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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 16:00

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Ryan erre

 

 

L’irrésistible George Clooney dans une comédie mi-figue mi-raisin. Reitman est doué mais son cynisme bien-pensant a du mal à nous convaincre.

 

Le pitch: L’odyssée de Ryan Bingham, un spécialiste du licenciement à qui les entreprises font appel pour ne pas avoir à se salir les mains. Dans sa vie privée, celui-ci fuit tout engagement (mariage, propriété, famille) jusqu’à ce que sa rencontre avec deux femmes ne le ramène sur terre. Ryan Bingham est un collectionneur compulsif de miles aériens cumulés lors de ses incessants voyages d’affaire. Misanthrope, il adore cette vie faite d’aéroports, de chambres d’hôtel et de voitures de location. Lui dont les besoins tiennent à l’intérieur d’une seule valise est même à deux doigts d’atteindre un des objectifs de sa vie : les 10 millions de miles. Alors qu’il tombe amoureux d’une femme rencontrée lors d’un de ses nombreux voyages, il apprend par la voix de son patron que ses méthodes de travail vont devoir évoluer. Inspiré par une nouvelle jeune collaboratrice très ambitieuse, celui-ci décide que les licenciements vont pouvoir se faire de manière encore plus rentable, via... vidéo conférence. Ce qui risque évidemment de limiter ces voyages que Bingham affectionne tant...

 

Mon avis: Après Thank you for smoking et Juno, voici donc la troisième réalisation du désormais très estimé Jason Reitman et, comme les précédentes, elle repose avant tout sur son personnage principal. Le réalisateur excelle à mettre en place et présenter son « héros », d’où ces vingt premières minutes savoureuses durant lesquelles on suit et on découvre toutes les facettes de la vie de Ryan Bingham auquel George Clooney prête ses traits narquois. Une vie littéralement suspendue, dépourvue d’attaches et de passé, uniquement vouée à cet objectif totalement dérisoire : atteindre les 10 millions de miles de vol. La musique et le montage épousent de manière inventive, et avec un certain brio, les contours bien définis de cet homme allégé, sorte de figure ultime de l’individualisme moderne dont l’égoïsme froid est en réalité nourri par une peur viscérale de la mort. Bien sûr, nous sommes dans une comédie romantique et une femme va venir semer le trouble chez cet homme-tortue dont la maison ne tient que dans un sac. Mais le cynisme qu’il dégage est aussi attirant que repoussant, en plus d’être hautement comique, ce qui fait de lui un personnage à l’ambiguïté finalement assez rare au cinéma.

Malheureusement ce cynisme se pare d’un humanisme fort malvenu. La faute à cette fâcheuse tendance, typiquement américaine, qui consiste à systématiquement dégager le côté positif d’une situation avec un aplomb terrifiant. Il y a une scène détestable qui illustre cela. Celle où Bingham tente de réconforter un employé licencié désespéré en lui expliquant qu’il doit se tourner vers sa famille et tenter une carrière de cuistot parce qu’il avait pris l’option cuisine à l’école ! Là nous ne sommes plus dans le second degré corrosif mais dans le foutage de gueule complet. C’est d’autant plus choquant que les entretiens de licenciement sont filmés comme un documentaire et sont inspirés de témoignages réels, le tout pour coller bien sûr avec la crise qui a secoué le monde pendant le tournage. C’est profondément irrespectueux et malsain.
Au final, nous sommes tiraillés entre les réelles qualités de ce long métrage (acteur, humour, montage, musique) et ses défauts insupportables. L’emballage de ce produit est certes séduisant mais le kit de pensée préfabriquée fourni avec est en trop. A vous de voir.

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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 16:34

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The wrestler

 

L’heure de la retraite n’a pas encore sonné pour Depardieu. Delépine et Kervern lui offrent une seconde jeunesse bien méritée dans ce Mammuth dégraissé, touchant et férocement drôle.

 

Le pitch: Serge Pilardosse vient d’avoir 60 ans. Il travaille depuis l’âge de 16 ans, jamais au chômage, jamais malade. Mais l’heure de la retraite a sonné, et c’est la désillusion : il lui manque des points, certains employeurs ayant oublié de le déclarer ! Poussé par Catherine, sa femme, il enfourche sa vieille moto des années 70, une " Mammut " qui lui vaut son surnom, et part à la recherche de ses bulletins de salaires. Durant son périple, il retrouve son passé et sa quête de documents administratifs devient bientôt accessoire...

