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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 15:58

Boss

 

Le Roi se meurt


 

Créée par Farhad Safinia, « Boss » est sans conteste la série la plus fascinante de cette saison 2011-2012 et sans doute l’une des meilleures de ces dernières années, même si cela demande confirmation car il n’y a pour l’instant que huit épisodes. Mais quels épisodes !

 

L’histoire débute lorsque Tom Kane apprend brutalement qu’il est atteint d’une maladie neurodégénérative, les Corps de Lewi, sorte de mélange entre Alzheimer et Parkinson, qui entraîne rapidement la démence et l’atrophie physique. Au bout de cinq ans c’est plié. Problème pour Kane, je veux dire autre que celui de mourir aussi rapidement et dans des conditions atroces, il est le maire de la troisième ville la plus puissante des Etats-Unis : Chicago. Commence alors, pour le téléspectateur, une plongée sidérante dans les arcanes du pouvoir avec son lot de magouilles, de trahisons, de mensonges, de séductions, de manipulations et autres réjouissances masquées par un art (un abus ?) consommé de la communication. C’est dans ce maelström peu ragoûtant qu’émerge lentement la maladie de Kane, finalement seule trace tangible d’une humanité qui a depuis longtemps laissée sa place à ce que l’on appelle « l’animal politique ». De l’omnipotence à l’impotence, que peut faire un roi qui a attrapé la lèpre ?   

 

La maladie comme point de départ d’une série, ce n’est pas nouveau, et cela a déjà donné lieu à un chef d’œuvre, « Breaking bad ». Mais contrairement au personnage de Walter White, Tom Kane a mal tourné bien avant d’être malade et n’est plus très blanc depuis longtemps. Pour accéder au pouvoir, on devine qu’il a dû faire pas mal de compromis, idéologiques bien sûr, mais aussi familiaux (sa fille junkie rejetée). La pratique de ce pouvoir, et ses sombres coulisses, nous sont dévoilées avec un réalisme glacial et glaçant, sans cynisme ni roublardise - rien n’est souligné ni appuyé - afin que le téléspectateur soit seul juge. Les événements présentés, si « extraordinaires » soient-ils, sont vécus par les personnages de manière tout à fait ordinaire, ce qui est très impressionnant, voire même flippant.Boss

 

« Boss » est une approche de la politique moderne, qui n’a en réalité de moderne que ses aspects technologiques et stratégiques. Gouverner c’est communiquer. Mais une communication a sens unique, du haut vers le bas. L’homme politique n’interroge que des sondages puis abreuve le peuple d’images, de discours et de vraies/fausses rumeurs afin de tourner et retourner l’opinion publique en sa faveur, par le biais des médias et désormais des réseaux sociaux. Pour le reste, la série montre bien que les codes et la hiérarchie politiques s’inspirent toujours de l’archétype féodal. Outre les nombreuses occurrences verbales relatives à la royauté, ainsi que le superbe générique de la série « Satan, your kingdom must come down » de Robert Plant, on peut dire que Tom Kane est le roi de Chicago, qu’il a ses vassaux (les « chefs » de quartier), que des traîtres veulent s’emparer de son trône, que son conseiller principal est comme une éminence grise, qu’il prend sous son aile puis met littéralement à genoux un chevalier blanc dont la pureté et l’honnêteté vont peu à peu s’étioler (le candidat Zajac), sans parler des méthodes violentes, du droit de cuissage, etc. Finalement la seule différence, c’est que ses sujets votent…

 

Le contre-champ de la volonté de puissance sans vergogne de Kane se situe paradoxalement au sein même de ce qui propage cette puissance : les médias. A travers le personnage du journaliste d’investigation intègre qui enquête sur Tom Kane, « Boss » réactualise le cauchemar politique ultime gravé à jamais dans l’inconscient collectif américain (et donc mondial) : le scandale du Watergate (« 24 h chrono » l’avait déjà grossièrement repris avec le personnage du Président Logan) . Il est vrai que Richard Nixon aura au moins légué deux choses importantes au monde de la fiction : son second prénom au personnage de Milhouse dans « Les Simpson » et le scandale du Watergate, véritable mine scénaristique pour les thrillers politiques de ces quarante dernières années. Le journaliste en question veut faire tomber Kane, d’abord en suspectant une possible maladie puis en couvrant un scandale de santé publique étouffé par la Mairie. Un informateur secret va l’y aider. Il y a bien entendu une référence à Deep Throat (« Gorge Profonde », la source anonyme du Washington Post sur le Watergate) mais le pseudonyme de celui de « Boss » est « Rosebud », clin d’œil astucieux au « Citizen Kane » d’Orson Welles, ce qui laisse entendre que la quête du journaliste pourrait se muer en fascination pour le personnage de Kane, fascination qui l’entraînerait à céder lui aussi à certains compromis (cf. fin de la saison)… A noter que ce journaliste, même si c’est pour les besoins de son enquête, est le seul (hormis le candidat Zajac en campagne) à dialoguer réellement avec les « gens de la rue », ce qui souligne le retranchement du pouvoir politique dans le Xanadu/City Hall, uniquement relié au monde par l’intermédiaire d’écrans de télévision.Boss

