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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 10:39

Je suis un no man's land

 

Humain après tout

 

 

Thierry Jousse s'amuse avec le personnage de Philippe Katerine tout en dessinant subtilement les contours d'une réflexion fascinante sur le deuil tardif de l'enfance.

 

Le pitch: Philippe est chanteur et dans l’existence d’un chanteur, il y a des moments où tout s’accélère surtout quand une groupie déjantée, des parents délaissés, une ornithologue lunaire et un ami d’enfance coriace conspirent à vous compliquer la vie… Comment en sortir ?

 

 

Mon avis: Ancien rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma, Thierry Jousse a brillamment négocié son passage de la plume à la caméra grâce à quelques courts-métrages (avec Berroyer et Katerine déjà) et un premier long remarquable intitulé Les invisibles. Ce second film est le fruit de l’admiration mutuelle que se portent le chanteur Philippe Katerine et le cinéaste. Jousse suit avec une acuité presque anthropologique les pérégrinations fantastico-rurales de l’interprète de Louxor j’adore. On a même parfois le sentiment qu’il le pousse plus qu’il ne le suit, le trimballant comme une marionnette, lui créant des obstacles abracadabrantesques comme dirait l’autre, le tout avec une douce perversité. Rarement un personnage aura autant subi les événements que celui de Katerine qui, soit dit en passant, est dans quasiment tous les plans et s’en tire admirablement.

Certes, la trame est on ne peut plus simple, et s’inspire plus ou moins de celle du film de Christian Vincent, Je ne vois pas ce qu’on me trouve, avec dans le rôle principal…Jackie Berroyer. Mais ce n’est finalement qu’un prétexte pour plonger et piéger l’insaisissable et mystérieux Katerine dans un univers gentiment décalé, à la fois poétique, cruel, naïf et nostalgique, donc assez proche des chansons de l’artiste. C’est l’arroseur arrosé en somme. Malgré le fait qu’il porte son costume de scène une bonne partie du film, c’est tout de même lui qui paraît le plus « normal » aux yeux du spectateur et surtout aux yeux des autres protagonistes. Belle trouvaille. Mais cette figure du piège prend plusieurs formes. Il y a la plus évidente et la plus drôle, celle de la célébrité, avec la fan folle furieuse qui le séquestre (gros clin d’œil à Misery au passage} ; celle, physique et gaguesque, de la ville dont il ne peut s’échapper ; et celle de la famille, plus complexe et torturée. Cette dernière figure est la plus importante et englobe même les deux autres. C’est elle également qui prouve que le film est beaucoup plus qu’un simple trip anecdotique avec le plus barré des artistes français, ce qui, avouons-le, aurait été un peu juste.

Le retour forcé dans le giron familial de Philippe (qu’on ne nomme jamais Katerine et pour cause, nous sommes dans la fiction, ne l’oublions pas) est un retour sur le deuil inachevé de son enfance. Le personnage semble avoir fait de sa vie, artistique et personnelle, une éternelle fuite en avant, lui qui se complait dans l’art de la fugue et du cache-cache, menant sa barque comme un gamin égoïste ayant peur de perdre son âme d’enfant s’il tourne la tête ne serait-ce qu’un seul instant vers son milieu d’origine. Cette brusque confrontation avec un père bourru et déçu (Berroyer, à contre emploi, est formidable) et une mère mourante (la si rare Aurore Clément) permet de faire tomber le masque de l’artiste virtuel pour lui redonner son humanité, repeupler son no man’s land, même si cela doit s’incarner dans la douleur. Il y a dans ce film de réels et fulgurants traits de tendresse et de délicatesse qui se mêlent, sans rupture de ton, à la farce et au comique, comme dans tous les disques de Katerine. Une preuve de talent, c’est certain, mais aussi une belle preuve d’amitié de la part du cinéaste qui contredit malicieusement le titre de l’avant-dernier album du chanteur, Robots après tout. Maintenant, si tout cela vous laisse de marbre, sachez tout de même qu’en allant voir Je suis un no man’s land vous apprendrez la définition du mot « dendrophile ». Si ça ce n’est pas une raison valable…



A l'affiche le 26 janvier 2011

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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 16:53

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Kill Bill volume 0

 

Cluedo poussif et invraisemblable doté de quelques qualités cinématographiques malheureusement totalement noyées dans la médiocrité de l'ensemble.

 

Le pitch: Lucrèce, jeune tueuse à gage passionnée d’opéra, doit faire disparaître un chanteur lyrique qui menace les intérêts d’une multinationale. Elle est engagée pour chanter aux cotés de sa cible le Messie de Haendel, dans un château en Suisse...

