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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 17:41

Htel Woodstock

 

Le champ des possibles

 

Les coulisses de Woodstock. Une odyssée passionnante au coeur de l’un des événements les plus importants du XXe siècle. Peace !

  

Le pitch : 1969. Elliot, décorateur d’intérieur à Greenwich Village, traverse une mauvaise passe et doit retourner vivre chez ses parents, dans le nord de l’État de New York, où il tente de reprendre en mains la gestion de leur motel délabré. Menacé de saisie, le père d’Elliot veut incendier le bâtiment sans même en avoir payé l’assurance alors qu’Elliot se demande encore comment il va enfin pouvoir annoncer qu’il est gay...Alors que la situation est tout simplement catastrophique, il apprend qu’une bourgade voisine refuse finalement d’accueillir un festival de musique hippie. Voyant là une opportunité inespérée, Elliot appelle les producteurs. Trois semaines plus tard, 500 000 personnes envahissent le champ de son voisin et Elliot se retrouve embarqué dans l’aventure qui va changer pour toujours sa vie et celle de toute une génération.

 

Mon avis : Pour fêter les 40 ans de Woodstock, il fallait bien un film en plus des livres, DVD et autres rééditions CD qui fleurissent depuis le début de l’année. La récupération commerciale d’un événement gratuit prônant des valeurs libertaires peut sembler cynique pour certains mais, au final, il se dégage de toutes ces opérations un profond sentiment de respect envers ces trois jours éternels qui marquèrent à la fois l’avènement, l’aboutissement et la fin des idéaux hippies. Pendant trois jours, Woodstock fut le catalyseur de l’énergie du Flower Power avant la terrible gueule de bois des années 70 et le brusque retour aux « réalités ».
Ce long-métrage, adapté des mémoires d’Elliot Tiber et confié aux mains expertes d’Ang Lee, propose une reconstitution minutieuse des coulisses du festival, de l’effervescence des débuts à la mélancolie terminale. Disons-le immédiatement afin d’éviter tout malentendu, le parti pris du film est de se limiter à ces coulisses. Pas d’extrait de concert donc et surtout pas de Jamie Foxx en Jimi Hendrix ou de Philip Seymour Hoffman en Joe Cocker ! Nous n’apercevrons la scène que de très loin et n’entendrons la musique live qu’en sourdine. On peut le regretter mais on peut aussi très bien s’en accommoder car l’enjeu du film est ailleurs. Ce que Lee s’évertue à reproduire, avec un savoir-faire et une efficacité remarquable, c’est le calme avant la tempête, la montée en puissance, l’ébullition enivrante, le chaos acide et finalement la descente neurasthénique qui ont caractérisé l’organisation titanesque de ces concerts historiques. Le titre original, Taking Woodstock (Envahir Woodstock), illustre parfaitement le déroulement des événements. Pour nous faire ressentir cette invasion de plus de 500 000 personnes, le cinéaste utilise des procédés judicieux, notamment quelques plans séquences très réussis qui nous permettent de déambuler dans ce joyeux foutoir, et le fameux split screen, qui émaillait déjà le documentaire mythique Woodstock, et qui ici met en avant les tâches logistiques laborieuses mais plus que nécessaires.

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Faire un film sur Woodstock c’est aussi prendre le risque d’affronter les lieux communs inhérents à la mythologie hippie tels que les partouzes dans la boue, les jeunes abrutis par les drogues, la naïveté béate de l’esprit peace and love, autant de tartes à la crème qu’il faut savoir esquiver afin de traiter le sujet avec pertinence, sans céder à la tentation caricaturale. De ce point de vue, Ang Lee s’en sort très bien et jongle habilement avec les poncifs. Le meilleur exemple reste cette scène admirable du trip expérimental aux acides dans un van, scène initiatique touchante exempte de tout cynisme qui aurait pu facilement basculer dans le grand guignol.
Mais, si le film parvient effectivement à capter le souffle générationnel qui anima un demi-million de personnes, il peine en revanche à représenter l’implosion familiale du personnage principal. Les scènes domestiques sont convenues et frisent parfois inutilement l’hystérie. En revanche l’homosexualité d’Elliot est traitée de manière délicate, sans être soulignée malgré son évidente importance aux yeux du cinéaste. Une importance accrue par le fait que la cause gay ne soit étonnamment pas systématiquement citée lorsque l’on parle des différents tabous brisés par la révolution hippie...

Enfin Lee a l’intelligence de refermer cette parenthèse enchantée par l’évocation du tristement célèbre concert gratuit des Stones à Altamont quelques temps après Woodstock. Bilan : un mort et des millions d’illusions perdues. Mais ça, c’est une autre histoire.

Illustration: PADLS

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25 octobre 2010 1 25 /10 /octobre /2010 14:25

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Tout petit scarabée

 

 

Le pitch: John Lennon a grandi dans une famille pleine de secrets. Elevé par sa tante Mimi, il retrouve à l’adolescence sa mère, Julia. Arrivé en âge de comprendre le mystère qui a déchiré ces deux sœurs, John veut réconcilier sa famille. Une paix fragile s’installe, aussitôt ruinée par une tragédie. Mais sa mère a légué à John un don précieux : la musique. Un jeune homme tourmenté trouve enfin sa voie.