 

Cette vision à la fois sombre et lucide de l’exercice du pouvoir est déjà une réussite. Mais elle est en plus sublimée par une mise en scène ambitieuse sans être trop ostentatoire, exactement comme le propos de la série. La grâce discrète au lieu de la lourdeur suggestive. Il faut dire que le pilote est réalisé par Gus Van Sant (également co-producteur) et que ses mouvements de caméra éthérés offrent dès le départ un écrin quasi mystique aux trames narratives sur les affres politiques de la ville de Chicago. Et contrairement à d’autres séries bénéficiant d’un grand nom du cinéma pour leur pilote (par exemple « Luck » avec Michael Mann), la qualité de la réalisation ne faiblit dans les épisodes suivants, comme si une charte de mise en scène émise par GVS avait été respectée par les autres réalisateurs au talent plus modeste comme Mario Van Peebles (oui oui le fameux « Sonny Spoon » que Bernard Montiel nous refourguait le samedi après-midi sur TF1 !). Au programme : caméra portée voire flottante, sens aigu du cadre, photo grisâtre classieuse, montage parallèle, plans-séquences ludiques, travellings en plongée « à la De Palma », etc. Et puis il y a une idée visuelle, c’est le cas de le dire, que l’on retrouve, il me semble, dans tous les épisodes comme une sorte de gimmick esthétique : les gros plans sur les yeux des personnages. Cela n’a l’air de rien dit comme ça mais, dans un milieu où le mensonge et le paraître règnent, ces occurrences oculaires sont des échappatoires offrant de rares moments de vérité et d’honnêteté. En partant du principe bien connu que le regard est le reflet de l’âme, alors la vérité de l’œil s’oppose à la maîtrise mensongère du corps. Beaucoup de personnages ont l’air prisonnier de leur corps : les politiques bien sûr qui soignent leur image et règlent leur « body language », mais aussi l’assistante de Kane quasiment figée dans son tailleur, sa femme et son sourire de façade, le candidat Zajak et ses allures de golden boy. Mais quand leurs yeux parlent, tout explose et la vérité éclate… Cela illustre bien l’enjeu auquel doit faire face le Maire Kane. A cause de la maladie, son corps ne pourra bientôt plus mentir et il n’aura plus que ses yeux pour pleurer. La course contre la montre est engagée et tous ses efforts pour corriger son image (les caméras dans son bureau) seront bientôt vains.

 

Cette mise en scène remarquable est soutenue par une BO tout aussi réussie, composée par Brian Reitzell, collaborateur régulier de Sofia Coppola. Comme dans les films de la réalisatrice, on retrouve cet aspect évanescent, en apesanteur, créant ainsi une véritable osmose avec l’esthétique visuelle évoquée plus haut. Il faut souligner également la présence de la musique d’Erik Satie dans chaque épisode (là encore une belle volonté d’homogénéiser l’ensemble), en particulier les « Gnossiennes », qui confèrent à la série une dimension délicatement métaphysique et permet, là aussi, de prendre de la hauteur vis-à-vis du petit jeu de massacre politique.Boss

 

 

Pour finir, je ne dirai rien sur l’interprétation parce qu’elle est parfaite, Kelsey Grammer et Martin Donovan en tête, par contre je voudrais évoquer un parallèle saisissant (du moins je l’ai ressenti comme tel) entre fiction et réalité. Je ne sais pas si c’est parce que j’ai vu le dernier épisode peu de temps après le deuxième tour de notre élection présidentielle… Toujours est-il que le discours de défaite de Nicolas Sarkozy ressemble un peu à celui du candidat vaincu dans la série, surtout dans cette espèce de dignité surjouée, avec même des phrases quasiment similaires (« je veux lui souhaiter bonne chance » en parlant du vainqueur, « je reste à vos côtés mais d’une manière différente », je cite de mémoire). J’exagère sans doute (encore que l’entourage de Sarkozy se soit beaucoup inspiré du modèle américain pour ses différentes campagnes) et il est fort probable que les conseillers de Sarko n’ont pas vu « Boss ». Il n’empêche, cette ressemblance troublante met en valeur la pertinence de la série et prouve que cette dernière colle à la vision désenchantée du monde politique que partage un certain nombre de citoyens, je ne parle pas des extrémistes, mais de ceux qui ont appris à se méfier et à remettre en cause la culture de l’Image et de la Communication.

 

La série est diffusée sur Starz aux Etats-Unis. Pas encore en France...

 

 

 

 

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 17:32

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I'm not there

 

Formidable documenteur d’une star déchue massacrée par le showbiz et les médias. Une habile manipulation qui n’est pas sans évoquer les performances du regretté Andy Kaufman.

 

Le pitch: En 2008, l’acteur Joaquin Phoenix annonce qu’il prend sa retraite du métier et tente sa chance comme chanteur hip-hop. Durant un an, son beau-frère Casey Affleck, armé de sa caméra, documentera au jour le jour sa dépression, son dégoût de la célébrité et ses nombreux revers. Parallèlement, l’ex-acteur à l’apparence négligée entame la tournée de promotion du film "Two Lovers" de James Gray, durant laquelle il crache son fiel contre le show-business et tient des propos incohérents devant les caméras de télévision. Entre les sauteries avec ses amis et ses prestations de rappeur, Joaquin Phoenix, devenu la risée de tout Hollywood, crie son désespoir.