 

Mon avis: Le premier film de Jérôme Le Gris est raté. Il n’y a pas de honte à cela, ce sont des choses qui arrivent et surtout cela n’augure pas forcément un avenir sombre pour ce jeune cinéaste qui possède par ailleurs des qualités de mise en scène indéniables. Seulement voilà, il nous faut être honnête et avouer que ce Requiem pour une tueuse a beaucoup plus de défauts incurables que de qualités salvatrices. La faute à une volonté trop ostentatoire de lorgner vers des références évidentes telles qu’Hitchcock, Nikita ou encore Tarantino. Mélanie Laurent a exactement la même coupe de cheveux qu’Uma Thurman dans Kill Bill et elle est sous les ordres d’un Tchéky Karyo qui a dû se demander sur le plateau si Anne Parillaud n’allait pas débarquer d’un moment à l’autre. Si ces références ne fonctionnent pas, c’est parce qu’elles sont figées, inutiles et finissent même par parasiter l’élaboration de l’intrigue et le développement des personnages. Un film ne peut s’épanouir s’il ne fait que recracher les références au lieu de les digérer et de les transfigurer.

A partir de ce constat, la seule échappatoire possible eut été le recours à l’humour et au second degré. Hélas, autre gros défaut du film, il se prend trop au sérieux, ce qui a pour effet immédiat et paradoxal de créer un comique involontaire. Pour preuve, les nombreux rires nerveux qui ont parsemé la projection. Le manque de crédibilité de certaines situations et de la majorité des personnages est le cruel résultat d’une ambition parfois proche de la forfanterie. Plus d’humilité et de dérision n’aurait pas fait de mal à l’ensemble même si, encore une fois, sur le plan technique et cinématographique, on trouve des choses intéressantes comme ce travail sur les voix, presque théâtrales, sur la lumière et sur le montage parfois très efficace. Mais rien n’y fait, on a beau être doué, si la crédibilité de l’entreprise fait défaut, tout tombe à l’eau. Ainsi s’achève ce requiem pour un film.

 

A l'affiche le 23 février 2011

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 17:36

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S.O.S. Fantômes

 

L’iconoclaste Hélène Angel réussit une moitié de film fantastique avant de lâcher le spectateur pour une réflexion sociale mal maîtrisée.

 

Le pitch: Claire et Benoît arrivent à la campagne pour vendre la maison de famille dans laquelle le frère de Claire s’est récemment suicidé... Benoît veut lancer au plus vite des travaux afin de vendre au meilleur prix. Claire, dès le premier soir, est persuadée qu’ils ne sont pas seuls dans la maison...

 

Mon avis: Comme c’est rageant ! Après le récent Captifs, nous tenions presque un nouveau film de genre français réussi en l’espace de trois mois seulement. C’était trop beau pour être vrai. Mais nous y avons pourtant cru le temps d’une première partie maîtrisée et haletante faisant judicieusement appel, tout comme le film de Yann Gozlan, à des effets angoissants classiques mais redoutables. Sans introduction, le couple Berling/Bonneton débarque dans cette maudite maison et la peur n’aura de cesse de croître sur fond de désaccords conjugaux irréversibles. A tous les niveaux, le suspense est savamment entretenu. Le mystère flotte autour du frère suicidé, de sa relation avec sa sœur, de la folie naissante de cette dernière, mais aussi autour du mari débordé (que fait-il ? est-ce qu’il trompe sa femme quand il ne rentre pas le soir ?). Tout ou presque est sujet à interprétation, des phénomènes paranormaux à la trivialité du couple en crise. Il y a même un élément métaphysique quasiment lynchien (le trou dans la cave) pour parachever ce qui s’annonçait comme un film fantastique de haute tenue.
Et puis patatras. Le fantastique, justement, s’évapore à la moitié du film lors d’un rebondissement difficilement explicable dans cet article. Entendons-nous bien, la dimension sociale prise par le métrage est loin d’être inintéressante et met en lumière une violente confrontation avec le réel. Pour résumer, la petite bourgeoisie préfère fantasmer sur les fantômes de son passé plutôt que de s’intéresser aux laissés-pour-compte vivants comme des spectres à la lisière de la société. L’idée est belle mais malheureusement le traitement ne convainc pas, pour la bonne et simple raison que la tension qui animait le film s’est complètement envolée. En déplaçant les enjeux, Hélène Angel a pris le risque de perdre le spectateur de la même manière qu’elle perd ses personnages qui, livrés à eux-mêmes, sombrent petit à petit, de façon caricaturale, dans une colère et une folie plus du tout crédibles, jusqu’à s’embourber dans une scène finale grotesque où l’on retrouve le côté Grand-Guignol qui surgit dès que le cinéma français s’essaie au genre horrifique et fantastique. Oui, effectivement, c’est vraiment rageant !