 

 Mon avis: Benoît Delépine et Gustave Kervern ont de l’esprit, du bon et du joyeusement mauvais. Faire un film intitulé Mammuth avec en vedette l’un des derniers dinosaures du cinéma français en est une preuve réjouissante. Si nos deux frères grolandais délaissent quelque peu leurs velléités anarchistes, sans toutefois renier leur attachement à des figures marginales de notre société, c’est avant tout dans un but purement cinéphilique : déclarer leur flamme à notre Gégé national. Un peu à la manière de Darren Aronofsky pour Mickey Rourke, les deux cinéastes filment sans pudeur la vieille carcasse d’Obélix et l’on assiste, grâce à ce nouveau regard, à la renaissance pure et simple de l’acteur le plus doué de sa génération. Il y a d’ailleurs quelques similitudes entre le fraîchement retraité Serge Pilardosse et le catcheur tragique américain. Dès le début du film, la chevelure blonde peroxydée de Depardieu est retenue par une charlotte hygiénique, comme celle de Rourke dans The wrestler. Les deux hommes travaillent dans l’alimentation et le vestiaire de l’entreprise d’équarrissage de porcs de Pilardosse pourrait très bien être celui d’une salle de catch de province. Mais surtout ce sont deux hommes fatigués, usés par la vie, replongeant dans leur passé pour fuir une retraite dont ils ne savent que faire.

 

Cependant, la grande différence entre Rourke et Depardieu, c’est que le second, contrairement au premier, n’avait pas disparu de la circulation. Il était simplement sous-employé, cantonné à des apparitions clins d’œil plus ou moins réussis, servant de caution artistique chez ses potes cinéastes, Chabrol mis à part. Cette présence fantomatique est peut-être plus grave que le fait de ne pas tourner car elle développe une sorte de caricature de l’acteur à laquelle le public finit par s’habituer, avec ce sous-entendu terrible : « il ne nous apportera plus que ce genre de choses ». L’objectif des deux auteurs est de briser cet état de fait. A l’instar de leur personnage, ils remontent le temps pour offrir au grand Gérard une seconde jeunesse. Ils partent de la caricature symbolique peu flatteuse qui associe l’acteur à la figure porcine en sachant bien que le comportement « rustique » et les prestations télévisuelles avinées de l’acteur font partie de l’inconscient collectif. Cette image vole ensuite en éclats pour nous prouver que, oui, Depardieu a encore beaucoup de choses à nous apporter. Son interprétation de ce personnage qui s’ouvre sur le monde, naïf sans être idiot et ayant gardé une part enfantine salutaire, est tout bonnement magistrale. Il honore un rôle en or, celui d’un homme inadapté à son environnement, que le travail a peu à peu déconnecté du monde, et qui refait enfin ses premiers pas avec la maladresse touchante d’un « mammouth » dans un magasin de porcelaine.



 

Ce titre est également symptomatique de l’évolution du duo Delépine/Kervern qui, après le carton de Louise-Michel et le succès de ce quatrième long-métrage, s’affirme de plus en plus comme une alternative de choix face aux poids lourds sans génie de la comédie française, celle-là même dans laquelle Depardieu s’est souvent vautré. Et cela sans vendre leurs âmes au diable mais en restant fidèles à une exigence artistique en accord avec leur soif de liberté. Certes le schéma n’a pas changé depuis Aaltra, celui d’un road movie picaresque dans lequel les figures défilent le temps d’une scène (d’où l’imposant casting) pour au final créer un tableau ou patchwork surréaliste mais politisé de notre société. Peu importe. Tant qu’ils auront ce savoir-faire efficace, cet humour corrosif nécessaire, cette sensibilité et cette tendresse humaine, qui se nichent parfois dans le détail et l’anodin, alors, aussi étonnant que cela puise paraître à certains, les salles continueront de se remplir. C’est tout le mal qu’on leur souhaite.

 

"Mammuth" de B.Delépine et G. Kervern, avec G.Depardieu et Yolande Moreau, en DVD et Blu-ray depuis début novembre.

 

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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 11:39

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Retour de flamme

 

Sublime variation sur l’amour impossible, ces Regrets sont à la fois mélancoliques et drôles, brûlants et apaisants. Avec deux acteurs en apesanteur.