 

Mon avis: Souvenez-vous, il y a un peu plus de deux ans, pendant la promo du magnifique Two Lovers de James Gray, l’acteur Joaquin Phoenix annonçait son intention d’arrêter le cinéma. Perplexes, mais surtout attristés, nous assistions par la suite, de manière épisodique et à coups de vidéos sur le net, à ce qui ressemblait fort à la chute d’un artiste psychologiquement très atteint. Ainsi Phoenix voulait changer de carrière et se mettre au Hip Hop. Ses premiers pas dans la musique avaient de quoi inquiéter : l’air hagard, mal à l’aise avec quinze kilos en trop, le visage dévoré par sa barbe et ses cheveux (on aurait dit Jerry Garcia de Grateful Dead !), l’ « ancien » acteur balbutiait un rap sur sa triste condition de star devant un parterre de gens amusés ou médusés. Puis il y eut bien sûr la fameuse interview chez Letterman qui a fait le tour du monde et dans laquelle Phoenix est ridiculisé par le présentateur. Des rumeurs de canular commençaient à se propager mais pour ceux qui ne suivaient pas l’actualité du showbiz de près, la descente aux enfers de Phoenix semblait terriblement réelle, exactement comme celle de Mickey Rourke en son temps (l’acteur à la gueule d’ange s’était reconverti en boxeur, se prenant raclée sur raclée !).

 

Du coup, grand soulagement l’année dernière, lorsque tout s’est enfin éclairci. Oui, Phoenix jouait la comédie pour les besoins du premier film de Casey Affleck, un documenteur sur une vedette au firmament qui décide, comme un gamin capricieux, de tout plaquer. Comme le suggère la typographie du titre sur l’affiche (les lettres de I’m still here sont à moitié effacées), on assiste dans cette œuvre atypique à la disparition médiatique progressive d’un être qui veut affirmer coûte que coûte son existence autrement que par le medium qui l’a rendu célèbre. C’est une sorte de crash test, un suicide commercial qui voit Phoenix foncer comme un bélier à la fois furieux et apeuré dans le mur d’incompréhension et de cynisme des médias et du monde du spectacle. Même si cette critique du système peut paraître convenue, le procédé mis en place pour y parvenir est fascinant. Affleck nous montre à quel point chaque bribe d’info, lâchée consciemment par les auteurs, sur la dégringolade de l’acteur est reprise, analysée, déformée et moquée par tous les networks du pays jusqu’à l’écœurement. Il y a là quelque chose de terrifiant, comme une mise à mort naturelle et entendue, à laquelle le téléspectateur participe de gré ou de force. Nous sommes d’accord, il s’agit avant tout d’une plaisanterie, ce qui occasionne de nombreux fous rires. Mais à plusieurs reprises durant la projection, on est amené à cette réflexion : et si c’était vrai ? Et si Phoenix n’avait pas joué la comédie ? Qu’est-ce qui pourrait bien justifier ce lynchage en règle d’un homme apparemment malade psychologiquement, aussi odieux soit-il ? La réponse est rien, bien entendu. C’est ici que le rire s’estompe.


Il y a deux scènes-clé qui s’enchaînent vers la fin du film, l’une est entièrement fictionnelle, l’autre à moitié. Jusqu’ici, Phoenix cabotinait comme un dingue pour rendre son autre « lui » détestable à souhait. Une interprétation hautement comique mais surtout très astucieuse car elle oblige presque le spectateur à penser que son châtiment est après tout bien mérité. La première scène importante est l’effondrement du rêve musical du personnage lorsqu’il fait écouter ses démos (à mourir de rire) à l’inénarrable P.Diddy. Grâce au talent de l’acteur, nos sentiments commencent à basculer. Il devient touchant. Deuxième scène, sur le plateau de Letterman. Ce dernier, qui n’est pas né de la dernière pluie, devait se douter de la supercherie. Après tout, Andy Kaufman lui avait fait le même coup presque trente ans plus tôt (Kaufman est d’ailleurs à notre avis LA référence première du film, il suffit de revoir Man on the moon pour s’en convaincre). Toujours est-il que Letterman pilonne Phoenix de vannes pour tenter de le faire craquer, sous les rires féroces d’un public acquis à sa cause. C’est un véritable massacre et, pour la seule et unique fois du film, Phoenix sort un peu du rôle, sans doute mal à l’aise avec la violence des moqueries. Mais ce malaise réel, au final, achève de nous rendre le personnage fictif sympathique et renverse totalement notre jugement à son égard. Il ne reste plus au jeune cinéaste qu’à orchestrer une sortie déchirante, loin d’Hollywood, inspiré sans aucun doute par le Last days de son ami et mentor Gus Van Sant. Joaquin peut désormais renaître des cendres de son jumeau déchu.

 

Sortie le 13 juillet 2011

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 16:57

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L'école de l'utérus

 

Road trip haut en couleurs de performeuses lesbiennes influencées par les grandes figures du féminisme queer et post porn. Ou quand le sexe faible fait très fort !