 

Mon avis: Oui, John Lennon est un des musiciens les plus importants du 20ème siècle. Oui, John Lennon est une icône pop indéniable qui appartient à tout le monde. Oui, son assassinat fut une véritable tragédie. Mais, malgré ces affirmations, on s’interroge tout de même sur le degré de pertinence du film de la réalisatrice Sam Taylor-Wood, exactement comme l’on s’interrogeait, l’année dernière, sur la légitimité du documentaire Les USA contre John Lennon et du (mauvais) film sur Mark David Chapman, Chapitre 27. Franchement, quel est l’intérêt de faire un film sur la jeunesse de l’auteur d’Imagine ? Certes le petit scarabée a subi des tourments familiaux profondément marquants et traumatisants, dont il a nourri certaines de ses chansons par la suite. Mais de là à les mettre en scène, avec autant de fadeur et de pathos qui plus est...

La reconstitution de l’intime a toujours été le talon d’Achille de certains biopics. Ce sont en général de mauvais moments à passer, souvent mal maîtrisés, qui bouchent les trous entre deux épisodes ou légendes célèbres du personnage historique dont il est question. Ici, il n’y a quasiment que de l’intime, traité avec une banalité consternante. Autant lire la bio de Lennon sur Wikipédia ! Le problème est que la cinéaste n’a pas assez fantasmé son sujet (mais en avait-elle seulement les moyens ?) et se contente d’égrener les faits en plaçant ici ou là quelques clins d’œil paresseux sur le futur Beatles. Quitte à faire un film sur Lennon, autant partir dans un délire créatif qui bouscule et interroge le personnage ou tout du moins la ou les représentations que nous en avons. Nous aurions sans doute plus adhéré à l’originalité d’un film qui aurait osé, par exemple, imaginer la vie de Lennon s’il n’était pas mort à 40 ans, qu’à cette œuvre frustrante qui ne prend aucun risque. Désolé mais après le foisonnant I’m not there de Todd Haynes sur Bob Dylan, il n’est tout simplement plus possible de faire un film comme Nowhere boy. Le respect ne devrait jamais diluer l’audace.

 

"Nowhere boy" de Sam Taylor-Wood, avec Aaron Johnson et Kristin Scott-Thomas, sortie le 8 décembre 2010.

 

Illustration: PADLS

 

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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 16:56

 

A contre-temps

 

Le batteur Jack Irons vient de sortir son deuxième album solo, « No heads are better than one », et ce n’est pas du tout pour cette raison que je veux vous parler de lui. Non pas que l’album soit mauvais, mais ça reste un album solo de batteur de rock, qui plus est teinté d’une couleur indo/post-hippie/jazz légèrement surannée. Si j’évoque ce personnage plutôt méconnu du grand public c’est parce qu’il fait partie de la longue liste des musiciens maudits du rock’n’roll. Oh certes rien de comparable avec les multiples destins brisés qui émaillent la légende: pas d’overdose, ni de suffocations vomitives, ni de brasse coulée en Doc Marten’s et encore moins de suicide. Non Jack Irons est bel et bien vivant, sain de corps et…ah voilà le souci, pas très sain d’esprit. Mais reprenons depuis le début.

 

L’une des particularités du bonhomme est d’être l’un des membres fondateurs des Red Hot Chili Peppers alors qu’il n’a joué avec eux que sur leur troisième album, « The Uplift Mofo Party Plan », et sur un bout du maxi « Abbey Road » (celui où ils traversent les clous avec une chaussette sur la « bip »). Pourquoi ? Parce qu’il s’était déjà engagé auprès de son premier groupe, What Is This ?, dans lequel on retrouvait d’ailleurs Flea et Hillel Slovak, le guitariste des Red Hot à partir du deuxième album, « Freaky Styley ». Vous suivez ? Non, c’est pas grave. Une fois assis derrière les fûts des sautillants californiens, c’est le drame. Hillel Slovak meurt d’une overdose d’héroïne après une tournée européenne. Dès lors, pas question pour Irons de rester dans le groupe qui a vu mourir son ami d’enfance. Il quitte les Red Hot, rejoint d’anciens amis dans Eleven, fricote avec Joe Strummer … et voit Anthony Kiedis et consorts enchaîner « Mother’s Milk » et « Blood Sugar Sex Magic » avec le succès planétaire que l’on sait. Pas de chance. Mais ce n’est pas le plus triste. Le problème c’est qu’il ne se remettra jamais de la mort de son pote et va développer des troubles bipolaires ainsi qu’une dépression carabinée qui, selon ses dires, l’empêcheraient toujours de vivre normalement aujourd’hui.

