scénaristes. Il suffit de s’imaginer soi-même vivre en coloc’ avec enfants, parents, grands-parents… Il y aurait des histoires et anecdotes à raconter tous les jours ! Amour, haine, tendresse, rancœur, un bien beau cocktail maso…pardon… maison.

 

 How To Live With Your Parents (For The Rest of Your Life) : photo Sarah Chalke

 

Mais le fond de cette affaire de famille est tout de même assez triste. En reconnectant le cordon, les personnages pensent repartir de zéro pour préparer leur nouvel envol. Sauf qu’ils s’isolent tellement du reste de la société qu’ils ressemblent à de parfaits autistes dès qu’ils mettent un pied dehors. Et regagnent invariablement leurs pénates comme attirés par un vortex irrésistible. Même l’ex-mari de l’héroïne de HTLWYP continue de squatter la maison et d’appeler son ancien beau-père « papa ». Comme s’il n’y avait pas d’avenir possible à l’extérieur, d’où le sous-titre anxiogène de la série: For The Rest of Your Life.

 

Deuxième petit souci, celui-ci d’ordre général: une tenace impression de déjà-vu se fait sentir. En effet le schéma semble être toujours le même ou presque. Un personnage divorcé ou veuf, avec un enfant, s’entête à maintenir ou recréer un noyau familial avec cet enfant comme point d’ancrage. C’est le cas dans la défunte Ben and Kate (avec le retour du frère), The New Normal (la grand-mère) et surtout Raising Hope dont HTLWYP semble être le pendant féminin. L’équation est identique : parents loufoques et insouciants qui ont eu leur enfant très tôt + éducation laxiste et douteuse = personnage névrosé et/ou psychorigide + engueulades et reproches à gogo.

 

Malgré tout, ce pilote est assez plaisant et rythmé, sans atteindre les sommets de celui de Raising Hope, un modèle du genre. Et le ton plutôt libre de l’ensemble, renforcé paradoxalement par les censures visuelles et sonores (des carrés noirs ou floutés), donne envie de jeter un œil à la suite, d’autant que quelques « traits d’esprit » m’ont séduit. Un exemple en guise de conclusion ? Ok. Lors de sa première apparition, le beau-père de Polly est en tenue d’Adam. Il se sert d’un roman de Jonathan Franzen, Les Corrections, pour masquer ses parties intimes. Or on apprend plus tard qu’il a lui-même subi une « correction » anatomique en dessous de la ceinture : l’ablation d’un testicule...

 

La Note: 2.5/5

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