 

Le pitch: Ce road-movie jouissif et truculent sur la post-pornographie et le mouvement féministe sex-positif suit les folles aventures de 7 jeunes artistes performeuses, réunies le temps d’une tournée épique en van à travers toute l’Europe. Pendant l’été 2009, la troupe a foulé les scènes cosmopolites des boîtes de nuits branchées parisiennes, en passant par les squats queers underground berlinois et les théâtres prestigieux de Paris, Berlin, Stockholm, Copenhague...

 

Mon avis: A la fois documentaire, road movie, théâtre filmé et essai féministe lesbien, Too much pussy ! est une œuvre protéiforme à l’image des six (fortes) personnalités qui lui donnent vie. Emilie Jouvet, auteure du film porno queer One night stand, a choisi d’enfermer ces six artistes et performeuses dans un van et de monter un spectacle itinérant à travers différents clubs européens. Même si la comparaison nous traverse forcément l’esprit, le film n’a pas grand-chose à voir avec la Tournée de Mathieu Amalric, tout simplement parce que la figure masculine y brille par son absence. C’est un film de femmes, bi ou lesbiennes, mais qui a l’intelligence de s’ouvrir à tous, notamment aux hétéros masculins (dont l’auteur de ces lignes fait partie, jusqu’à preuve du contraire), pour peu qu’ils aient plus de 16 ans bien entendu. A l’instar de l’œuf sorti du vagin de Sadie Lune, lors d’une représentation, la maïeutique employée par la cinéaste permet d’accoucher les consciences des artistes, en dehors de la scène, laissant libre cours à des réflexions pertinentes et universelles sur le(s) genre(s) humain(s), les fantasmes féminins, et surtout la notion de liberté sexuelle et corporelle. La contrepartie réside malheureusement dans le fait que cette mise en scène « hors show » tarisse quelque peu la spontanéité naturelle des jeunes femmes que l’on devine pourtant ravageuse. En organisant les discussions, Emilie Jouvet s’est mâché le travail du montage, qui a déjà dû être colossal, mais a de fait perdu un peu en fraîcheur.

C’est pour cette raison que l’on préfère les parties spectacle de cette aventure hors du commun. Si certains numéros, dans leur approche ludique et anatomique du sexe féminin, ne sont pas sans rappeler les performances de la reine du porno féministe Annie Sprinkle, notamment son fameux Public cervix announcement, l’efficacité conceptuelle et provocante de la « chose » n’en demeure pas moins flagrante. Mais c’est dans la dernière partie du film, lorsque Jouvet laisse réellement le temps aux numéros de se développer, que l’on assiste à de purs moments de poésie sauvage, avec des comédiennes en état de grâce, Mad Kate en tête, portées par une musique électro à la fois robotique et organique qui achève de faire basculer les performances dans une dimension métaphysique illustrant à merveille les émanations inconscientes des protagonistes. Get on the bus !

Sortie le 6 juillet 2011

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 11:56

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Ecran de fumée

 

Un biopic d’abord planant, puis indigent, qui accumule faits et anecdotes avec une certaine paresse. Pour Rhys Ifans, à la rigueur.

 

Le pitch: À la fin des années 60, Howard Marks quitte son Pays de Galles natal pour la prestigieuse université d’Oxford, où il découvre les plaisirs des soirées psychédéliques. Pour rendre service, il s’improvise passeur de marijuana. Il y prend goût. S’appuyant sur ses amitiés dans les services secrets et avec un chef de l’IRA, il développe un réseau de transport de cannabis entre le Pakistan et Londres. Il se retrouve bientôt à la tête du plus grand trafic de marijuana d’Europe. Howard Marks se fait alors appeler MR. NICE : un contrebandier non violent et plein d’humour, qui deviendra une figure de la contre-culture britannique.

 

Mon avis: Pas de doute, la vie rocambolesque d’Howard Marks méritait d’être transposée au cinéma. Mais Bernard Rose, cinéaste sur le retour, auteur du classique fantastique Candyman, ne méritait peut-être pas d’être à la tête d’un tel projet, lui qui cumule les casquettes de réalisateur, scénariste, monteur et directeur de la photo ! C’est sans doute trop pour un seul homme et, de fait, son film s’essouffle très vite, au bout de vingt minutes seulement, après une entrée en matière pourtant prometteuse qui voit le jeune et brillant Marks se déniaiser et s’acoquiner à sa maîtresse éternelle, la douce et vaporeuse Marie-Jeanne. Efficacité narrative, originalité voire audace dans le traitement (le Marks adolescent est joué par Rhys Ifans sans maquillage), scènes de défonce tragi-comique réussies, bref nous sommes happés dans le tourbillon de la vie du dealer le plus cool de la planète.
Las, par la suite, le charme hallucinogène dégagé par cet incipit perd nettement de sa teneur en opiacés. Le film ne devient qu’une enfilade de perles biographiques, savoureuses sur le papier, mais terriblement fades à l’écran. Les acteurs n’y sont pour rien et font ce qu’ils peuvent. Gallois comme Marks, Rhys Ifans est plus que légitime, lui qui fit d’ailleurs partie un temps du merveilleux groupe de pop Super Furry Animals, dont une chanson est intitulée Hangin’ With Howard Marks. Il est cependant regrettable que Chloë Sevigny ne soit désormais cantonnée qu’aux rôles de femmes au foyer éplorée comme dans Zodiac. C’est une insulte à ses vertus marginales !
Pour parachever le tout, le film possède un élément rédhibitoire commun à bon nombre de plantages de ce genre : la fausse bonne idée. En l’occurrence, le fait d’avoir incrusté les acteurs sur des images d’archives des différentes époques traversées par Marks, dans un souci d’authenticité dont chacun jugera le degré de pertinence. Pour moi, c’est raté et limite ridicule. Vous l’aurez compris, pour apprécier pleinement les pérégrinations narcotiques du bonhomme, mieux vaut se jeter sur son autobiographie papier (à rouler ou pas c’est à vous de voir), rééditée bien entendu pour l’occasion.