 

A l'affiche le 19 janvier 2011

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 17:31

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Essai refusé

 

Piètre pantalonnade sur fond de rugby et de Sud-Ouest. On préfèrera reprendre du foie gras.

 

Le pitch: Petit-fils d’une légende de rugby, fils d’une légende, et lui-même légende de rugby, Jo Canavaro élève seul son fils de 13 ans, Tom, dans un petit village du Tarn. Au grand dam de Jo, Tom est aussi bon en maths que nul sur un terrain. Pour un Canavaro, la légende ne peut s’arrêter là, quitte à monter une équipe de rugby pour Tom contre la volonté de tout le village et celle de son fils lui-même...

 

Mon avis: Nous avons beaucoup de sympathie pour l’ancien rugbyman Philippe Guillard, dit « La Guille », auteur d’interventions souvent drôles dans les différentes émissions sportives de Canal + depuis une bonne quinzaine d’années. Mais au cinéma, c’est une autre histoire. Son activité de coscénariste pour Fabien Onteniente ne nous emballait déjà pas franchement, mais là c’est le « Pompon ». On comprend bien ce qui lui tenait à cœur dans cette histoire de relations masculines, filiales et humaines sur fond de rugby mais malheureusement son film nous a laissés sur la touche. Indigence du scénario, rebondissements de sitcom, musique atroce, direction d’acteurs inexistante et donc acteurs mauvais comme des cochons. L’extrême lourdeur de cette pantalonnade censée célébrer les valeurs du rugby et du Sud-Ouest finit par se retourner contre son auteur. Il y a fort à parier que les amoureux de ce sport et de cette magnifique région (dont nous faisons partie) ne se retrouvent pas du tout dans ce tableau grossier et ridicule. En parlant de ridicule, le personnage de Pompon est un sommet dans le genre. Une sorte de Jar Jar Binks en chair et en os, joué de manière horripilante par le pauvre Vincent Moscato. Sans doute l’un des pires rôles jamais écrits. A la limite, si vous voulez flatter votre curiosité morbide, c’est la seule raison qui vous poussera à voir ce triste film.

 

A l'affiche le 12 janvier 2011

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16 décembre 2010 4 16 /12 /décembre /2010 17:23

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La cité de la musique

 

Les auteurs du court-métrage Music for on apartment and six drummers ne réussissent qu’à moitié leur passage au format long. Une curiosité assez réjouissante tout de même.

 

Le pitch : L’officier de police Amadeus Warnebring est né dans une illustre famille de musiciens. Ironie du sort, il déteste la musique. Sa vie bascule le jour où un groupe de musiciens déjantés décide d’exécuter une œuvre musicale apocalyptique en utilisant la ville comme instrument de musique... Il s’engage alors dans sa première enquête policière musicale...

 

Mon avis: Il y a dix ans, Ola Simonsson et Johannes Stjärne Nilsson réalisaient "Music for one apartment and six drummers", un court-métrage de dix minutes primé dans plus de trente festivals et devenu culte au fil du temps, notamment grâce à l’avènement des moteurs de recherche vidéo. S’il n’était pas à proprement parlé expérimental, ce film offrait tout de même une expérimentation visuelle et musicale étonnante et terriblement efficace. Pour résumer, six « terroristes musicaux » investissaient un appartement, laissé vide par ses propriétaires âgés, pour y donner, avec des objets du quotidien, un concert en quatre mouvements (cuisine, chambre, salle de bains et salon). Le principe, hautement ludique, a malheureusement été repris depuis dans de nombreuses pubs pour des casseroles ou autres réjouissances de type culinaire. Les pubards ont toujours le chic pour exploiter et ruiner les bonnes idées.

Il n’empêche, les deux auteurs ont donc décidé de remettre le couvert mais cette fois-ci en élargissant leur horizon, offrant ainsi aux « Six Drummers » une ville entière à dévaster le temps d’un long-métrage. Cette transposition ambitieuse et gonflée est très réjouissante, dans un premier temps en tous cas. La première moitié du film procure en effet un sentiment d’euphorie dû une combinaison d’heureux éléments : l’originalité du propos (des terroristes veulent libérer la ville de la musique d’ascenseur), un humour à froid savoureux (la présentation des personnages notamment), une musique influencée autant par le rock des seventies que par Kraftwerk, et l’intrigue policière symbolisée par le formidable personnage d’Amadeus(!) Warnebring, flic anti-musique amoureux de la chef des terroristes. Ce personnage est peut-être la plus grande trouvaille des auteurs, du moins dans l’optique d’un développement satisfaisant d’une intrigue plutôt maigre. Grâce à lui, tout se justifie. Il est même caractérisé par un gag sonore hilarant, qui non seulement est inédit au cinéma, mais qui en plus a une fonction diégétique très importante puisque cela va lui permettre de résoudre son enquête.

