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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 17:27
The Americans (Saison 1)

Spy Game

Phillip et Elizabeth Jennings, deux espions du KGB dont le mariage a été arrangé, vivent avec leurs deux enfants dans la banlieue de Washington au début des années 80, juste après l'élection de Ronald Reagan. Se sentant une certaine affinité pour le mode de vie américain, le couple voit ses convictions mises à rude épreuve. Assumer une double identité va devenir de plus en plus difficile pour eux, d'autant qu'en cette période de Guerre Froide, le moindre faux pas peut leur coûter la vie...

La Note: 4.5/5

Pour faire la promotion de sa diffusion prochaine sur Canal+Séries, The Americans n’a pas lésiné sur les moyens. Le show, situé en pleine Guerre Froide, a en effet récemment bénéficié de l’amicale participation de deux poids lourds de la com’, deux stars mondialement connues : Barack Obama et Vladimir Poutine. Alors que les escarmouches entre les deux chefs d’Etat réveillent dans la presse le souvenir de l’opposition secrète et stratégique entre « le monde libre » et « l’empire du Mal », dixit Ronald Reagan, les téléspectateurs amusés du programme de la chaîne américaine FX y voient un signe ironique qui valide la pertinence de réaliser en 2013 une série d’espionnage se déroulant dans les 80’s. Preuve supplémentaire: son créateur, Joe Weisberg, s’est inspiré d’une histoire vraie relatant l’arrestation d’espions russes vivant depuis des années sur le sol américain comme des familles normales. C’était en 2010…

The Americans (Saison 1)

A vrai dire, après les succès de 24h Chrono et Homeland, faire une œuvre contemporaine sur le contre-espionnage ne s’apparentait pas franchement à l’idée du siècle. Celle de retourner trente ans en arrière semblait donc paradoxalement pour Weisberg plus originale. Encore fallait-il réussir à évoquer ces années de Guerre Froide sans que cela sente le réchauffé. Mission : Impossible ? Pas du tout, le contrat est même rempli haut la main. Grâce à quelque chose de tout bête, parfois laissé de côté dans les fictions de ce type, où l’on retrouve un affrontement déshumanisé par les nouvelles technologies : le plaisir du jeu. Celui du chat et de la souris, du travestissement, de la dissimulation et du mensonge frontal, autant de performances ludiques liées à l’enfance et impensables à l’ère du numérique. Tout ceci n’est qu’un jeu, il n’y a aucune ambition politique dans la série, si ce n’est celle de mettre en parallèle, sans parti pris, deux camps finalement très proches qui se retrouvent dans la figure chaplinienne du dictateur enfantin jouant avec sa mappemonde de baudruche.

The Americans (Saison 1)

Ce rapport à l’enfance est renforcé par un refus salutaire de toute nostalgie vintage et second degré, un piège pourtant attendu lorsque l’on évoque les années 80. Certes les perruques de Matthew Rhys nous font sourire, surtout celle de Clark son alter ego régulier, mais cela reste de l’ordre du clin d’œil et non de la moquerie appuyée. Weisberg a fait le bon choix de jouer le jeu sérieusement comme quand les enfants que nous étions jouaient « sérieusement » aux espions et à la guerre. C’est grâce à cette politique esthétique et narrative que l’on prend un plaisir fou à gober toutes les invraisemblances, les ellipses et les mises en situation expéditives : pas de temps de préparation, comme les gamins, les personnages veulent jouer tout de suite! Cela ne plaira pas à tout le monde et certains trouveront sans doute The Americans trop schématique, voire trop géométrique. Il est vrai qu’à l’image de son générique, la série abuse peut-être un peu des constructions parallèles et symétriques, même si cela symbolise évidemment l’extrême ressemblance entre les deux camps, que ce soit dans les motivations, les doutes et les drames, et souligne donc in fine l’absurdité d’une telle guerre.

The Americans (Saison 1)

Ceci dit, et avec tout le respect que l’on doit à l’agent 007, nous ne sommes pas non plus dans James Bond. L’aspect enfantin de la série se mue petit à petit en réflexion adulte sur le couple, la parentalité et le thème de l’amour impossible. Là aussi dans les deux camps. Comment construire une vie de famille sur un mensonge? Ce mensonge peut-il devenir une vérité et donner naissance à un véritable amour? Doit-on trahir ses sentiments ou sa patrie ? C’est lorsque l’histoire d’Amour torpille l’Histoire tout court que la série verse dans une certaine mélancolie touchante, et pour le coup intemporelle, appuyée par des choix musicaux pertinents. En effet, qui dit années 80 dit The Cure. Il était impensable que la série passe à côté. Or, au lieu de choisir un morceau solaire du type Just Like Heaven, la production a préféré l’ambiance nocturne de Siamese Twins (tiens, encore une symétrie) issue de l’album le plus sombre du groupe, Pornography. Cela donne une originalité, un supplément d’âme et une profondeur à ce divertissement de grande qualité qui dans sa deuxième partie fait s’évanouir les frontières par le flou des sentiments, sans laisser de côté le jeu. Ce n’est pas un hasard si la dernière scène du dernier épisode fait la part belle à une obscure chanson de Peter Gabriel qui fait office de manifeste de la série: Games without frontiers… Vivement la suite pour de nouvelles soirées whiskey/vodka!

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Sébastien Mauge
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