 

A l'affiche le 13 avril 2011

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 16:10

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Trop calibré

 

 

Encéphalogramme presque plat pour ce remake inutile d’un film avec Charles Bronson. Quelques scènes d’action efficaces et un Ben Foster en forme empêchent le naufrage total.

 

Le pitch: Le tueur parfait est celui dont le crime passe pour un accident. Pour ce genre de job, Arthur Bishop est le meilleur. Chacun de ses contrats impossibles lui rapporte une fortune. Il n’a jamais eu d’état d’âme, jusqu’à ce que son ami et mentor devienne la victime, et que le fils de ce dernier décide de mener sa vengeance à ses côtés...

 

Mon avis: Quoi de neuf au pays de la testostérone ? Pas grand-chose à vrai dire. La preuve on nous propose le remake d’un vieux Charles Bronson avec le Monsieur Muscle des années 2000, Jason Statham. Le principe de ce genre de film est clair : nous vider la tête au fur et à mesure que le héros vide ses chargeurs et, intrinsèquement, nous n’avons rien contre, ça fait même du bien de temps en temps, pour peu que le ballet des balles soit attrayant et correctement chorégraphié. C’est plus ou moins le cas ici, même si c’est un peu chiche au niveau de la répartition des scènes d’action. Mais comme souvent, c’est la banalité de l’intrigue et les rebondissements téléphonés qui plombent l’ensemble et font que le film ne dépasse jamais le stade du pur produit de consommation, ajouté au fait que Statham ne sera jamais Bruce Willis. Il possède un certain charisme, certes, mais il n’a ni le charme ni l’humour de l’acteur de Die hard. Et il est loin d’être fun. Les tueurs monolithiques sont souvent fascinants au cinéma mais là on voit juste un dur à cuire impassible qui s’ennuie ferme entre deux contrats ! Rien de bien passionnant. Dans cette optique, on saluera donc plutôt la prestation de Ben Foster dont le rôle parvient à dynamiter légèrement une conduite de récit en pilotage automatique. Ce personnage de jeune loser déglingué qui apprend le « métier » avec fracas permet à l’acteur d’être autre chose qu’un simple pantin scénaristique sans âme. On soupçonne même les auteurs de s’être inspirés pour ce personnage de celui de Jesse Pinkman (Aaron Paul), jeune branque attachant de la série Breaking bad. Si c’est le cas, ce serait bien la seule bonne idée de ce remake pas loin d’être inutile.

 

A l'affiche le 6 avril 2011

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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 17:31

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Buena vista garbage club

 

 

Un formidable documentaire d’un point de vue formel mais qui pose certaines questions morales non résolues sur la responsabilité des artistes.

 

Le pitch: Pendant trois ans, Waste land suit l’artiste brésilien Vik Muniz de Brooklyn, où il vit, à Jardim Gramacho en banlieue de Rio de Janeiro. Dans la plus vaste décharge du monde, il retrouve son Brésil natal pour un projet artistique inédit : photographier les « catadores » (les ramasseurs de déchets recyclables) dans des mises en scènes composées à partir d’objets et matériaux rescapés des poubelles. Tout au long de cette aventure, le projet va prendre une toute autre dimension. Au fur et à mesure de sa collaboration avec ces personnages hors du commun, Vik va saisir tout le désespoir et la dignité des catadores, alors même qu’ils parviennent à réinventer leur vie en prenant part à son œuvre d’artiste.

 

Mon avis: La sincérité d’une démarche artistique, son élaboration pragmatique et son résultat esthétique, aussi réussi soit-il, ne peuvent occulter les questions morales et éthiques qui en découlent. C’est la première réflexion que le spectateur se fera sans doute après la projection du documentaire de Lucy Walker. Tout dans cette œuvre sent le feel good movie à plein nez : le misérabilisme initial des protagonistes, sorte de Sisyphes qui ne verront jamais le bout d’un Enfer moderne composé de montagnes de détritus, puis leur extraction de ce milieu néfaste par le biais de l’art représenté par le génial Vik Muniz, avant le final qui consacrera ces personnages comme les héros d’une histoire humaine flamboyante s’achevant dans une mélancolie diffuse, propre aux adieux immédiatement nostalgiques qui marqueront positivement le spectateur. De ce point de vue, purement cinématographique, Waste land est une réussite, d’autant qu’il bénéficie de la puissance visuelle émanant à la fois de cette « ville poubelle » et de la profondeur inouïe de chaque regard qui se détache de cet environnement hors du commun. Même si c’est de l’ordre de l’anecdote, ajoutons également que la musique signée Moby est autrement plus inspirée que tout ce qu’il a pu produire ces dix dernières années.