Hélas, le contrat n’est rempli qu’à moitié. Car passés les deux premiers numéros musicaux (il y a quatre mouvements comme dans le court-métrage), on est très vite déçu par la tournure des événements. D’une part les deux derniers morceaux manquent cruellement d’inventivité, d’autre part le récit patine et s’achève dans une sorte de happy end aussi naïf qu’ennuyeux. Et puis surtout, ce qui dérange, c’est que la ville censée être le terrain de jeu de ces musiciens déjantés est en réalité très peu exploitée et se résume à un hôpital, une banque, un auditorium et une centrale électrique. C’est peu. En voulant transformer une ritournelle sympathique en symphonie, les auteurs se sont un peu perdus et ont finalement dilué la fraîcheur et l’originalité de départ. Cela ne doit pas vous empêcher d’aller jeter un œil curieux sur cet ofni qui change de l’ordinaire cinématographique. Bien au contraire.

 

Au cinéma le 29 décembre 2010

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16 décembre 2010 4 16 /12 /décembre /2010 17:09

 

L'amour nous mène en bateau

 

Un couple s’éteint, un autre s’éveille. Philip Seymour Hoffman filme avec délicatesse cette symétrie amoureuse. Joli coup d’essai.

 

Le pitch: Jack est un chauffeur de limousine attachant et socialement un peu inadapté. Il passe le plus clair de son temps avec son ami Clyde et sa femme Lucy. Grace à eux, il rencontre la fragile et maladroite Connie et en tombe amoureux. Afin de la séduire, Jack apprend à cuisiner avec ténacité, se prend à rêver d’une nouvelle carrière et va même jusqu’à apprendre à nager. Jack veut absolument tenir la promesse qu’il a faite à Connie lors de leur rencontre : une ballade en bateau à Central Park ! Mais alors que le couple de Jack et Connie tente de dépasser leurs inhibitions sans renoncer à leur idéal, celui de Clyde et Lucy commence, lui, à s’effriter...

  

Mon avis: A bien des égards, la première réalisation de l’excellent acteur Philip Seymour Hoffman peut aisément, et paresseusement, se ranger dans la catégorie « comédie romantique indépendante ». Cette antichambre d’Hollywood regorge de personnages décalés, déphasés voire asociaux, qui cherchent l’amour et le trouvent chez un partenaire soit aussi barré, soit assez sain pour équilibrer la balance. Assurément, Jack et Connie font partie de ces personnages tout comme ceux de "Punch drunk love", film magistral du cinéaste fétiche d’Hoffman, Paul Thomas Anderson, sans doute l’une des œuvres les plus accomplies dans ce genre à part entière. Si "Rendez-vous l’été prochain" (malheureux et insipide titre français pour "Jack goes boating") n’a pas la puissance formelle de son glorieux modèle, il en a tout de même la saveur corsée.

En filmant l’histoire de ces deux couples, l’un naissant, l’autre sur le déclin, Hoffman a su parfaitement saisir et détailler ce que l’on appelle communément l’ironie du sort, à savoir une situation à la fois initiée et subie par les protagonistes, qui n’a rien à voir avec la destin mais dont les racines se situent plutôt du côté de l’inconscient. Au début du film, il ne fait aucun doute que le rapport entre Jack et le couple Clyde/Lucy est d’ordre filial, malgré le fait qu’ils soient tous quadragénaires. Ils veillent sur Jack comme sur leur enfant qu’ils n’ont pas, veulent le caser avec Connie, lui apprennent à nager, faire les courses, l’inscrivent à un cours de cuisine, etc. En revanche, la nature de cet investissement est beaucoup moins claire et sert surtout, inconsciemment donc, à éluder leurs problèmes de couple. Mais petit à petit le film va renverser de manière symétrique ce rapport complexe. L’explosion hystérique et adolescente de Clyde et Lucy contraste ainsi avec la fraîche idylle de Jack et Connie, synonyme d’accession à la maturité. Ironie teintée d’amertume. Pour autant, si Hoffman oppose effectivement au sein même de son film les codes de la comédie romantique et ceux du drame sentimental, la frontière reste poreuse et permet un magnifique mélange des sentiments exprimés à l’écran et ressentis par le spectateur. Après tout, le couple Jack/Connie naît des cendres du couple Clyde/Lucy, ce dernier étant le seul modèle référentiel à disposition de Jack. Ironique, encore une fois, mais surtout chargé de menaces futures.