  

Le pitch:Mathieu Lievin, 40 ans, architecte parisien, prend la route pour rejoindre la petite ville de son enfance où sa mère vient d’être hospitalisée en urgence. Dans la rue, il croise Maya, son amour de jeunesse, qu’il n’a pas revue depuis quinze années. Accompagnée d’un homme et d’une petite fille, elle ne lui adresse pas la parole. Deux heures plus tard, le téléphone sonne dans la maison familiale : c’est Maya qui l’invite à venir la retrouver chez elle. Il hésite un court instant puis accepte...

 

Mon avis :

Lorsque Mathieu croise par hasard Maya, le grand amour de ses vingt ans, il replonge dans une passion irraisonnée et dévorante qui le consume de manière spectaculaire. Point. C’est une histoire vieille comme le monde, qui tient sur deux lignes, mais dont la profondeur ne sera jamais comblée par les multiples réflexions qu’elle nourrit, tout simplement parce qu’elle tutoie l’inconnu et bouleverse les certitudes circonstancielles fixées tant bien que mal par nos consciences. Cela, Cédric Kahn, l’a parfaitement compris, lui qui a choisi comme personnage un architecte habitué à créer, construire, cadrer et réparer méticuleusement les choses qui l’entourent. Qu’est-ce qui pousse cet homme a basculer dans cette folie ? Les raisons sont multiples. La perte de sa mère le rend orphelin à 40 ans et le confronte de fait à sa propre mortalité ; il retrouve ainsi en Maya une innocence perdue. Mathieu n’est pas le grand architecte qu’il espérait devenir ; elle lui rappelle les folles ambitions qu’il nourrissait. Enfin il n’a pas construit de véritable famille avec sa femme puisqu’ils n’ont pas réussi à avoir d’enfants ; Maya a une fille qu’il s’imagine élever sans peine.
Toutes ces raisons, suggérées et laissées à l’appréciation du spectateur, n’ont finalement que peu d’importance. Ce qui intéresse Kahn, et ce qui nous intéresse, ce sont les conséquences de cette passion et son évolution quasi virale. Quand le désir, qu’il soit d’ordre amoureux ou non, devient une obsession et pulvérise les barrières morales. Plus rien n’a d’importance. Mathieu démissionne du quotidien, arrive en retard, oublie des rendez-vous importants, veut ajouter une fenêtre à un projet immobilier qui n’en supporterait pas la construction. Il sort du cadre et devient littéralement insaisissable. La caméra peine à le suivre dans ses courses effrénées et désespérées pour rejoindre l’être aimé.
Là où certains se seraient vautrés dans le gros mélo qui tâche, Kahn choisit judicieusement de donner à son film des allures de thriller. Quoi de plus naturel de jouer avec le suspense et de créer une atmosphère inquiétante lorsque l’on parle de mystères, même s’il s’agit de ceux des sentiments. Maya, elle-même, dégage une imprévisible étrangeté, renforcée par le fait que notre point de vue est surtout celui de Mathieu. L’envoûtante musique de Philip Glass souligne avec pertinence ce délicieux malaise.
(JPEG) A cela s’ajoute paradoxalement une dimension comique indéniable. Réapprendre à aimer et gérer les aléas de l’adultère en sont les deux principaux ressorts. Les rendez-vous manqués, les chambres d’hôtel (de luxe) réservées, les plans délirants sur la comète ( « Viens, allons vivre à Barcelone, si on part maintenant, on peut y être dans 4 heures ! »), autant de situations cocasses qui rendent ce couple irrésistible. En redécouvrant la séduction, ils retombent ensemble dans une adolescence gauche, touchante et intemporelle. Des jeux d’enfants toutefois menacés par l’omniprésence de l’alliance de Mathieu, minuscule objet qui envahit pourtant l’écran lorsque sa main caresse fiévreusement le corps de Maya.
Valéria Bruni Tedeschi et Yvan Attal nous offrent deux compositions remarquablement justes même dans l’excès, Arly Jover tire le meilleur parti de son « mauvais rôle » de femme trompée et Philippe Katerine est plus qu’à l’aise pour camper cet improbable José Bové alcoolo. Quant au dénouement, sans le révéler bien entendu, disons qu’il prend la sublime forme de pointillés délicats et dangereux. L’élégance discrète du masochisme amoureux.

  Les Regrets

Illustration: PADLS

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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 17:41

Htel Woodstock

 

Le champ des possibles

 

Les coulisses de Woodstock. Une odyssée passionnante au coeur de l’un des événements les plus importants du XXe siècle. Peace !