 

 

Bien qu’il ait raté le coche avec les RHCP, l’heure de gloire de Jack Irons arrivera tout de même au milieu des 90’s, lorsqu’il devient batteur de Pearl Jam dont il était proche de certains membres depuis le milieu des années 80. A l’époque où PJ cherchait un chanteur, ils avaient d’ailleurs fait appel à lui pour le poste. Il déclina l’offre mais leur conseilla d’embaucher un jeune pompiste qui écumait les rades pourris avec des chansons déchirantes, un certain Eddie Vedder. Irons débarque dans le gang de Seattle lors de l’enregistrement de « Vitalogy », disque funèbre obsédé par la mort, dont le livret s’apparente à un vade mecum sur les défaillances organiques de l’être humain. Pas étonnant, nous sommes en 1994 et qui- vous-savez vient de repeindre son plafond avec sa cervelle. Jack arrive à la fin de l’enregistrement de ce disque essentiel et ne figure que sur le dernier morceau qui, comme par hasard, s’avère être le plus étrange du groupe - « Bugs » mis à part - à l’instar de son titre, « Hey Foxymophandlemama, That’s Me », rebaptisé « Stupidmop » sur l’édition cassette par manque de place(!). Ce morceau est une jam hypnotique de près de 8 minutes sur laquel sont collés des inserts audio de dialogues obscures et flippants dominés par une voix d’enfant. La batterie surgit au bout de 3 minutes et se lance dans un jazz tribal qui cristallise le style d’Irons : une frappe à la fois souple et sèche, légère et puissante, tel un Keith Moon, sans l’exubérance ni la drogue pour chevaux.

 

 

Il enchaîne ensuite en 95 par un album crucial, « Mirrorball » (album qui donne son titre à ce blog), enregistré avec Neil Young et Pearl Jam (sans Vedder ou presque) en seulement 4 jours. Ce disque est un monument intemporel sculpté dans une boue sonique empreinte de radiations nucléaires, consolidé par du fil barbelé électrique et érigé sur les cendres fumantes du grunge. La pierre tombale du mouvement de Seattle, comme l’était « Impitoyable » de Clint Eastwood pour le western. L’épaisseur et la profondeur sonore (3 guitares quand même) enveloppent l’auditeur et l’entraînent dans des contrées désolées, des paysages décharnés au milieu desquels gisent des cadavres d’indiens que piétinent les sabots furieux d’un pur sang dompté par l’ivresse rageuse du cow-boy Marlboro tandis qu’un troupeau de bisons déchire les cieux ocres du crépuscule. Ou un truc dans le genre… Et qui tient la baraque ? Jack Irons bien sûr. Avec la métronomie (oui ce mot n’existe pas mais Nino Ferrer l’a inventé) d’un machiniste, il cravache comme un fou pour éviter l’embrasement de la locomotive, réussissant à faire scintiller chaque coup de cymbale à la surface de cet…mais regardez-moi, je m’égare encore à l’évocation de ce chef-d’œuvre! Il est temps d’en finir.

 

L’état de grâce se prolongera sur l’album suivant de Pearl Jam, « No Code », disque libre comme son nom l’indique et dont les passages les plus originaux sont le fruit de la créativité, et sans doute du léger déséquilibre mental, de Jacko. Un dernier tour de piste ensuite avec « Yield » qui permet à PJ de renouer avec le succès, et donc à Irons de replonger dans la déprime. Il jette l’éponge lors de la tournée, victime de troubles du comportement trop prononcés et incompatibles avec le marathon imposé. Il est remplacé par le batteur de feu Soundgarden, qui l’avait déjà remplacé quand il quitta Eleven. Il se repose pendant plusieurs années avant de sortir en 2004 son premier album solo, « Attention Dimension », un trip aquatique intéressant mais beaucoup trop long (oui il scotche sur l’eau, ne me demandez pas pourquoi), dans lequel il convoque l’esprit de Syd Barrett lors d’une reprise de « Shine On You Crazy Diamond » du Floyd. Cet hommage est tout sauf anodin, les deux hommes ayant en commun une particularité assez rare, celle d’avoir quitté le milieu du rock’n’roll sans mourir. L’on se pose alors pour lui cette question vertigineuse : si le rock’n’roll est en marge de la société, que deviennent les marginaux et les laissés-pour-compte du rock’n’roll ?

 

 

Voici un morceau du dernier album de Jack Irons. Il est dispo sur Deezer également.

 

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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 15:39

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Six feet under

 

Cauchemar ultime, Buried est un film d’action dans un cercueil en bois doublé d’une métaphore sur la solitude paradoxale de l’être humain moderne. Avec un grand Ryan Reynolds.

 

Le pitch: Ouvrez les yeux. Vous êtes dans un espace clos, sous 1 tonne de terre irakienne avec 90 minutes d’oxygène et pour seule connexion vers l’extérieur un téléphone portable à moitié rechargé. Tel est le destin de Paul, entrepreneur Américain pris en otage et enfermé dans une boîte. Le temps file et chaque seconde qui passe le rapproche d’une morte certaine...