De ses sentiments contradictoires se dégage un malaise parfois prenant qui culmine vers la fin dans une scène de dîner mémorable où toutes les tensions explosent. Un moment de bravoure dont la longueur et les enchaînements viennent nous rappeler que le film est l’adaptation d’une pièce de théâtre montée par la troupe d’Hoffman. Il était donc en terrain connu pour sa première réalisation ce qui dénote, non pas un manque d’ambition, mais plutôt un désir de se faire la main avec modestie. Car si c’est effectivement du tout cuit, c’est loin d’être du réchauffé. La douceur, parfois la grâce, et l’amplitude de la mise en scène, aidée par une musique indé aérienne (Grizzly Bear en tête), laissent en effet augurer de bien belles choses pour la suite.

 

Au cinéma le 29 décembre 2010

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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 13:22

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Beat 'em up!

 

Un film générationnel et musical délirant signé par l’excellent auteur de Shaun of the dead. Sauvez Edgar Wright, allez voir Scott Pilgrim!

 

Le pitch: Scott Pilgrim n’a jamais eu de problème à trouver une petite amie, mais s’en débarrasser s’avère plus compliqué. Entre celle qui lui a brisé le cœur - et qui est de retour en ville - et l’adolescente qui lui sert de distraction au moment où Ramona entre dans sa vie - en rollers - l’amour n’a jamais été chose facile. Il va cependant vite réaliser que le nouvel objet de son affection traîne les plus singulières casseroles jamais rencontrées : une infâme ligue d’ex qui contrôlent sa vie amoureuse et sont prêts à tout pour éliminer son nouveau prétendant. À mesure que Scott se rapproche de Ramona, il est confronté à une palette grandissante d’individus patibulaires qui peuplent le passé de sa dulcinée : du mesquin skateur à la rock star végétarienne en passant par une affreuse paire de jumeaux. Et s’il espère séduire l’amour de sa vie, il doit triompher de chacun d’eux avant que la partie soit bel et bien « over ».

 

Mon avis: Autant l’avouer d’emblée : nous ne connaissions pas du tout l’œuvre BD du canadien Bryan Lee O’Malley. Cette série en six tomes, dont le film est un condensé, est pourtant l’un des plus grands succès de roman graphique de ces dernières années. L’adaptation ciné en découle tout naturellement et les producteurs s’attendaient à faire un carton au box office américain, d’autant que le buzz fut savamment entretenu pendant des mois sur le net, avant la sortie estivale du film. Malheureusement les pauvres n’ont même pas passé le premier level, ce fut game over dès le début. Un bide monumental qui risque de sérieusement plomber la carrière du réalisateur Edgar Wright, auteur des hilarants Shaun of the dead et Hot fuzz. Le plus étonnant dans cette affaire, c’est que le film est très réussi. Après avoir lu les premiers tomes, et au risque de choquer les fans, nous irons même plus loin en affirmant que ce long-métrage nous a beaucoup plus séduit que la BD originale.

A cela deux raisons majeures. La première concerne l’adaptation en tant que telle, à la fois fidèle et décalée par rapport à l’œuvre d’O’Malley. Si les dialogues sont effectivement quasiment les mêmes au mot près, le ton, lui, est légèrement différent. On sent que Wright a injecté des échantillons de son univers dans celui du canadien. Une touche personnelle qui s’apparente à une sorte d’idiotie régressive mais terriblement maligne. Comme ses précédents films, Scott Pilgrim est un film idiot qui ne prend pas les spectateurs pour des idiots. Mine de rien, c’est une nuance d’une grande importance. De même, là où la BD entretenait une atmosphère légèrement neurasthénique sur les bords, en partie grâce au noir et blanc, le film se vautre avec bonheur dans une ambiance délirante et bariolée avec des personnages secondaires hauts en couleurs. Au lieu de contaminer le film, la mélancolie initiale s’est juste concentrée sur le visage de Michael Cera, définitivement passé maître dans l’art de l’inexpressive éloquence. Wright se démarque aussi dans son utilisation des références. Elles restent dans l’esprit de la BD mais semblent plus nombreuses et donnent à l’ensemble un côté geek plus prononcé et plus drôle (la musique de Zelda, les incrustations de jeux vidéo, l’hommage désopilant à la série Seinfeld...). Quant aux combats, qui faisaient la grande originalité des planches d’O’Malley, ils sont très jouissifs et évoquent bien sûr les jeux Street fighter, Mortal kombat, Dragon Ball mais aussi Guitar hero (plutôt Bass hero en l’occurrence). Encore une fois c’est très crétin mais c’est malin. On regrettera juste un léger essoufflement dû au phénomène de répétition dans la dernière demi-heure, seul bémol d’une mise en scène par ailleurs très efficace, qui s’amuse souvent à transporter les personnages d’un lieu à un autre sans changer de plan. Le tout revêt un aspect ludique indéniable.