Une fois les termes artistiques posés, reste l’ambiguïté morale de cette entreprise. Non pas qu’elle ne soit pas évoquée par les auteurs eux-mêmes. A plusieurs reprises, Muniz, ou plutôt ses collaborateurs, s’aperçoivent que les catadores improvisés artistes et modèles se font des illusions sur un changement de conditions de vie pourtant plus qu’hypothétique. Cela donne lieu à des réflexions sur l’essence même de ce projet, mais des réflexions bien faibles et en aucun cas satisfaisantes. Le point de vue de Muniz me paraît d’ailleurs erroné. Pour l’artiste, qui a connu lui aussi la pauvreté dans son enfance, si l’on propose à un catadores de changer de vie pendant quelques semaines en sachant qu’il retournera sur sa montagne de déchets après, il doit accepter et gérer ce retour à la normale comme il le peut. Certes, tout le monde dirait oui, mais parce qu’on s’imagine d’abord les bénéfices immédiats du changement en repoussant le plus longtemps possible le fait d’envisager le retour à la triste réalité. Et là, le choc psychologique peut faire très mal. La vraie question n’est donc pas de se demander si ces personnes devaient accepter de participer au projet mais plutôt s’il fallait leur proposer ce projet en tenant compte des effets potentiellement désastreux à long terme. D’ailleurs, si certains vont effectivement bien s’en sortir, d’autres vont disparaître sans laisser de traces.


Bien sûr le tableau n’est pas si noir, même (et surtout) pour ceux qui n’auront pas participé au film puisque l’intégralité de la vente des œuvres (250 000 dollars quand même) a été reversée à l’ensemble des catadores pour améliorer leurs conditions de travail. Mais pour ceux qui ont participé et entraperçu cette merveilleuse échappatoire, c’est sans doute une autre histoire. Je ne dirais pas qu’ils ont été utilisés, recyclés puis rejetés comme les déchets qu’ils collectent chaque jour car c’était tout de même une formidable aventure humaine. Mais il me semble que toutes les précautions n’ont pas été prises. J'espére sincèrement me tromper.

 

A l'affiche le 23 mars 2011

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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 16:00

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Ryan erre

 

 

L’irrésistible George Clooney dans une comédie mi-figue mi-raisin. Reitman est doué mais son cynisme bien-pensant a du mal à nous convaincre.

 

Le pitch: L’odyssée de Ryan Bingham, un spécialiste du licenciement à qui les entreprises font appel pour ne pas avoir à se salir les mains. Dans sa vie privée, celui-ci fuit tout engagement (mariage, propriété, famille) jusqu’à ce que sa rencontre avec deux femmes ne le ramène sur terre. Ryan Bingham est un collectionneur compulsif de miles aériens cumulés lors de ses incessants voyages d’affaire. Misanthrope, il adore cette vie faite d’aéroports, de chambres d’hôtel et de voitures de location. Lui dont les besoins tiennent à l’intérieur d’une seule valise est même à deux doigts d’atteindre un des objectifs de sa vie : les 10 millions de miles. Alors qu’il tombe amoureux d’une femme rencontrée lors d’un de ses nombreux voyages, il apprend par la voix de son patron que ses méthodes de travail vont devoir évoluer. Inspiré par une nouvelle jeune collaboratrice très ambitieuse, celui-ci décide que les licenciements vont pouvoir se faire de manière encore plus rentable, via... vidéo conférence. Ce qui risque évidemment de limiter ces voyages que Bingham affectionne tant...

 

Mon avis: Après Thank you for smoking et Juno, voici donc la troisième réalisation du désormais très estimé Jason Reitman et, comme les précédentes, elle repose avant tout sur son personnage principal. Le réalisateur excelle à mettre en place et présenter son « héros », d’où ces vingt premières minutes savoureuses durant lesquelles on suit et on découvre toutes les facettes de la vie de Ryan Bingham auquel George Clooney prête ses traits narquois. Une vie littéralement suspendue, dépourvue d’attaches et de passé, uniquement vouée à cet objectif totalement dérisoire : atteindre les 10 millions de miles de vol. La musique et le montage épousent de manière inventive, et avec un certain brio, les contours bien définis de cet homme allégé, sorte de figure ultime de l’individualisme moderne dont l’égoïsme froid est en réalité nourri par une peur viscérale de la mort. Bien sûr, nous sommes dans une comédie romantique et une femme va venir semer le trouble chez cet homme-tortue dont la maison ne tient que dans un sac. Mais le cynisme qu’il dégage est aussi attirant que repoussant, en plus d’être hautement comique, ce qui fait de lui un personnage à l’ambiguïté finalement assez rare au cinéma.