 

Mon avis: Il s’agit sans doute, même pour les non claustrophobes, du pire cauchemar que l’on puisse imaginer : être enterré vivant. Cette situation insoutenable a rarement été développée au cinéma sauf, bien entendu, dans Kill Bill vol.2 avec cette fameuse scène où Uma Thurman doit s’extirper d’un vieux cercueil en bois, cercueil qui ressemble par ailleurs beaucoup à celui de Ryan Reynolds. Il y a fort à parier que le doué Rodrigo Cortés a pris comme point de départ pour son histoire ce tour de force tarantinesque. Sauf qu’il en fait tout un film avec, comme règle principale, celle de ne jamais remonter à la surface. Nous sommes donc enfermés avec Reynolds pendant 90 minutes, quasiment en temps réel (quelques fondus viennent semer le doute) avec ce sentiment d’assister à une expérience cinématographique inédite. Nous insistons sur le terme « cinématographique » car il convient de souligner, à l’heure du home cinéma et du piratage, que Buried est l’un des rares films, hors 3D, dont la vision nécessite vraiment d’être dans une salle de cinéma pour l’apprécier à sa juste valeur. Nous avions déjà pu le constater pour la scène d’Uma Thurman précédemment citée, elle était beaucoup moins impressionnante dans notre salon qu’au cinoche puisque les conditions d’ « enfermement » ne sont tout simplement pas les mêmes. Le silence d’une salle de cinéma, le noir total et la configuration de l’écran sont des atouts majeurs difficiles à recréer chez soi... et c’est tant mieux. Néanmoins, notre principale interrogation avant de voir le film était la suivante : comment Cortés allait-il bien pouvoir nous tenir en haleine dans cette boîte pendant 1h30 ?

 

Aussi étonnant que cela puisse paraître, Buried est un film d’action, à échelle réduite certes, mais un film d’action quand même, avec sa dose de suspense et de rebondissements, et dont les principaux éléments sont un crayon, un briquet et un téléphone portable. Chaque mouvement du héros est un calvaire, chacune de ses respirations nous brûle la gorge et chaque coup de fil nous tient en haleine. Malheureusement pour lui, mais heureusement pour nous, on ne voit donc pas le temps passer et c’est une réelle prouesse, aussi bien scénaristique que technique. Le travail sur l’éclairage et surtout sur le son est absolument remarquable. La musique, fortement inspirée des œuvres de Bernard Hermann, est d’une efficacité redoutable. Le générique est d’ailleurs hitchcockien en diable.
Mais le film ne se résume pas simplement à l’équation minimum d’effets = maximum d’efficacité. Il se double également d’une légère mais pertinente réflexion sur la solitude, l’incompréhension et l’incapacité de l’être humain à communiquer malgré l’emploi d’outils technologiques censés le relier à ses congénères. Le personnage de Reynolds a beau être enterré dans le fin fond d’un désert irakien, il peut tout de même joindre par portable plusieurs administrations américaines. Mais ce n’est pas pour autant qu’il parvient à se faire comprendre pour obtenir de l’aide. Cruel cynisme kafkaïen, parfois un peu trop appuyé peut-être, mais terriblement savoureux. Demander à une personne en danger de mort son numéro de sécurité sociale en est un bon exemple. Certains creuseront sans doute plus profond (ha ha ha) en voyant dans cette histoire une parabole sur les méfaits du téléphone portable à l’encontre de notre société. Pourquoi pas ?

 

Au final, malgré quelques broutilles superflues (ralentis et flashbacks sonores), Buried est une grande réussite qui doit aussi beaucoup à son unique interprète. Voué à une carrière hollywoodienne de seconde zone, Ryan Reynolds prouve qu’il sait faire des choix intéressants et qu’il les assume avec beaucoup de talent. La naissance d’un grand acteur à suivre ? Peut-être. En tous cas, ce film ne sera pas son tombeau.

 

"Buried" de Rodrigo Cortés, avec Ryan Reynolds, sortie le 3 novembre 2010

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24 septembre 2010 5 24 /09 /septembre /2010 15:34

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Captivant

 

Le Pitch: Carole est membre d’une équipe humanitaire dont la mission dans les Balkans touche à sa fin. Sur le chemin du retour, elle et ses deux co-équipiers sont brutalement attaqués et enlevés par des criminels aux motivations inconnues. Qui sont ces ravisseurs ? Que veulent-ils vraiment ? La vérité va se révéler terrifiante...

 

Mon avis: Attention, âmes sensibles au genre horrifique, ne vous abstenez surtout pas car voici un petit bijou de « film de genre », à la française s’il vous plaît, ce qui n’arrive pas tous les jours vous en conviendrez. Chose encore plus étonnante, ce premier film de Yann Gozlan nous séduit sans être pourtant un sommet d’originalité. C’est même on ne peut plus classique, que ce soit dans la forme, les effets, les dialogues, et bien entendu les références. Tout ou presque a déjà été vu mais tout ou presque est réussi grâce à une mise en scène sobrement stylisée qui génère une véritable angoisse, un travail sur le son admirable et des interprètes convaincants, ce qui est souvent le problème majeur de ce type de production dans notre Hexagone. Franchement, qui aurait misé sur Arié Elmaleh dans un film d’horreur premier degré ? Et pourtant il est parfait, tout comme Eric Savin, sorte de Tabarly naufragé de la vie. Mais c’est Zoé Félix qui nous bluffe le plus. Le film épousant quasi uniquement son point de vue, elle se devait de le porter avec conviction, ce qu’elle fait avec l’aplomb, la puissance athlétique et le débardeur d’une Sigourney Weaver qui pour une fois ne voudrait pas qu’on lui enlève ce qu’elle a dans le ventre... Bref c’est une véritable héroïne à l’ancienne.