Deuxième raison de sauver Edgar Wright et d’aller voir son film : la musique. Pour le coup, pas de comparaison possible car, même si elle était présente sous diverses formes dans la BD (le magasin de disques, les tablatures pour jouer les morceaux du groupe et le nom des deux potes de Pilgrim, Stephen Stills et le young Neil !), la différence ici est évidente puisqu’on peut l’entendre et qu’elle apporte un relief savoureux. Il faut dire que cette bande originale a été confiée à des artistes hautement qualifiés. Jugez plutôt : Nigel « Radiohead » Godrich, Kevin Drew de l’excellent groupe Broken Social Scene, les joyeux lurons Gaz Coombes et Danny Goffey de Supergrass, entre autres. Dès les premiers vrombissements de basse du générique, nous sommes scotchés au siège, dodelinant de la tête comme des idiots... avec un sourire malicieux. Scott Pilgrim est un film qui s’écoute fort.
Finalement, l’échec commercial du film s’explique sans doute par le fait qu’il ne s’adresse qu’à une génération, celle des jeunes trentenaires (accessoirement celle de l’auteur de ces lignes comme vous l’aurez compris). Autrement dit si les mots Atari, Duck Hunt, Ryu et Kramer ne vous disent rien et si le rock indé vous dépasse, vous ferez sans doute partie du Monde contre Scott Pilgrim. Les autres, rejoignez nous !

 

 

"Scott Pilgrim Vs. the World" de Edgar Wright, avec Michael Cera, sortie le 1er décembre 2010.

 

Illustration: PADLS

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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 16:34

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The wrestler

 

L’heure de la retraite n’a pas encore sonné pour Depardieu. Delépine et Kervern lui offrent une seconde jeunesse bien méritée dans ce Mammuth dégraissé, touchant et férocement drôle.

 

Le pitch: Serge Pilardosse vient d’avoir 60 ans. Il travaille depuis l’âge de 16 ans, jamais au chômage, jamais malade. Mais l’heure de la retraite a sonné, et c’est la désillusion : il lui manque des points, certains employeurs ayant oublié de le déclarer ! Poussé par Catherine, sa femme, il enfourche sa vieille moto des années 70, une " Mammut " qui lui vaut son surnom, et part à la recherche de ses bulletins de salaires. Durant son périple, il retrouve son passé et sa quête de documents administratifs devient bientôt accessoire...

 

 Mon avis: Benoît Delépine et Gustave Kervern ont de l’esprit, du bon et du joyeusement mauvais. Faire un film intitulé Mammuth avec en vedette l’un des derniers dinosaures du cinéma français en est une preuve réjouissante. Si nos deux frères grolandais délaissent quelque peu leurs velléités anarchistes, sans toutefois renier leur attachement à des figures marginales de notre société, c’est avant tout dans un but purement cinéphilique : déclarer leur flamme à notre Gégé national. Un peu à la manière de Darren Aronofsky pour Mickey Rourke, les deux cinéastes filment sans pudeur la vieille carcasse d’Obélix et l’on assiste, grâce à ce nouveau regard, à la renaissance pure et simple de l’acteur le plus doué de sa génération. Il y a d’ailleurs quelques similitudes entre le fraîchement retraité Serge Pilardosse et le catcheur tragique américain. Dès le début du film, la chevelure blonde peroxydée de Depardieu est retenue par une charlotte hygiénique, comme celle de Rourke dans The wrestler. Les deux hommes travaillent dans l’alimentation et le vestiaire de l’entreprise d’équarrissage de porcs de Pilardosse pourrait très bien être celui d’une salle de catch de province. Mais surtout ce sont deux hommes fatigués, usés par la vie, replongeant dans leur passé pour fuir une retraite dont ils ne savent que faire.

 

Cependant, la grande différence entre Rourke et Depardieu, c’est que le second, contrairement au premier, n’avait pas disparu de la circulation. Il était simplement sous-employé, cantonné à des apparitions clins d’œil plus ou moins réussis, servant de caution artistique chez ses potes cinéastes, Chabrol mis à part. Cette présence fantomatique est peut-être plus grave que le fait de ne pas tourner car elle développe une sorte de caricature de l’acteur à laquelle le public finit par s’habituer, avec ce sous-entendu terrible : « il ne nous apportera plus que ce genre de choses ». L’objectif des deux auteurs est de briser cet état de fait. A l’instar de leur personnage, ils remontent le temps pour offrir au grand Gérard une seconde jeunesse. Ils partent de la caricature symbolique peu flatteuse qui associe l’acteur à la figure porcine en sachant bien que le comportement « rustique » et les prestations télévisuelles avinées de l’acteur font partie de l’inconscient collectif. Cette image vole ensuite en éclats pour nous prouver que, oui, Depardieu a encore beaucoup de choses à nous apporter. Son interprétation de ce personnage qui s’ouvre sur le monde, naïf sans être idiot et ayant gardé une part enfantine salutaire, est tout bonnement magistrale. Il honore un rôle en or, celui d’un homme inadapté à son environnement, que le travail a peu à peu déconnecté du monde, et qui refait enfin ses premiers pas avec la maladresse touchante d’un « mammouth » dans un magasin de porcelaine.