  

Le pitch : 1969. Elliot, décorateur d’intérieur à Greenwich Village, traverse une mauvaise passe et doit retourner vivre chez ses parents, dans le nord de l’État de New York, où il tente de reprendre en mains la gestion de leur motel délabré. Menacé de saisie, le père d’Elliot veut incendier le bâtiment sans même en avoir payé l’assurance alors qu’Elliot se demande encore comment il va enfin pouvoir annoncer qu’il est gay...Alors que la situation est tout simplement catastrophique, il apprend qu’une bourgade voisine refuse finalement d’accueillir un festival de musique hippie. Voyant là une opportunité inespérée, Elliot appelle les producteurs. Trois semaines plus tard, 500 000 personnes envahissent le champ de son voisin et Elliot se retrouve embarqué dans l’aventure qui va changer pour toujours sa vie et celle de toute une génération.

 

Mon avis : Pour fêter les 40 ans de Woodstock, il fallait bien un film en plus des livres, DVD et autres rééditions CD qui fleurissent depuis le début de l’année. La récupération commerciale d’un événement gratuit prônant des valeurs libertaires peut sembler cynique pour certains mais, au final, il se dégage de toutes ces opérations un profond sentiment de respect envers ces trois jours éternels qui marquèrent à la fois l’avènement, l’aboutissement et la fin des idéaux hippies. Pendant trois jours, Woodstock fut le catalyseur de l’énergie du Flower Power avant la terrible gueule de bois des années 70 et le brusque retour aux « réalités ».
Ce long-métrage, adapté des mémoires d’Elliot Tiber et confié aux mains expertes d’Ang Lee, propose une reconstitution minutieuse des coulisses du festival, de l’effervescence des débuts à la mélancolie terminale. Disons-le immédiatement afin d’éviter tout malentendu, le parti pris du film est de se limiter à ces coulisses. Pas d’extrait de concert donc et surtout pas de Jamie Foxx en Jimi Hendrix ou de Philip Seymour Hoffman en Joe Cocker ! Nous n’apercevrons la scène que de très loin et n’entendrons la musique live qu’en sourdine. On peut le regretter mais on peut aussi très bien s’en accommoder car l’enjeu du film est ailleurs. Ce que Lee s’évertue à reproduire, avec un savoir-faire et une efficacité remarquable, c’est le calme avant la tempête, la montée en puissance, l’ébullition enivrante, le chaos acide et finalement la descente neurasthénique qui ont caractérisé l’organisation titanesque de ces concerts historiques. Le titre original, Taking Woodstock (Envahir Woodstock), illustre parfaitement le déroulement des événements. Pour nous faire ressentir cette invasion de plus de 500 000 personnes, le cinéaste utilise des procédés judicieux, notamment quelques plans séquences très réussis qui nous permettent de déambuler dans ce joyeux foutoir, et le fameux split screen, qui émaillait déjà le documentaire mythique Woodstock, et qui ici met en avant les tâches logistiques laborieuses mais plus que nécessaires.

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Faire un film sur Woodstock c’est aussi prendre le risque d’affronter les lieux communs inhérents à la mythologie hippie tels que les partouzes dans la boue, les jeunes abrutis par les drogues, la naïveté béate de l’esprit peace and love, autant de tartes à la crème qu’il faut savoir esquiver afin de traiter le sujet avec pertinence, sans céder à la tentation caricaturale. De ce point de vue, Ang Lee s’en sort très bien et jongle habilement avec les poncifs. Le meilleur exemple reste cette scène admirable du trip expérimental aux acides dans un van, scène initiatique touchante exempte de tout cynisme qui aurait pu facilement basculer dans le grand guignol.
Mais, si le film parvient effectivement à capter le souffle générationnel qui anima un demi-million de personnes, il peine en revanche à représenter l’implosion familiale du personnage principal. Les scènes domestiques sont convenues et frisent parfois inutilement l’hystérie. En revanche l’homosexualité d’Elliot est traitée de manière délicate, sans être soulignée malgré son évidente importance aux yeux du cinéaste. Une importance accrue par le fait que la cause gay ne soit étonnamment pas systématiquement citée lorsque l’on parle des différents tabous brisés par la révolution hippie...

Enfin Lee a l’intelligence de refermer cette parenthèse enchantée par l’évocation du tristement célèbre concert gratuit des Stones à Altamont quelques temps après Woodstock. Bilan : un mort et des millions d’illusions perdues. Mais ça, c’est une autre histoire.

Illustration: PADLS

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