A l’ancienne, comme cette manière de jouer sur nos peurs les plus primitives : la peur de l’étranger (les méchants des Balkans), la peur des légendes urbaines (le trafic d’organes), la peur des animaux (les chiens) et... la peur de mourir. A l’ancienne, comme ce recours aux effets simples mais terriblement efficaces dont l’exemple le plus probant est sans doute le gimmick de la sonnerie du téléphone qui sonne justement le glas des prisonniers. Cette humilité et cette simplicité sont les atouts majeurs de Gozlan, avec sa cinéphilie. Nous évoquions Sigourney Weaver pour la saga Alien (la petite fille muette fait d’ailleurs penser à la Newt de l’opus 2), mais il y a énormément de références distillées avec une précision chirurgicale (c’est le cas de le dire !). Des références qui nourrissent, font vivre et développent le film au lieu de l’étouffer dans son cocon sclérosé. On peut citer pêle-mêle Hitchcock avec le champ de tournesol de La mort aux trousses et dont les oiseaux ont été remplacés par des chiens lors d’une scène phobique éprouvante, l’ « œil » de Kubrick et/ou de Bunuel, Les yeux sans visage de Franju, l’obèse marâtre de Misery, Hostel, Calvaire etc...

 

Voilà donc une indéniable réussite qui, malgré un scénario effectivement très mince, possède tout de même une certaine profondeur, si ce n’est philosophique du moins esthétique, dans ses analogies entre humanité et animalité. Du relief, du suspense, de l’angoisse, du sang, de bons acteurs, des références, c’est tout ce que l’on demande à un film d’horreur et c’est ce que l’on a dans Captifs. Un cinéaste prometteur est peut-être né.

 

"Captifs" de Yann Gozlan, avec Zoé Félix, Eric Savin et Arié Elmaleh, sortie le 6 octobre

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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 20:30

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Soyez sympas, bandez!

  

Une sortie directe en DVD pour cette comédie pourtant très réussie, réalisée par l'auteur de "Clerks" avant le navrant "Top Cops" qui lui, Bruce Willis oblige, a eu les faveurs de nos salles obscures.

 

Il fallait bien que cela arrive un jour, à force de parler tout le temps de cul et de faire des blagues graveleuses mais hilarantes dans ses films ou productions, Judd Apatow a enfin décidé de faire pénétrer ses personnages dans le monde du porno. Mais...attendez une minute. Point d’Apatow à la réalisation ni à la production et encore moins au scénario de cette comédie. Pourtant, Seth Rogen, l’acteur fétiche du grand manitou, est bien là, accompagné d’Elizabeth Banks, aperçue dans 40 ans, toujours puceau. De fait, la moitié du casting a déjà tourné chez Apatow et lorsque l’on découvre qu’il s’agit du vieux routard en perte de vitesse Kevin Smith aux manettes, on ne peut s’empêcher de flairer un traquenard opportuniste.


Mais, à bien y réfléchir, il s’agit plutôt d’un juste retour des choses. Après tout, ces personnages de geeks paumés, chers au nouveau roi de la comédie américaine, c’est bel et bien Kevin Smith qui en avait définit les contours il y a une quinzaine d’années dans ce génial manifeste de l’oisiveté moderne qu’était Clerks. De ce point de vue là, Smith n’a pas changé. Franchement, n’est-ce pas le fantasme ultime du nerd de base que de penser pouvoir payer ses factures en tournant un porno avec une mini bombe atomique ? Qui plus est, un porno dérivé de Star Wars, qui devient « Star Whores », littéralement « Les putes des étoiles » ! C’est le côté Be kind rewind du film, un aspect ludique indéniable donnant lieu à des scènes et des jeux de mots désopilants. En véritable fan de porno qui se respecte, Smith a aussi eu l’excellente idée de donner un rôle à Traci Lords, actrice culte des films X américains des années 80. L’ami Kevin ne triche pas, on a affaire à un connaisseur ! Les autres seconds rôles sont au diapason et contribuent à l’euphorie générale.

 

Cette sympathique entreprise est menée sur un bon rythme, avec une insolence grivoise, et joue habilement sur le suspense qui nous tient en haleine : les deux personnages principaux vont-ils passer à l’acte et aller jusqu’au bout ? On ne vous dit rien sauf que cela donne une scène d’une grande puissance comique doublée d’un petit côté « fleur bleue » délicat bien plus excitant que n’importe quelle position du Kama-Sutra... Une fois atteint cet orgasme lacrymal stimulé par nos zygomatiques déchaînés, le film débande quelque peu pour finir en missionnaire, cédant à une fin classique de comédie romantique qui s’étire et contredit l’adage selon lequel « plus c’est long, plus c’est bon ». Peu importe, les préliminaires étaient tellement réussis que l’on pardonne volontiers ce léger coup de mou...