 

Ce titre est également symptomatique de l’évolution du duo Delépine/Kervern qui, après le carton de Louise-Michel et le succès de ce quatrième long-métrage, s’affirme de plus en plus comme une alternative de choix face aux poids lourds sans génie de la comédie française, celle-là même dans laquelle Depardieu s’est souvent vautré. Et cela sans vendre leurs âmes au diable mais en restant fidèles à une exigence artistique en accord avec leur soif de liberté. Certes le schéma n’a pas changé depuis Aaltra, celui d’un road movie picaresque dans lequel les figures défilent le temps d’une scène (d’où l’imposant casting) pour au final créer un tableau ou patchwork surréaliste mais politisé de notre société. Peu importe. Tant qu’ils auront ce savoir-faire efficace, cet humour corrosif nécessaire, cette sensibilité et cette tendresse humaine, qui se nichent parfois dans le détail et l’anodin, alors, aussi étonnant que cela puise paraître à certains, les salles continueront de se remplir. C’est tout le mal qu’on leur souhaite.

 

"Mammuth" de B.Delépine et G. Kervern, avec G.Depardieu et Yolande Moreau, en DVD et Blu-ray depuis début novembre.

 

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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 12:21

Memory Lane

 

 

Ciel éther

 

Malgré quelques défauts, Memory Lane est une jolie bulle de nostalgie empreinte de douceur et d’amertume. Un premier film intéressant.

 

Le pitch: Août, Hauts de Seine, dans la banlieue Sud-Ouest de Paris, sept amis de 25 ans se retrouvent plus ou moins "fortuitement" à passer quelques jours dans cette ville qui les a vus grandir. Chacun a ses raisons d’être là : certains y vivent encore, d’autres y reviennent pour des raisons familiales, d’autres y cherchent des traces d’une adolescence tenace, d’autres pensent peut-être échapper au désoeuvrement ou y trouver l’amour...



Mon avis: On ressort de la projection du premier long-métrage de Mikhaël Hers comme on sort d’un doux rêve languide : l’esprit brumeux et engourdi, tentant désespérément de recoller les morceaux d’un récit qui nous échappe inexorablement, à mesure que l’on réintègre la réalité. Memory Lane a la douceur et la légèreté d’un nuage élégiaque dont les vapeurs cotonneuses nous délivreraient l’ivresse mélancolique, le nectar nostalgique des regrets éternels.


Le jeune réalisateur a choisi fort judicieusement d’épouser le rythme si particulier du mois d’août, cette période de l’année paradoxale, où le temps s’étire à l’infini malgré la menace permanente et obsédante de la rentrée qui signera la fin de la vacance du corps et de l’esprit, pour se fixer à nouveau sur le quotidien des onze prochains mois. Le fait d’enfermer ces personnages dans cette bulle intemporelle, bien que résolument tournée vers le passé, est le résultat d’un questionnement pertinent sur l’œuvre du temps qui passe. Les protagonistes vivent comme des fantômes prisonniers de l’illusion d’un passé fantasmé (l’un d’eux vit dans son ancien collège), un sentiment accentué par le jeu parfois maladroit et gêné de certains acteurs. On ressent comme un délicieux malaise à la vision de ces êtres qui soit n’arrivent pas, soit ne veulent pas avancer. Mais le temps les rattrape, la mort aussi, et la menace gronde autour d’eux comme ce vent omniprésent qui vient balayer l’espoir de rester figé à tout jamais. Il faut noter ici la remarquable musique qui ne souligne pas mais accompagne avec sensibilité et délicatesse l’errance de ce groupe d’amis. Elle est signée par le leader (également acteur dans le film) de l’excellent groupe Tahiti Boy and the Palmtree Family.


Alors bien sûr, tout n’est pas parfait, et même si le propos est intemporel, il ne parvient tout de même pas à prétendre à l’universel. Cette banlieue sclérosée dans laquelle les tournantes ne concernent que des parties de ping-pong, revêt une intime importance d’ordre autobiographique pour Mikhaël Hers, ce qui de fait n’évoquera pas grand-chose à bon nombre de spectateurs. Il y a également un côté factice dans cette entreprise (comme l’inutile attaque des skinheads) qui fait perdre de la fraîcheur à l’ensemble et le scénario tricote parfois des ficelles rigides là où l’on aurait préféré qu’il laisse se dérouler le fil délicat d’une pelote de laine mémorielle. Pour autant, ce premier film sort du lot et mérite grandement toute notre attention.