Malheureusement ce cynisme se pare d’un humanisme fort malvenu. La faute à cette fâcheuse tendance, typiquement américaine, qui consiste à systématiquement dégager le côté positif d’une situation avec un aplomb terrifiant. Il y a une scène détestable qui illustre cela. Celle où Bingham tente de réconforter un employé licencié désespéré en lui expliquant qu’il doit se tourner vers sa famille et tenter une carrière de cuistot parce qu’il avait pris l’option cuisine à l’école ! Là nous ne sommes plus dans le second degré corrosif mais dans le foutage de gueule complet. C’est d’autant plus choquant que les entretiens de licenciement sont filmés comme un documentaire et sont inspirés de témoignages réels, le tout pour coller bien sûr avec la crise qui a secoué le monde pendant le tournage. C’est profondément irrespectueux et malsain.
Au final, nous sommes tiraillés entre les réelles qualités de ce long métrage (acteur, humour, montage, musique) et ses défauts insupportables. L’emballage de ce produit est certes séduisant mais le kit de pensée préfabriquée fourni avec est en trop. A vous de voir.

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 10:09

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Lascar face

 

Un premier film plus que prometteur, au style maîtrisé et à l’interprétation ravageuse. Un cinéaste et un acteur, Guillaume Gouix, à suivre.

 

Le pitch: Jimmy Rivière est un jeune Gitan, solaire, nerveux, parfois trop. Sous la pression de sa communauté, il se convertit au pentecôtisme et renonce à ses deux passions : la boxe thaï et Sonia. Mais comment refuser le nouveau combat que lui propose son entraîneur ? Et comment résister au désir si puissant qui le colle à Sonia ?

 

Mon avis: Oui, Jimmy Rivière est un film qui se déroule au sein de la communauté des Gens du Voyage et a été réalisé par l’un d’entre eux. Non, le film n’est pas une réponse aux tristes événements anti-Roms de l’été dernier puisque Teddy Lussi-Modeste l’a mis en chantier bien avant. Pourquoi cette précision en guise de préambule ? Tout simplement parce qu’à l’instar des Gitans, cette formidable première œuvre ne doit pas être stigmatisée pour ce qu’elle n’est pas. Le propos du jeune cinéaste n’a aucune velléité documentariste sur la vie des Gens du Voyage mais tend au contraire à l’universel. S’il parle de son milieu d’origine c’est parce qu’il le connaît mieux que quiconque. Mais c’est une base familière qui lui permet de développer des thèmes qui lui sont chers et qui peuvent concerner n’importe qui, comme les difficultés inhérentes à l’appartenance d’un clan ou d’un milieu social quel qu’il soit. A la limite, Jimmy Rivière aurait tout aussi bien pu s’appeler Gontrand Dulac et se rebeller contre sa famille bourgeoise typique du XVIème... On exagère mais c’est ce qui fait la force de ce film : son refus d’une surexposition du cadre social afin de permettre à la dramaturgie de se développer librement sans le poids de son environnement diégétique.
Toutes proportions gardées, on sent sinon un souffle puissant, du moins une brise scorsesienne parcourir ce coup d’essai percutant. La communauté, la religion, la boxe, la rédemption, la chute, les pulsions de vie et de mort qui s’affrontent etc. Des thématiques bien connues mais mises en relief par une mise en scène maîtrisée et parfois inspirée grâce à un sens du cadre et à un travail sur les lumières remarquables. Le style de Lussi-Modeste associé à une bande-originale en apesanteur, proche des expérimentations de Brian Eno, propulsent le métrage dans une dimension romanesque captivante.
Et puis il y a Guillaume Gouix. On en finit pas de le découvrir depuis quelques années mais là son talent explose et crève l’écran une bonne fois pour toutes. Son corps affûté et son regard dévastateur dégagent une tension permanente digne des plus grands. La caméra de Lussi-Modeste n’en finit pas de le sublimer. De plus, le couple qu’il forme avec l’incandescente Hafsia Herzi est une splendide trouvaille de casting et dénote une certaine tendance à la pyromanie chez le cinéaste. Le reste de la distribution est au niveau, avec une mention spéciale pour l’hallucinant Riaboukine et surtout pour Béatrice Dalle qui, au-delà de son rôle anecdotique, fait figure de sublime marraine à la fois pour les jeunes acteurs et pour le jeune cinéaste.
Toutes ces réjouissances font que l’on pardonne aisément au film de faire du sur-place dans son dernier quart d’heure. L’essentiel est ailleurs et le contrat plus que rempli.

 

A l'affiche le 9 mars 2011

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 10:02

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Motherfucker

 

Portrait sans fard d’une mauvaise mère prise au piège de la morale. Dommage que la mise en scène ne soit pas à la hauteur du sujet.

 

Le pitch: Audrey a quitté Eric. Reste leur fils de sept ans, Mathieu : Audrey le met chez sa mère, « en attendant ». Mais en attendant quoi ? De trouver un logement, un emploi, un compagnon stable ? Tout le monde voudrait savoir quoi faire de la jeune femme, bonne ou mauvaise mère, amante désirable ou "ex" qu’on ne veut plus voir, et elle, elle veut seulement se sentir vivante.