 

"Zack et Miri font un porno" de Kevin Smith avec Seth Rogen et Elizabeth Banks, en DVD et Blu-ray le 5 octobre 2010.

 

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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 16:38

 

The kids were alright (Part 2)

 

En 2002, Supergrass prend de la hauteur. Life on other planets est un feu d’artifice pop psychédélique qui tutoie les cieux avec une énergie rock contenue par la grâce et la légèreté de mélodies d’orfèvres, comme lorsque vous tempérez votre café noir avec la candeur délicate d’un nuage de lait. Un disque hédoniste, libéré de toutes considérations commerciales, qui part dans tous les sens en gardant un feeling dévastateur. On s’en doutait depuis le début mais là les choses sont claires : Supergrass possède le swing ou le mojo, appelez ça comme vous voulez, mais ils ont ce truc indescriptible, ce glissement progressif du plaisir qui secoue le corps jusqu’à vous faire benoitement planer comme lors de vos premiers orgasmes solitaires devant Basic instinct. La musique est un instinct basique. Supergrass l’honore avec une rage préhistorique - le stoogien Never done nothing like that before - mais aussi un raffinement futuriste, avec le morceau final Run, dont la beauté stratosphérique aurait très bien pu figurer sur le Space Oddity de Bowie. Malheureusement le climax artistique atteint par le groupe sera inversement proportionnel aux chiffres de vente. Ils ne vont pas pour autant revenir sur le plancher des vaches, aussi maigres soient-elles.

 

Trois ans plus tard, après avoir visité d’autres planètes, la compagnie du Gaz prend la route pour…Rouen ! Si leur précédent album était un chef-d’œuvre irradiant, ce Road to Rouen est un tour de force beaucoup plus sombre. « Commercial suicide », l’expression est lâchée dès le premier morceau. Mais la seule mort qui plane sur le disque est celle de la mère des frères Coombes. Une véritable tragédie qui drape d’un linceul de mélancolie les compositions torturées de ce cinquième opus. La tristesse est tellement palpable dans les arrangements qu’il pleut même des cordes sur St. Petersburg et sur la magnifique Roxy (la maman en question). Quelques sursauts funky par-ci par-là tout de même mais le cœur n’y est pas. Ou plutôt si, mais il est complètement dévasté. Au fur et à mesure que l’on décortique l’ensemble, on se rend compte à quel point Supergrass est doté d’une richesse musicale qui parvient à s’épanouir à la fois dans la joie et dans la douleur. Peut-être même plus dans la douleur. Nul besoin de préciser que Road to Rouen est un échec commercial…

 

Nous finissons donc par ce qui restera, peut-être, comme étant le dernier album du groupe, à savoir Diamond Hoo Ha. Comme son titre l’indique, c’est un disque brillant, dans tous les sens du terme, puisqu’il revisite avec bonheur le glam rock de la fin des années 70. Oui je sais, je schématise, il s’agit surtout d’un hommage à David Bowie et à ses albums Diamond Dogs (tiens tiens) et « Heroes » (la face A bien sûr), c’est-à-dire un glam rock décadent qui sent le souffre. Il faut donc le prendre comme un exercice de style hautement réussi, qui n’hésite pas à ressusciter le son de l’époque. Le travail sur la guitare et surtout le saxophone est particulièrement bluffant de ressemblance avec les originaux. Pour autant, la patte du groupe est bel et bien présente, dans l’énergie et dans la construction alambiquée de certains morceaux, vestiges des expérimentations des deux albums précédents.

 

En 17 ans d’existence, le groupe d’Oxford aura donc tracé une route pleine de détours et d’embardées, ne s’accommodant pas d’une ligne droite menant au succès. Vu la qualité de leurs albums et le potentiel créatif, on ne peut que se lamenter sur leur sort. Toutefois, il me semble que rien n’est perdu. Les années 2000 auront été marquées par de nombreux retours de groupe de rock qui, lorsqu’ils se sont séparés, ne pensaient pas un seul instant à une éventuelle reformation. Si celle-ci demeure d’ordre pécuniaire la plupart du temps, elle pourra peut-être se muer à terme en une sorte de plan de carrière incluant un second départ basé à la fois sur la nostalgie et l’envie de (re)découvrir ces artistes. Il faut en attendant propager la bonne parole en espérant qu’un maximum d’oreilles se roule dans cette herbe délicatement relevée. Parce que c’est de la bonne tout simplement.

 

Voici le clip de St. Petersburg, extait de l'album Road to Rouen, magnifique de sobriété

  

 

  

 

 

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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 17:12

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Jamais sans mon fils

 

Du sous Apatow, avec un duel John C.Reilly/Jonah Hill qui tourne court et s’embourbe dans des considérations psycho-émotionnelles lourdingues. Grosse déception.