"Memory lane" de Mikhaël Hers, avec Thibaut Vinçon, Dounia Sichov, David Sztanke, sortie le 24 novembre 2010.

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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 11:39

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Retour de flamme

 

Sublime variation sur l’amour impossible, ces Regrets sont à la fois mélancoliques et drôles, brûlants et apaisants. Avec deux acteurs en apesanteur.

  

Le pitch:Mathieu Lievin, 40 ans, architecte parisien, prend la route pour rejoindre la petite ville de son enfance où sa mère vient d’être hospitalisée en urgence. Dans la rue, il croise Maya, son amour de jeunesse, qu’il n’a pas revue depuis quinze années. Accompagnée d’un homme et d’une petite fille, elle ne lui adresse pas la parole. Deux heures plus tard, le téléphone sonne dans la maison familiale : c’est Maya qui l’invite à venir la retrouver chez elle. Il hésite un court instant puis accepte...

 

Mon avis :

Lorsque Mathieu croise par hasard Maya, le grand amour de ses vingt ans, il replonge dans une passion irraisonnée et dévorante qui le consume de manière spectaculaire. Point. C’est une histoire vieille comme le monde, qui tient sur deux lignes, mais dont la profondeur ne sera jamais comblée par les multiples réflexions qu’elle nourrit, tout simplement parce qu’elle tutoie l’inconnu et bouleverse les certitudes circonstancielles fixées tant bien que mal par nos consciences. Cela, Cédric Kahn, l’a parfaitement compris, lui qui a choisi comme personnage un architecte habitué à créer, construire, cadrer et réparer méticuleusement les choses qui l’entourent. Qu’est-ce qui pousse cet homme a basculer dans cette folie ? Les raisons sont multiples. La perte de sa mère le rend orphelin à 40 ans et le confronte de fait à sa propre mortalité ; il retrouve ainsi en Maya une innocence perdue. Mathieu n’est pas le grand architecte qu’il espérait devenir ; elle lui rappelle les folles ambitions qu’il nourrissait. Enfin il n’a pas construit de véritable famille avec sa femme puisqu’ils n’ont pas réussi à avoir d’enfants ; Maya a une fille qu’il s’imagine élever sans peine.
Toutes ces raisons, suggérées et laissées à l’appréciation du spectateur, n’ont finalement que peu d’importance. Ce qui intéresse Kahn, et ce qui nous intéresse, ce sont les conséquences de cette passion et son évolution quasi virale. Quand le désir, qu’il soit d’ordre amoureux ou non, devient une obsession et pulvérise les barrières morales. Plus rien n’a d’importance. Mathieu démissionne du quotidien, arrive en retard, oublie des rendez-vous importants, veut ajouter une fenêtre à un projet immobilier qui n’en supporterait pas la construction. Il sort du cadre et devient littéralement insaisissable. La caméra peine à le suivre dans ses courses effrénées et désespérées pour rejoindre l’être aimé.
Là où certains se seraient vautrés dans le gros mélo qui tâche, Kahn choisit judicieusement de donner à son film des allures de thriller. Quoi de plus naturel de jouer avec le suspense et de créer une atmosphère inquiétante lorsque l’on parle de mystères, même s’il s’agit de ceux des sentiments. Maya, elle-même, dégage une imprévisible étrangeté, renforcée par le fait que notre point de vue est surtout celui de Mathieu. L’envoûtante musique de Philip Glass souligne avec pertinence ce délicieux malaise.
(JPEG) A cela s’ajoute paradoxalement une dimension comique indéniable. Réapprendre à aimer et gérer les aléas de l’adultère en sont les deux principaux ressorts. Les rendez-vous manqués, les chambres d’hôtel (de luxe) réservées, les plans délirants sur la comète ( « Viens, allons vivre à Barcelone, si on part maintenant, on peut y être dans 4 heures ! »), autant de situations cocasses qui rendent ce couple irrésistible. En redécouvrant la séduction, ils retombent ensemble dans une adolescence gauche, touchante et intemporelle. Des jeux d’enfants toutefois menacés par l’omniprésence de l’alliance de Mathieu, minuscule objet qui envahit pourtant l’écran lorsque sa main caresse fiévreusement le corps de Maya.
Valéria Bruni Tedeschi et Yvan Attal nous offrent deux compositions remarquablement justes même dans l’excès, Arly Jover tire le meilleur parti de son « mauvais rôle » de femme trompée et Philippe Katerine est plus qu’à l’aise pour camper cet improbable José Bové alcoolo. Quant au dénouement, sans le révéler bien entendu, disons qu’il prend la sublime forme de pointillés délicats et dangereux. L’élégance discrète du masochisme amoureux.

  Les Regrets

Illustration: PADLS

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