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11 juillet 2013 4 11 /07 /juillet /2013 23:19
The Bridge US (Pilote)

Le Pont des Soupirs

Deux policiers, l'un américain l'autre mexicain, doivent faire équipe lorsqu'un cadavre est découvre à la frontière, sur un pont reliant El Paso et Juarez. Leur mission dès lors : traquer un tueur en série qui opère des deux côtés de la frontière.

Note : ne pouvant pas faire un reset de ma mémoire, cet article s’adresse avant tout à ceux qui, comme moi, ont vu la série originale

Remake du génial polar scandinave Bron/Broen, dont je vous ai parlé récemment, The Bridge assimile bien le concept de la série d’origine, en le transposant à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, mais peine à se singulariser, notamment à cause d’ une écriture manquant cruellement de finesse. Résultat, à l’instar de la première victime, nous sommes coupés en deux. L’idée était peut-être trop parfaite : sonder et mettre en avant les tensions insolubles situées à la frontière mexicaine dans le cadre « divertissant » d’un polar retors. On comprend aisément ce qui a séduit les auteurs et pourquoi ce remake était véritablement pertinent sur le papier. Malheureusement, la mise en œuvre de cette idée fait preuve de peu de subtilité, et cela à presque tous les niveaux.

The Bridge US (Pilote)

Pour être honnête, c’ est en partie dû au fait qu’il y a beaucoup plus de différences (et de différends) entre les USA et le Mexique qu’entre la Suède et le Danemark. Ainsi, là où le pont de Bron/Broen s’apparentait à un trait d’union entre deux lignes parallèles, celui de The Bridge ressemble au point de rencontre de deux perpendiculaires se coupant violemment. La cassure est d’ailleurs dans le titre qui se brise à la lettre « I » à la fin du générique. Si cette opposition est effectivement plus prononcée que dans l’original, ce n’était tout de même pas une raison pour grossir autant les traits. Passons sur la musique, guitare hispanisante d’un côté et gros rock texan de l’autre. En revanche, certaines situations et certains personnages, notamment côté mexicain, sont trop appuyés et trop explicatifs. L’exemple du Capitaine de Police véreux qui joue aux cartes avec des types louches est éloquent. Une scène caricaturale qui introduit, de manière bien malhabile, le thème de la corruption. Idem pour l’immigration et le trafic de drogues. Tous ces thèmes prémâchés nous sont jetés à la figure de manière beaucoup trop rapide et désinvolte. Dès lors, difficile d’imaginer qu’une véritable réflexion sur ces fléaux verra le jour dans les épisodes suivants.

The Bridge US (Pilote)

Autre problème, mais celui-ci était plus prévisible, l’interprétation. Même s’il ne possède pas l’ironie désabusée et séduisante de Kim Bodnia, Demian Bilchir s’en sort plutôt bien dans le rôle du flic mexicain « handicapé » et fatigué. On ne peut pas en dire autant de Diane Kruger. A sa décharge, réinterpréter Saga Noren n’était pas un cadeau. L’originalité du personnage est telle qu’il ne peut appartenir qu’à une actrice, en l’occurrence Sofia Helin. Tous les efforts de Kruger pour tenter de se l’approprier sont vains. On ne voit donc pas un personnage mais une actrice en train d’essayer de jouer ce personnage. C’est rédhibitoire. Qui plus est, il semble que Saga (Sonya dans cette version) ait posé des problèmes aux auteurs puisqu’ils tentent de la « simplifier » dès le pilote. Le téléspectateur mettait du temps à cerner et apprivoiser la Saga originale, ce qui la rendait mystérieuse. Ici, sa pathologie et sa psychologie sont quasiment révélées dès le début (la mort de sa sœur, son attachement à son chef, ses tentatives pour corriger son comportement…)! Comme les thématiques évoquées plus haut, Sonya nous est livrée clefs en main pour flatter notre paresse et éviter que l’on décroche. Quelle tristesse…

The Bridge US (Pilote)

Finissons tout de même sur une note positive: l’atmosphère sombre est globalement bien respectée. La mise en scène du cinéaste mexicain Gerardo Naranjo (auteur de l’étonnant Miss Bala) joue superbement sur l’opposition et les frontières entre ombres et lumières et bénéficie d’une photo remarquable. C’est l’une des raisons, avec la tentation de l’étude comparative, qui pousseront ceux qui connaissent déjà l’intrigue à poursuivre The Bridge. Sautons donc d’un pont à l’autre en attendant de plonger dans Le Tunnel de Canal +…

La Note: 2/5

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Sébastien Mauge
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