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1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 14:48
Ray Donovan (Pilote)

Hollywood Babylone

Un spécialiste des litiges les plus compliqués, controversés et confidentiels des familles les plus aisées de Los Angeles, a bien du mal à régler ses problèmes à lui, bien souvent d'ordre familial...

Il faut toujours se méfier des raccourcis et des comparaisons hâtives. La grande tendance concernant la série Ray Donovan est d’en faire un vulgaire pendant masculin de Scandal. Certes, tout comme Olivia Pope l’héroïne de Shonda Rhymes, Donovan est un fixer payé pour régler les problèmes de personnalités influentes tout en gérant tant bien que mal (plutôt mal que bien d’ailleurs) ses fêlures intimes. La ressemblance s’arrête là. D’une part, la liberté artistique n’est pas la même puisque nous sommes sur le câble (Showtime) tandis que Scandal officie sur le network ABC. D’autre part, là où la série de la créatrice de Grey’s Anatomy masque sa superficialité par une débauche d’effets rythmiques (montage syncopé, dialogues speedés), celle d’Ann Biderman (Southland, tout de même) prend son temps pour instaurer un climat étrange propice au développement en profondeur de personnages aux prises avec une histoire familiale intrigante dès le pilote.

Ray Donovan (Pilote)

Ce n’est pas un hasard si Showtime lance la série le soir de l’ultime reprise de Dexter. A l’instar de ce dernier, Donovan fait montre d’une schizophrénie, sinon maladive, du moins comportemental dans son rapport à son job et à sa famille. Au boulot, contrairement à Ray Domenech, Ray Donovan sait se faire respecter par son équipe et fournit un travail aussi impressionnant qu’efficace pour sauver les stars hollywoodiennes de situations désespérées. A la maison, c’est une autre histoire. Difficile pour lui de réparer un mariage qui se brise petit à petit et des frangins cassés, au propre comme au figuré. Sans compter qu’il va devoir composer avec la sortie de prison de son père, personnage violent et fascinant à l’origine des nombreux maux familiaux. L’esthétique et le ton de ce pilote épousent habilement cette schizophrénie en imposant un rythme cynique à la partie boulot et en détaillant avec une mélancolie diffuse la partie domestique. A l’arrivée, on assiste à un curieux mélange entre chronique famille/mafia tendance Parrain et polar bleuté sur les dessous crasseux d’Hollywood tendance L.A. Condifential. Pas étonnant de retrouver Allen Coulter aux commandes de ce pilote, lui qui réalisa de nombreux épisodes des Soprano ainsi qu’un long-métrage intitulé Hollywoodland, fortement inspiré par l’univers de James Ellroy. Il était donc le mieux placé pour poser les bases de cette opposition entre deux facettes génériques que l’on retrouve également dans la musique, quand le hip-hop West Coast « bling-bling » répond aux suaves trompettes jazzy.

Ray Donovan (Pilote)

Située de nos jours, la série excelle à raviver la nostalgie poisseuse du côté obscur de l’usine à rêves, composée d’histoires glauques et tragiques, et dont la figure symbolique est bien sûr Marylin Monroe. C’est elle qui nous fait prendre conscience de l’instabilité de notre héros, prisonnier de sentiments contradictoires dévastateurs à l’égard de sa clientèle, lorsqu’elle apparaît devant lui et lui dit coup sur coup « Baise moi »/ « Sauve moi ». Personnage assuré et monolithique en apparence, Donovan souffre en réalité d’un manque de repères flagrant. Nul doute que l’affrontement prometteur avec son père règlera ses lacunes existentielles. C’est d’autant plus prometteur que Liev Schreiber et Jon Voight sont épatants. Le premier incarne un Ray flegmatique faisant passer ses émotions dans les traits fins et délicats d’un visage pourtant empâté. Le second semble saisir l’occasion de redevenir enfin un immense acteur (Macadam Cowboy, Runaway Train) après n’avoir été que le père d’Angelina Jolie ces dernières années. Le toujours impeccable Eddie Marsan, en frère parkinsonien touchant, complète ce casting trois étoiles.

Ray Donovan (Pilote)

Si la série parvient à maintenir son cap, à respecter son équilibre, à soigner ses différents aspects et si elle ne sombre pas dans le cabotinage stérile et la psychologie de pacotille, alors elle pourrait bien devenir un must estival inespéré. C’est tout le mal qu’on lui souhaite. Pour conclure, et en guise de complément de lecture, je ne saurais trop vous conseiller de vous procurer la récente réédition, aux éditions Tristram, du livre culte du cinéaste underground Kenneth Anger, Hollywood Babylone, dans lequel il retrace les affaires de meurtres et de mœurs qui ébranlèrent la Mecque du Cinéma malgré l’intervention des nombreux Ray Donovan de l’époque pour les étouffer.

La Note: 3.5/5

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Sébastien Mauge
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