 

Mon avis: Le premier film de Marina Déak peut être étudié à l’aune des trois significations possibles de son mystérieux titre. D’abord l’histoire simple, sur le papier, d’une femme qui tente de poursuivre sa vie après une séparation et avec un enfant sur les bras. C’est en effet à ce moment que nous rencontrons le personnage d’Audrey, jeune femme solide en apparence mais qui va se sentir de plus en plus perdue face à cette nouvelle situation, ne plus savoir qui elle est et se courir après elle-même, deuxième sens du titre. Mais c’est la troisième signification qui donne tout son sel à cette première œuvre. Petit à petit, Audrey va fuir la « bonne conscience » qui cimente la civilisation en prônant, sans l’assumer totalement, son droit à être une « mauvaise mère », à revendiquer une liberté perdue et à s’infantiliser jusqu’à l’inconscience. Elle est poursuivie et rattrapée parfois par cette morale omniprésente, dont l’évidence n’est jamais remise en cause par les personnes qui l’entourent, même celles qui paraissent les plus dangereuses comme le personnage de Patrick auquel Aurélien Recoing prête son magnétisme habituel et la douceur ambivalente du prédateur. L’isolement social d’Audrey est inéluctable et l’on y assiste en étant partagé sur le jugement inévitable que l’on porte à ce personnage tout à fait fascinant.
Mais si le thème est effectivement puissant, on regrette d’autant plus que la mise en scène soit un peu en-deçà. Cette figure de l’anticonformisme est traitée avec beaucoup de...conformisme. Mis à part une belle scène sur un toit avec Recoing et une autre onirique dans une piscine, le reste peine à transcender le propos et distille même parfois un certain ennui. Mais le final, dans lequel Audrey prend conscience, de facto, de son inutilité et de sa perte d’identité, donne lieu à nouveau à une réflexion intéressante sur les conséquences de l’extraction de la société et engendre une dernière scène aussi bouleversante que pleine d’espoir. A découvrir.

 

A l'affiche le 9 mars 2011

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 11:32

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Blizzard vous avez dit blizzard ?

 

Une comédie nordique qui joue à fond la carte de l’originalité locale au détriment du scénario et des personnages. Plaisant tout de même.

 

Le pitch: La vie est belle pour Janne, un jeune trentenaire finlandais... Il ne fait rien de ses journées. Sa fiancée Inari n’en peut plus et lui pose un ultimatum : soit il trouve un décodeur tv avant l’aube - elle le lui réclame depuis longtemps - soit elle le quitte. Janne n’a plus le choix : il se lance avec ses deux meilleurs amis sur les routes enneigées de Laponie ; des routes semées de surprises et d’embûches où sa fainéantise légendaire ne lui sera pas d’une grande aide.

 

Mon avis: Malgré tous nos efforts, il est impossible de débuter ce compte-rendu de film sans évoquer la fainéantise opportuniste du distributeur français de Lapland odyssey qui a cru bon de le rebaptiser Very cold trip, créant ainsi un illusoire, et trompeur, lien de parenté avec la comédie à succès Very bad trip. D’autant qu’il n’est pas le premier à le faire. Nous avons déjà eu le droit récemment à American trip et Very bad cops ! Le pire c’est que ce micmac angliciste est d’origine purement franco-française puisque Very bad trip était déjà une « réinterprétation » gauloise du titre original The hangover (« la gueule de bois ») et lorgnait sans scrupule sur le Very bad things de 1998 avec Cameron Diaz. Tout cela finit par être very very agaçant !
Il n’est d’ailleurs pas certain que ce tour de passe-passe linguistique soit réellement une bonne chose pour le film en question. En le rapprochant d’une comédie typiquement américaine, à la fois dans l’humour et le rythme, le distributeur nie ainsi la propre originalité de cette œuvre finlandaise qui repose et joue essentiellement sur les particularités sociologiques, géographiques et climatiques de son pays. Autrement dit, rien à voir avec les pochetrons de Las Vegas ! On induit le spectateur en erreur et on le prend pour une buse par la même occasion.

Parlons du film maintenant. Comme nous l’évoquions, les différents ressorts comiques s’inspirent beaucoup de l’environnement naturel des personnages, prisonniers d’une nuit glaciale et sans fin. Cela imprègne leur rythme de vie, les affublant ainsi d’un drôle de flegme, comme s’ils vivaient en permanence dans un monde onirique. Cette confrontation à la nature entraîne également une sorte de régression quasi préhistorique dans laquelle l’homme doit aller chasser pour nourrir sa famille. Sauf qu’à la place du gibier, il doit lui rapporter un décodeur ! Ainsi débute l’odyssée de ces trois « chasseurs » contrariés, d’ordinaire plutôt enclins à l’oisiveté, comme de lointains cousins des employés de Clerks, la tchatche en moins. Mais cette originalité ne masque pas totalement les carences d’un scenario un peu poussif et la fadeur des acolytes du héros. On suit cette aventure sans déplaisir mais sans jamais non plus rire aux éclats, à l’exception de quelques gags (la mise à mort d’un renne et une agression au Taser réjouissantes). Quoi qu’il en soit, cette comédie vaut bien plus que ce que son titre « français » laisse entendre, à savoir un simple ersatz finlandais de la nouvelle vague comique américaine.

 

A l'affiche le 9 février 2011

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