 

Le pitch: Sept ans après son divorce, John est toujours célibataire. Il a cessé de croire à l’amour. Cédant à son ex-femme, Jamie, devenue sa meilleure amie, il accepte à contrecœur de les rejoindre, elle et son fiancé, à une fête. A la surprise générale, John y rencontre une femme, la belle et dynamique Molly. Entre eux, c’est le coup de foudre. Pourtant, John va vite découvrir qu’il existe un autre homme dans la vie de Molly : son fils de 21 ans, Cyrus, avec qui elle entretient une relation hors norme. Prêt à tout pour protéger sa mère, le jeune homme n’a pas du tout envie de la partager, et encore moins avec John. C’est le début d’une guerre. Il ne pourra y avoir qu’un seul vainqueur...

 

Mon avis: N’est pas Judd Apatow qui veut. Non content de mettre devant leur caméra pas moins de quatre acteurs vus ou aperçus dans les films du gourou comique américain, les deux frangins Duplass s’échinent en plus à vouloir creuser le sillon d’une nouvelle sorte de comédie dramatique déjà tracé, de manière très prononcée et avec plus ou moins de réussite, par Apatow dans Funny people. Cette opposition entre un quadra qui veut enfin grandir et un jeune homme qui refuse de quitter sa mère avait effectivement le potentiel "mélancomique" des meilleurs œuvres de l’auteur de 40 ans toujours puceau.

Malheureusement c’est raté. Avec leurs velléités réalistes traduites par une caméra parkinsonienne et des zooms sauvages, les Duplass tentent de sonder maladroitement l’intensité des rapports humains soumis aux traitements surréalistes de situations comiques...qui ne le sont pas tant que ça. En fait, ils échouent sur les deux tableaux et laissent le spectateur le cul entre deux chaises. L’humour famélique et la mélancolie grossière de Cyrus ont également troublé les acteurs qui semblent absents parfois, en tous cas bien mal dirigés. Nous attendions une autre performance de la part de John C.Reilly et de Jonah Hill, mais est-ce vraiment de leur faute ? Leur affrontement n’est pas bien exploité et ne monte pas crescendo comme on pouvait l’espérer. A bien y réfléchir, et à tous points de vue, Cyrus est un Greenberg raté. Le récent film de Noah Baumbach bénéficiait en effet d’une puissance comique et dramatique indéniable en plus de l’interprétation inspirée de Ben Stiller. Tout ce que Cyrus n’a pas. Au vu du synopsis et du casting, c’est l’une des grosses déceptions de la rentrée. Mieux vaut se rabattre sur l’excellente comédie de Kevin Smith sous influence Apatow, Zack et Miri font un porno, malheureusement sortie directement en DVD chez nous, et dont je vous parlerai prochainement.

 

Cyrus de Jay et Mark Duplass, avec John C.Reilly, Jonah Hill et Marisa Tomei, sortie le 15 septembre 2010.

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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 17:43

 

The kids were alright (Part 1)

 

Dans l’indifférence quasi générale, le quartet d’Oxford a donc jeté l’éponge, faute de succès et de reconnaissance. Une tournée d’adieux sur le thème « Retour vers le futur » s’est achevée à Paris en juin dernier. Lors de ces ultimes représentations, Supergrass remontait le temps et les albums pour finir par le début, le temps de la gloire et des folles espérances motivées par la fusée Alright, single imparable mais aussi point de départ d’un malentendu incurable.

 

Quand Gaz Coombes et ses deux potes débarquent au milieu des 90’s, le phénomène Brit-Pop est à son apogée avec le duel musical mais surtout médiatique entre Damon Albarn et les frangins Gallagher. The Great Escape de Blur vs. (What’s the story) Morning Glory d’Oasis. Country house vs. Roll with it, avec Pulp et Suede pour arbitrer le tout. C’est dans ce contexte que surgit I Should Coco, premier effort des trois joyeux sales gosses, un disque pop crade dans lequel la sueur de Mick Jagger se mêle à celle de Joe Strummer. Parfum enivrant s’il en est. Les Supergrass jouent vite, très vite, comme des personnages de cartoon défoncés aux amphèts, avec cette urgence que n’ont pas les fers de lance précédemment cités. Alright est sur toutes les radios et toutes les lèvres et devient petit à petit le symbole d’une certaine forme d’insouciance. Il faut dire que le grunge venait de plomber l’ambiance en plus de la cervelle du colonel Kurt. Oui mais voilà : l’hilarant Gaz n’est pas qu’un rigolo et Supergrass a de l’audace en réserve, quitte à perdre des fans en route.

 

Ils sont pourtant nombreux à acheter In it for the money, deuxième album du groupe en 1997. Avec toujours beaucoup d’humour, ils empruntent le titre de leur disque à celui d’un autre gai luron du rock, Franck Zappa, tout en posant déguisés en clodos sur la pochette. La musique, quant à elle, a évolué et s’éloigne des éjaculations sonores du premier opus. Le tempo ralentit quelque peu tandis que les compositions et les arrangements se densifient notamment par la présence de cuivres et surtout par l’arrivée du frère de Gaz aux claviers. Certains morceaux expérimentaux font penser au Floyd barré de Barrett, d’autres flirtent avec un groove funky sans oser passer à l’acte. En tous cas, même maladroitement, Supergrass a su se renouveler et ce malgré le lumineux single Sun hits the sky, petit frère évident d’Alright.

 

Le troisième album marque cependant un léger coup d’arrêt dans la progression artistique du groupe. Même si le groove est là, le disque reste très mainstream. Conscient d’avoir perdu une partie de son auditoire, le groupe a choisi de ne pas lui donner de nom comme pour repartir de zéro. Le résultat est inégal et paradoxal. Car s’il s’agit incontestablement de leur album le plus faible, à cause de morceaux lourds et sans surprise, il n’en demeure pas moins le seul à posséder quatre singles magistraux qui justifient à eux seuls l’achat du disque : Moving, Beautiful People, le stonien en diable Pumping on your stereo et surtout l’extraordinaire Mary avec son sublime refrain noisy pop et ce putain de bordel de clavier Rhodes qui n’en finit pas de s’insinuer dans votre cerveau. Une perfection à s’éclater la tête contre les murs.

Mais le meilleur reste à venir.

 

En attendant, voici le clip de Mary.

  

 

 

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3 septembre 2010 5 03 /09 /septembre /2010 14:25

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En roux libres

 

Road movie/Roux movie qui ne sent pas tant le roussi que ça. Premier long-métrage intéressant mais finalement assez sage de Romain Gavras.

 

Pitch : Patrick et Rémy n’ont ni peuple, ni pays, ni armée : ils sont roux. Ensemble, ils vont combattre le monde et sa morale, dans une quête hallucinée vers l’Irlande et la liberté.

 

Mon avis : Franchement on pouvait craindre le pire. Les dernières productions de Romain Gavras s’étaient, à notre avis, éloignées de l’esprit originel de Kourtrajmé, dont le rejeton du réalisateur de Z est issu. Originalité, absurdité, humour, mise en scène inventive et punchy, avaient permis à ce collectif de définir les contours d’une mythologie réjouissante de la banlieue. Puis vint Stress, le clip de Gavras pour Justice, il y a deux ans. Grosse polémique, les deux membres du groupe semblent dépassés par les événements tandis que le jeune cinéaste se réfugie dans le silence, préférant laisser toutes les interprétations et autres récupérations (par le FN notamment) se propager comme de sales virus. Sans doute inconscient du tort qu’il a pu causer, Gavras s’est surtout fourvoyé dans les clichés d’une autre mythologie, celle du journal de 13h de TF1.

 

Heureusement, rien de tout cela dans ce premier long-métrage, qui dépasse largement les deux premiers essais de son collègue Kim Chapiron, le foutraque Sheitan et le banal Dog pound. L’intelligence de Gavras est d’avoir su déplacer sa caméra dans la région Nord en créant une inquiétante étrangeté sans pour autant jouer sur les fantasmes populaires inhérents à cette région. Comme il le faisait justement pour la banlieue avec Kourtrajmé. Le climat du film est joyeusement malsain, le cinéaste faisant montre d’un humour féroce servi par le cabot Cassel (sosie saisissant de Daniel Emilfork dans la dernière partie) et d’une poésie visuelle désespérée grâce notamment à un sens du cadre épatant. Le délire paranoïaque et gentiment absurde des deux protagonistes relève plus de la maladie mentale que d’une quelconque persécution anti-roux. Ne nous y trompons pas, l’histoire qui nous est contée n’est en aucun cas une parabole sur l’intolérance. Non merci, ce n’est pas le lieu pour cela. C’est avant tout une histoire qui nous dépeint la relation ambigüe entre deux hommes qui finissent par s’envoyer en l’air, mais pas comme on aurait pu l’imaginer. Le tandem Cassel/Barthélémy est remarquable et s’inscrit dans la lignée du duo des Valseuses Depardieu/Dewaere (le personnage de Cassel ne s’appelle pas Patrick pour rien). C’est à se demander si Romain n’est pas plutôt le fils de Bertrand Blier !

 

Un léger bémol vient tout de même gâcher l’affaire. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, et contrairement à ses ambitions revendiquées, Gavras est resté plutôt sage dans sa volonté de bousculer les repères du spectateur. Certes, au fil du métrage, le cinéaste tend vers l’abstraction mais pas assez à notre goût. De la gentille provoc’ et une conduite de récit raisonnable rendent ce premier essai tout à fait fréquentable, loin du foutoir que nous ne souhaitions pas, mais également loin des théories « révolutionnaires » de l’auteur que nous espérions voir illustrées à l’écran. La prochaine fois peut-être ?

 

Notre jour viendra de Romain Gavras, avec Vincent Cassel et Olivier Barthélémy, sortie le 15 septembre 2010. 

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